L’Amazonie, une forêt en déperdition

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L’Amazonie héberge une biodiversité phénoménale : 40 000 espèces de plantes, 3 000 espèces de poissons d’eau douce et plus de 370 de reptiles, soit une espèce sur dix existantes sur Terre. À cette biodiversité s’ajoute les 570 millions d’hectares de forêts denses, la moitié des forêts tropicales restantes de la planète, 6 600 km de rivières sinueuses… Autant d’atouts qui justifient l’existence d’un lien fort entre la santé de l’Amazonie et celle de la planète toute entière.

Cette région a la particularité d’abriter des centaines de milliers d’espèces dont une majorité est encore inconnue et/ou non répertoriée. Par sa diversité d’habitat et de zones humides, l’écorégion des Guyanes accueille également des milliers d’espèces arboricoles (oiseaux, insectes, mammifères, amphibiens) tels que le héron Agami, le coq de roche, le titan, les dendrobates, le paresseux, le ouistiti pygmée, le singe araignée, différentes espèces de tamarins ou bien des espèces vivant en milieu humide telles que la loutre géante, le caïman noir ou bien l’hoazin, un oiseau tout à fait étrange. C’est aussi l’un des derniers refuges terrestres pour le jaguar, le saki satan, l’aigle harpie ainsi que les dauphins roses parmi tant d’autres espèces menacées d’extinction.

Mais le plus grand bassin forestier tropical du monde, qui abrite plus de la moitié de la biodiversité terrestre, surnommé au sommet de la terre à Rio en 1992, le poumon vert de la planète, est aujourd’hui gravement menacé. Malmené, en proie à une importante déforestation depuis de nombreuses décennies, l’Amazonie, qui s’étale sur neuf pays d’Amérique latine, risque d’être définitivement victime de la nouvelle politique brésilienne dont le pays recouvre 63% de sa superficie.

Avec ses 5 500 000 km2, l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde, cumule de nombreux records. Au-delà du fait qu’elle représente à elle seule plus de la moitié des forêts tropicales restantes sur terre et qu’elle est l’un des plus grands bassins versants existant avec son fleuve Amazone (plus grand débit au monde et deuxième plus long fleuve au monde) et ses 6 600 km de rivières, elle est le plus grand réservoir de biodiversité de la planète.

Mais depuis les années 1970, elle a perdu 17% de sa superficie d’origine à cause du dérèglement climatique et des activités humaines (agriculture, élevage, exploitation des ressources minières, développement d’infrastructures…). Certains experts prédisent qu’au-delà de 20% de perte, elle pourrait atteindre un point de non-retour. Ce phénomène de déforestation, régulièrement dénoncé, entraîne une perte irrémédiable du patrimoine vivant, aux impacts planétaire et locaux, qui pénalise aussi directement ses 30 millions d’habitants, dont de nombreux peuples autochtones totalement dépendants de cet environnement unique.

Le plus grand réservoir de biodiversité de la planète

La biodiversité de l’Amazonie représente 50% à 70% de la biodiversité mondiale. Certains experts estiment qu’un kilomètre carré pourrait contenir plus de 75 000 types d’arbres et 150 000 espèces de plantes supérieures. Une centaine de chercheurs regroupant de nombreuses équipes internationales rassemblées dans le réseau ATDN (Amazon Tree Diversity Network) estimaient, dans une étude publiée le 18 octobre 2013, que la forêt Amazonienne était composée d’environ 390 milliards d’arbres. Uniquement dans la partie brésilienne, qui recouvre 63% de la superficie de l’Amazonie, 438 000 espèces de plantes ont été répertoriées, car elles représentent un intérêt économique ou social, mais beaucoup restent encore à découvrir et à classifier.

Concernant la faune au Brésil, on parle, en nombre d’espèces identifiées de 2,5 millions types d’insectes, entre 96 660 et 128 843 espèces d’invertébrés, 2 200 espèces de poissons, 1 294 espèces d’oiseaux (un oiseau sur cinq dans le monde vit en Amazonie), 427 espèces de mammifères, 428 espèces d’amphibiens et 378 espèces de reptiles, et chaque année on découvre de nouvelles espèces.

Déforestation au Brésil : « un million de terrains de football en un an »

Il y a quelques mois, juste avant l’arrivée du nouveau gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro, le ministère de l’environnement révélait ses derniers chiffres sur l’Amazonie et constatait que la déforestation avait atteint un niveau inégalé depuis dix ans, soit une augmentation de 13,72% entre août 2017 et juillet 2018. Une zone déforestée estimée à environ 7 900 km2, équivalent à « un million de terrains de football ». Pour l’association « l’Observatorio do clima » (l’observatoire du climat), 46% des émissions de gaz à effet de serre du Brésil étaient dues à la déforestation en 2017. La déforestation au Brésil a connu une progression croissante depuis les années 1970, mais a connu une accalmie en 2013 avec la présidence de Dilma Rousseff. Mais en 2016, Michel Temer qui la remplace encourage le développement du secteur de l’agroalimentaire, favorise celui des barrages et soutient certaines activités en Amazonie qui se traduisent par une relance de la déforestation.

Dérèglement climatique

Cette grande forêt et l’extraordinaire biodiversité qu’elle abrite sont vulnérables et dépendantes de l’environnement climatique et météorologique dans laquelle elle se trouve. Or, les changements climatiques en cours ont déjà provoqué une hausse des températures et une diminution des précipitations qui ont entrainé des sécheresses très destructrices (assèchement des cours d’eau, perte de poissons, dégradation des cultures, incendies de forêt…). En 2005 et en 2010, l’Amazonie a subi les pires sécheresses de ces cent dernières années.

Ces phénomènes extrêmes comme les sécheresses ou les pluies torrentielles s’intensifient avec le temps. Plusieurs études notamment hydrologiques le confirment. A Manaus, dans le nord-ouest du Brésil, l’équipe de Jonathan Barichivich de l’Université Australe du Chili ont observé à la confluence du fleuve Amazone et du Rio Negro que les crues majeures (+29 mètres), observées une fois tous les vingt ans au début du XX siècle, se produisaient maintenant tous les quatre ans depuis le début du XXI siècle.

On connaît également le rôle du phénomène El Niño (un courant sur l’océan Pacifique qui a de multiples impacts climatiques sur tout le continent et au-delà) notamment sur les sécheresses extrêmes qui ont touché l’Amazonie. Mais cet ensemble forestier d’une extraordinaire superficie (40% de la superficie du continent) a des propriétés de réflexion et d’absorption du rayonnement thermique et joue, de par ses échanges gazeux avec l’atmosphère, un rôle important sur le climat régional et planétaire.

Même si l’Amazonie subit ces changements climatiques qui contribuent à sa dégradation, cela ne suffit pas à expliquer la perte massive produite par la déforestation et qui, elle, est plus directement d’origine anthropique.

Les causes principales de la déforestation

Au rang des sources de cette déforestation se place principalement le développement en pleine extension de l’agriculture et de l’élevage qui se font au détriment des surfaces forestières. La Colombie aurait perdu 178 597 hectares de forêts l’année dernière, selon une étude de l’Institut de l’hydrologie de la météorologie et des études environnementale de Colombie, principalement à cause du développement des plantations agricoles. L’augmentation de la demande mondiale de produits comme le soja et la viande de bœuf entraîne le développement de ce secteur en lieu et place de la forêt. Les nouveaux pâturages occupent 80% des zones déboisées en Amazonie, soit l’équivalent de 14% de la déforestation annuelle planétaire. Concernant l’impact de cette destruction sur le changement climatique, on estime que rien que la déforestation causée par l’élevage libère près de 340 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère chaque année.

Autre facteur important de la destruction des forêts, l’exploitation des ressources minérales. Au-delà des grandes exploitations minières industrielles très destructives et polluantes, comme le pétrole, il existe dans le domaine de l’exploitation de l’or notamment, toute une activité clandestine d’orpaillage très répandues même dans les endroits les plus reculés de la forêt qui a des conséquences dévastatrices sur les écosystèmes, détruisant et empoisonnant la foret, les rivières et les hommes en créant de nombreuses violences.

Enfin parmi les principaux vecteurs de cette déforestation se détachent aussi toutes les grandes infrastructures comme les grands barrages hydroélectriques très consommateurs d’espace et très destructeurs des écosystèmes locaux. Sans oublier les routes qui inévitablement créent de nouveaux axes de pénétration et de colonisation de l’espace, facteur à terme de déforestation.

Les projets de Jair Bolsonaro

La politique brésilienne a toujours été déterminante pour la survie de l’Amazonie qui représente 61% de la superficie du Brésil. L’arrivée de Jair Bolsonaro à la tête du pays a affolé tous ceux qui luttent pour sa préservation. Avant sa prise de fonction le 1er janvier 2019, le nouveau président a annoncé en fanfare qu’il prendrait plusieurs mesures radicales pour exploiter les immenses richesses minières que la forêt contient, pour développer l’agro-business qui l’a porté au pouvoir, tout en menaçant de sortir de l’Accord de Paris. Jair Bolsonaro s’est notamment prononcé contre un projet dit «Triple A», de couloir écologique transnational qui prévoit l’ouverture d’une zone de protection environnementale allant des Andes à l’océan Atlantique en traversant l’Amazonie. Point sur lequel il s’était exprimé lors d’une conférence de presse à Rio de Janeiro en disant : « Si on m’écrit noir sur blanc qu’il n’est pas question de « Triple A », pas plus que de l’indépendance d’une quelconque terre indienne, je maintiens (le Brésil dans) l’Accord de Paris »…

Autre projet très inquiétant pour la survie de l’Amazonie, son intention de faire fusionner ministère de l’Environnement et ministère de l’Agriculture. Ses raisons? Mettre un terme aux conflits entre exploitants et protecteurs de l’environnement et ainsi en finir avec la répression des crimes environnementaux, ce qui laisserait le champ libre à l’agro-business, aux compagnies minières et à tous ceux qui veulent exploiter l’Amazonie. C’est un projet sur lequel le président brésilien reviendra finalement en arrière, craignant des sanctions commerciales sur les produits agricoles de la part de pays soucieux de l’environnement.

Les premières annonces de Jair Bolsonaro

Dès le premier jour de son mandat, le nouveau président ultra-conservateur du Brésil a pris une mesure qui place sous la tutelle du ministère de l’Agriculture l’identification, la délimitation et la démarcation des terres attribuées aux peuples autochtones, ce qui était régulé par la Fondation de l’Indien (FUNAI) organisme public chapeauté jusqu’alors par le ministère de la Justice. Ce ministère de l’Agriculture a été investi en grande pompe et confié à Tereza Cristina da Costa, nouvelle ministre toute puissante de l’Agriculture, leader du groupe parlementaire « ruraliste » en charge de la défense des intérêts de l’agro-business. Une mesure pour les populations amérindiennes qui revient de leur point de vue à livrer leurs territoires ancestraux à l’appétit vorace de l’agro-business.

Ces mesures gouvernementales devraient permettre de débloquer quelques projets comme par exemple la construction de barrages contre lesquels s’étaient opposées des populations autochtones comme les Munduruku, ou de reprendre la rénovation de la BR-319, une autoroute délabrée de 890 km au cœur d’une des régions les plus préservées d’Amazonie. Projet jusqu’alors bloqué pour des raisons environnementales.

Une lueur d’espoir habite les défenseurs de l’environnement qui comptent préserver ce massif forestier. Ainsi, l’ONG WWF œuvre en Amazonie depuis 40 ans et est l’un des précurseurs des programmes d’actions visant à protéger les forêts, les espèces et les personnes qui y vivent. Nous sommes associés aux collectivités, aux ONG et aux partenaires locaux afin de trouver des solutions qui répondent aux exigences de développement durable et de protection de la nature.

En Amazonie, le WWF travaille avec les communautés locales, les ONG partenaires, les entreprises, les gouvernements, et veille à ce que la dégradation, la fragmentation des milieux forestiers ainsi que la dégradation des rivières soient minimisées au sein d’un écosystème amazonien qui a déjà perdu près de 20% de sa surface totale, du fait notamment des pressions du front agricole et pastoral mais aussi des impacts des secteurs forestiers et miniers.

Moctar FICOU / VivAfrik

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