Les oiseaux marins, principaux victimes des pêches commerciales

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Tous les oiseaux marins subissent le même sort : quand les stocks de poissons baissent en deçà d’un tiers de leur capacité maximale, le nombre de poussins chute. D’après les experts, la pêche industrielle a fait chuter de façon importante la nourriture disponible pour ces oiseaux marins un peu partout dans le monde, ce qui menace la survie de plusieurs espèces.

C’est la conclusion d’une étude menée par un groupe de chercheurs canadiens, écossais, français, et sud-africains, publiée dans la revue scientifique Current biology. Cette étude a été réalisée conjointement par l’Université de Montpellier, l’Université d’Aberdeen en Écosse, l’Université de Cape Town en Afrique du Sud et par l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver.

Grâce à des années d’observation,l’équipe de recherche a comparé l’évolution de l’abondance en poissons et du succès reproducteur chez 14 espèces d’oiseaux côtiers. Ces derniers se nourrissent principalement de sardines, d’anchois, de harengs, de crevettes…qui sont victimes de surpêche. Sous le seuil critique d’un tiers de la biomasse en poissons, les oiseaux – et l’équilibre de tout l’écosystème – sont menacés.

Dans le cas spécifique de l’étude publiée dans la revue scientifique Current biology, les scientifiques  se sont penchés sur la période entre 1970 et 2010, s’intéressant à 276 espèces, ce qui représente 85 % de la population d’oiseaux marins mondiale.

Pendant cette période, la population mondiale d’oiseaux a décliné, par contre les pêcheries ont continué à prendre des volumes de plus en plus importants de ressources marines. En fait, l’étau des pêcheries se resserre sur les oiseaux marins.

En outre, les chercheurs ont ainsi analysé qu’annuellement, durant 40 ans, les captures des différentes pêcheries à travers le monde sont passées de 59 à 65 millions de tonnes métriques par an, alors que durant la même période, le garde-manger des oiseaux marins a chuté de 70 à 57 millions de tonnes métriques. L’étude démontre que les pêcheries créent une pression sur les petits poissons pélagiques, comme les sardines, les anchois ou les calmars.

Quand on pense aux petits poissons pélagiques, qui sont souvent capturés par les pêcheries,non pas pour nourrir des humains, mais pour faire des farines de poissons, donc non seulement c’est un non-sens économique et écologique et en plus, dans plein de zones, ça prend de la nourriture qui serait utile pour des populations d’oiseaux marins vulnérables, se désolent les chercheurs.

Ces travaux offrent enfin un chiffre de référence pour une gestion durable des pêches, en vue de préserver ces populations d’oiseaux, souvent en danger, et de maintenir la bonne santé des milieux marins.

Menace pour les fous de Bassan?

Cette étude a démontré quel’espèce la plus menacée demeure le manchot du Cap, en Afrique du Sud, qui se nourrit de sardines, mais le groupe de chercheurs a aussi constaté la fragilité des fous de Bassan qui s’alimentent dans l’Atlantique Nord au large de la Bretagne.

En Bretagne, on a une situation miroir de ce que vous avez au large des côtes canadiennes, donc on a une pression de pêche très forte sur les poissons pélagiques, dans ce cas-ci les maquereaux,et de manière inquiétante, on a aussi des fous de Bassan, en Bretagne, qui se portent de moins en moins bien et qui ont de plus en plus de difficulté à se trouver de la nourriture, conclue David Grémillet.

Le chercheur nuance toutefois que les pêches ne sont pas les seules responsables du déclin de certaines espèces de poissons pélagiques. Par contre, combinés avec les effets des changements climatiques et la présence de polluants, ça fait des oiseaux marins le groupe d’oiseaux le plus menacé, à ses yeux.

De l’Arctique à l’Antarctique et de l’Atlantique au Pacifique, lorsque l’abondance de poissons diminue, les oiseaux marins cessent de se reproduire. Si de précédents travaux avaient établi ce lien entre disponibilité de la nourriture et taux de reproduction des oiseaux, une nouvelle étude internationale vient de faire une découverte de taille. Coordonnée par Philippe Cury, chercheur à l’IRD, et publiée dans la revue Science, celle-ci révèle l’existence d’un seuil critique des stocks de poissons, en-dessous duquel l’équilibre des oiseaux est ébranlé.                 

Moctar FICOU / VivAfrik L

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