Le pessimisme de l’ONU face à la hausse du réchauffement de la planète

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La trajectoire de réchauffement de la planète pourrait atteindre 3,2 °C d’ici à la fin du siècle si rien n’est fait. Suffisant pour l’Organisation des Nations unies (ONU) d’inviter les Etats à tripler les efforts pour ne pas dépasser 2 °C de réchauffement climatique.

Le scénario climatique est plus sombre que jamais. Selon un nouveau rapport de l’Onu, le monde s’éloigne de son objectif de maîtrise du réchauffement climatique. Le fossé entre les émissions de gaz à effet de serre et l’ambition de l’Accord de Paris ne cesse de grandir. Un constat édifiant publié cinq jours (mardi 27 novembre 2018) avant l’ouverture de la 24ème Conférence mondiale sur le climat (COP24) du 2 au 14 décembre 2018 à Katowice en Pologne.

Pour conserver l’objectif d’une augmentation inférieure à deux degrés, les Etats devront tripler d’ici à 2030 le niveau global de leur engagement par rapport aux promesses faites en 2015 à la conférence climat de Paris (COP21), souligne le Programme environnement de l’ONU (PNUE). Il faudrait aussi émettre au maximum 40 Gigatonnes de CO2 en 2030, et 24 Gigatonnes pour 1,5°C. Or si les pays s’en tiennent à leurs actions présentes, sans les renforcer, ils produiront encore 59 Gt à cette échéance, souligne le rapport, synthèse des connaissances scientifiques.

Jamais l’écart n’a été aussi important, entre d’un côté les engagements pris par les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et de l’autre la baisse qui serait nécessaire pour respecter l’accord de Paris de 2015 – à savoir contenir la hausse de la température « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », si possible sans excéder 1,5 °C.

C’est ce que fait apparaître l’« Emissions Gap Report 2018 », présenté mardi 27 novembre par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), sur la base des dernières données compilées par une équipe internationale de scientifiques. Le constat est sans appel : pour ne pas dépasser 2 °C de réchauffement, les pays doivent tripler le niveau de leur effort. Et le multiplier par cinq pour ne pas aller au-delà de 1,5 °C.

L’analyse du PNUE s’appuie sur les « contributions déterminées au niveau national », c’est-à-dire sur les engagements annoncés par les 196 pays signataires de l’accord de Paris pour faire décroître leurs émissions à l’horizon 2030. Or, ces contributions, à supposer qu’elles soient intégralement tenues, mettent la planète sur une trajectoire de réchauffement d’environ 3,2 °C d’ici à la fin du siècle.

Hausse des émissions de CO2

Ce chiffre était déjà connu, mais la situation est chaque année plus alarmante, dans la mesure où la « fenêtre » durant laquelle il est encore possible de réagir se réduit inexorablement. Le plus inquiétant est que les émissions mondiales de gaz à effet de serre, qui s’étaient stabilisées entre 2014 et 2016, sont reparties à la hausse en 2017. Elles ont atteint le record historique de 53,5 milliards de tonnes (gigatonnes ou Gt) équivalent CO2, soit 0,7 Gt de plus qu’en 2016.

Sur ce total, 49,2 Gt, soit plus de 90 %, sont imputables à la combustion des ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz), à l’industrie et aux cimenteries, le reste étant dû aux changements d’utilisation des terres et à la déforestation. Et 2018 devrait connaître la même tendance, avec une hausse attendue des rejets du secteur de l’énergie.

Les émissions repartent à la hausse

Et s’ils ne veulent pas dépasser 1,5°C, stade auquel des dérèglements climatiques majeurs auront déjà lieu, leurs promesses et efforts devront être multipliés par cinq. « C’est la nouvelle la plus alarmante : l’écart [entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire] est plus grand que jamais », dit  Philip Drost, qui a coordonné le rapport du PNUE.

En 2017, les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité. Et 2018 devrait connaître la même tendance, avec une augmentation attendue des émissions du secteur de l’énergie (3/4 du total), a déjà prévenu l’Agence internationale de l’énergie. Le scénario du PNUE est également plus sombre que l’an dernier parce que les dernières recherches montrent qu’il ne faudra pas compter sur un déploiement vaste et rapide de technologies d’absorption du CO2.

Des progrès dans le secteur privé

Selon les auteurs, 49 pays ont passé leur « pic » d’émissions, mais ils ne représentent que 36 % des GES mondiaux. Et au total seuls 57 Etats (60 % des émissions) seraient en bonne voie d’y parvenir d’ici 2030, si leurs promesses de 2015 sont tenues.

Parce que tout n’est pas noir, le rapport du PNUE remarque aussi des progrès : boom des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, actions des collectivités locales dans les transports… Le PNUE souligne le dynamisme du secteur privé et le potentiel inexploité de l’innovation et du financement vert.

Moctar FICOU / VivAfrik

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