La prolifération des agro-industries vue comme un nouveau pétrole d’Afrique

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Beaucoup, surtout parmi les jeunes Africains, pensent encore que l’agrobusiness est l’apanage des pauvres. Aujourd’hui, tout le monde veut un emploi de col blanc dans la ville. L’agrobusiness ne vient que difficilement à l’esprit.

D’après plusieurs analyses d’organismes internationaux de développement dans les colonnes de weave.eu, les revenus des secteurs agricoles et agroalimentaires en Afrique pourraient connaître une croissance de 300 milliards de dollars annuels actuels à plus 1 000 milliards de dollars annuels d’ici à une vingtaine d’années.

Saviez-vous que l’Afrique se trouve sur une mine d’or agroalimentaire, mais que la plupart des gens ne le voient pas ? Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne abrite près de 50 % des terres agricoles fertiles, utilisables et non cultivées du monde. La superficie : plus de 200 millions d’hectares! C’est pourquoi le continent est désormais largement considéré comme le futur grenier du monde. C’est cette énorme abondance de ressources foncières qui donne à l’Afrique le potentiel stratégique pour nourrir le monde !

Et pour cause : le continent africain dispose de près de la moitié des terres agricoles fertiles inexploitées dans le monde (plus de 200 millions d’hectares !) et n’utilise que 2% de ses réserves hydriques renouvelables, contre 5% en moyenne sur la planète. De plus, avec des parcelles disponibles à la location à des tarifs attractifs, le continent africain a de quoi attirer un large panel d’exploitants, qui y voient le futur grenier de la planète. D’autant que l’incroyable croissance démographique à venir ‒ 6 milliards d’habitants dans le monde seront africains en 2100 ‒ promet une demande gigantesque et des opportunités considérables pour l’ensemble du secteur.

« L’agriculture en Afrique représente 61% des emplois mais génère seulement 25% du PIB »

Mais paradoxalement, le continent africain importerait officiellement plus de 50 milliards de dollars de produits alimentaires (en 2015) et à l’horizon de 2030 ce chiffre passerait à 120 milliards de dollars. Pourquoi la Côte d’Ivoire importe-t-elle chaque année 1 million de tonnes de riz alors qu’elle pourrait le cultiver sur son sol ? Pourquoi l’Algérie est-elle l’un des premiers importateurs de blé au monde alors que le pays dispose de millions d’hectares de terres arables ? Pourquoi ne pas récolter et transformer sur place ce qui peut l’être ?

La plus grande partie des terres agricoles d’Afrique se trouve ainsi dans la ceinture de savane et de forêt tropicale humide, qui reçoit une quantité favorable de pluie et de lumière du soleil toute l’année. De ce fait, plus de 80 % des cultures vivrières consommées à travers le monde ne peuvent être produites qu’ici.

La Banque Africaine de Développement (Bad) a fait du développement agricole un de ses 5 enjeux prioritaires. Elle préconise justement de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture « business », à travers notamment le développement de chaînes de valeurs intégrées au sein de zones agro-industrielles appelées « agropoles ». Ces zones doivent servir à capter une plus grande partie de la valeur ajoutée en transformant localement les principaux produits d’exportations comme le café, le cacao ou le coton. En d’autres termes, l’Afrique ne doit plus se contenter d’exporter des grains de café mais être en mesure de commercialiser des paquets de café moulu.

Les immenses perspectives de l’agrobusiness africain n’ont pas échappé aux investisseurs de tout bord. Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, a récemment injecté un milliard de dollars dans la production locale de riz au Nigéria. Des grands groupes internationaux ont anticipé cet essor en s’implantant sur le sol africain. C’est le cas notamment de Danone qui, 2 ans après la création de sa « business unit » africaine, affiche un chiffre d’affaires en hausse sur le continent (1,4 milliard d’euros en 2016, contre 1,3 milliard un an plus tôt) et emploie 10 000 salariés. Depuis 2012, le groupe français a investi également via des acquisitions ou des prises de participation (prise de contrôle de Fan Milk au Ghana, acquisition de 40% du kényan Brookside, numéro un des produits laitiers en Afrique de l’Est). On a vu apparaître également des fonds d’investissement dédiés à l’agroalimentaire en Afrique. Le groupe de private equity africain Phatisa vise à collecter $300 millions (€276 millions) pour son nouveau fonds Phatisa Food Fund II, lancé cette année.

Si une véritable effervescence s’est emparée du secteur, les défis restent encore nombreux : améliorer les rendements, faciliter le financement des projets, développer les infrastructures, intégrer les enjeux environnementaux.

Mais surtout, le principal enjeu est de savoir si l’Afrique saura ne pas reproduire les erreurs commises avec la rente pétrolière. L’agrobusiness peut et doit contribuer au développement économique et social du continent. Créer de la richesse plutôt qu’utiliser les richesses.

Moctar FICOU / VivAfrik

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