L’élevage tchadien entre exploration de maux et perspectives

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L’élevage est un secteur vital qui contribue à l’économie nationale du Tchad. En tant que grand pays sahélien d’élevage, le Tchad se place en matière de chiffres juste derrière le Mali. C’est un atout important du pays qui possède l’un des plus importants cheptels de la région. Il n’est donc pas étonnant qu’un tel secteur d’activités, qui joue un rôle important pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, soit l’objet de toutes les attentions. Cela dit, l’éleveur tchadien doit affronter de nombreuses difficultés. En un mot, il est l’une des mamelles économiques au Tchad avec 114 millions de têtes de bétail.  Mais le pays peine à exploiter convenablement ce secteur qui représente 40% du PIB. Tchadinfos.com explore les maux qui minent l’élevage au pays de Toumaï avant de dégager quelques perspectives. 

Manque des agents qualifiés sur le terrain

Au Tchad, le personnel qualifié en techniques d’élevage manque cruellement. Les postes vétérinaires à travers le pays sont presque vacants. Un paradoxe alors que la santé animale doit préoccuper le pouvoir public en déployant du personnel qualifié sur le terrain. Même la vaccination de bétail contre certaines épizooties, est assurée par des personnes non qualifiée dans le domaine. Ce constat désolant a été rapporté au ministre de l’Élevage et des Productions Animales, Gayang Souaré, au cours de sa dernière tournée à l’intérieur du pays.

Des éleveurs rencontrés confient qu’ils s’occupent eux-mêmes de la santé de leur bétail, sans consultation vétérinaire. Les produits administrés à leurs animaux sont payés dans les marchés comme des biscuits, avec des « vendeurs amateurs ». La plupart des agents qualifiés sont concentrés dans la capitale N’Djaména. Ils ne descendent sur le terrain qu’en cas de suspicion d’une épidémie de grande envergure.

Par exemple pour une grande province comme le Batha, qui compte plus de 12 millions de têtes de bétail, avec 80% de sa population qui est éleveur, il n’y a que 12 qui sont opérationnels. Or, la province occupe le 1er rang, en termes de classement, sur les 21 postes vétérinaires. C’est le même constat pour la province de Hadjer Lamis, qui compte un cheptel estimé à près de 7 millions toutes espèces confondues. Mais sur les 22 postes vétérinaires que compte la délégation, 14 seulement sont opérationnels avec 14 techniciens qui en sont les chefs et cinq mains d’œuvres. Ainsi, durant son séjour à la rencontre des éleveurs, le ministre a pu constater que le principal mal qui ronge actuellement est le manque de personnel qualifié. Le chef du département de l’Élevage et des Productions Animales promet que des agents qualifiés seront affectés dans tous les postes vétérinaires sur l’ensemble du territoire. Il annonce que les dossiers d’affectations sont en circuit.

Insuffisance des infrastructures de base

L’autre problème dont sont confrontés les éleveurs tchadiens sont l’insuffisance des infrastructures de base, notamment le manque des points d’eau dans un pays ou l’eau est à fleur de sol. La rareté de l’eau est la principale source des conflits entre éleveurs-éleveurs, éleveurs-agriculteurs et éleveurs-populations locales. Le PRAPS-Tchad (projet régional d’appui au pastoralisme au sahel) financé par la Banque mondiale, à travers le Comité Inter États de Lutte contre la Sècheresse dans le Sahel (CILSS) tente actuellement de répondre à ses préoccupations. Il réalise plus de 140 infrastructures hydrauliques au profit des éleveurs en fonction de la spécificité de chaque province. Des parcs de vaccination, des aires de stationnement, de couloirs de transhumance trop exiguë, des postes de sorties de frontières et autres infrastructures manquent cruellement en plus des points d’eau.

Des éleveurs non encadrés

Autre point faible du secteur : l’encadrement des éleveurs. Au Tchad, chacun se débrouille à sa manière pour développer son élevage, avec des notions acquises ou transmises oralement de père en fils. Sinon sur le plan sanitaire, la plupart des éleveurs tchadiens manquent d’idées. Il faudra que plusieurs animaux meurent pour alerter les services vétérinaires. Alors que si les éleveurs sont bien encadrés, certaines pertes peuvent être évitées.

L’élevage extensif face aux aléas climatiques

L’élevage traditionnel dit élevage extensif montre ses limites avec le dérèglement climatique, qui impose ses lois. Les éleveurs sont contraints de suivre sinon de se soumettre au paradoxe de la nature. Finalement, même les éleveurs, autrefois sédentaires ou semi-nomades, sont devenus des transhumants. A la recherche de pâturage, ces éleveurs passent une grande partie de l’année hors de leur terroir. Ce déplacement massif des éleveurs a pour conséquence, une forte concentration dans une même zone. Aussitôt, le pâturage est fini. Par endroits certains autochtones, pour éviter que les transhumants arrivent chez eux, mettent le feu dans le pâturage, ce qui est appelé communément feu de brousse. L’État malgré ses maigres moyens déployés sur le terrain, a du mal à contrôler la santé des animaux, compte tenu de leur incessant mouvement. Il faudra réadapter l’élevage tchadien, au changement climatique.

Se tourner vers l’élevage intensif

L’unique solution pour s’adapter au changement climatique, c’est de se tourner vers l’élevage intensif. Dans ces cas, l’éleveur concentre son bétail à un seul endroit. Après le tarissement du pâturage naturel, l’éleveur nourrit lui-même son bétail, et contrôle la santé des animaux, à travers des cultures fourragères. Avec les nouvelles politiques publiques qui s’orientent vers l’exportation de la viande au lieu de l’exportation de bétail sur pied, l’élevage intensif semble être la meilleure issue. Cet élevage permet aussi de transformer localement et d’exporter les produits dérivés de l’élevage notamment le lait, la peau etc.

Moctar FICOU / VivAfrik

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