15% seulement des terres camerounaises sont immatriculées

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Plus de 40 années après la réforme, seul environ 15% du territoire national est immatriculé. C’est ce que l’on a appris au cours d’un atelier d’échanges entre acteurs locaux (leaders communautaires, autorités traditionnelles, autorités religieuses, leaders autochtones, et communautés locales) sur les questions foncières qui se tient à Yaoundé, la capitale du Cameroun, du 21 au 26 janvier 2019. Dans ce pays, la dernière grande réforme foncière de 1974 a permis aux membres des communautés disposant de droits fonciers sur les terres qu’ils exploitaient, antérieurement à l’entrée en vigueur des ordonnances de 1974, de faire reconnaitre leur propriété sur ces espaces en la matérialisant par un titre foncier. Les chiffres déclinés par des sources officielles prouvent que cette opportunité n’a pas été exploitée par tous ceux qui auraient pu en bénéficier, surtout dans les zones rurales.

Avec la croissance démographique, plus de 40 ans après, la situation a beaucoup changé. A cela s’ajoutent les nombreux investissements dans l’exploitation des ressources naturelles (forêts, industries extractives, chasse sportive, agro-industries) et la construction des grandes infrastructures (barrages, port, voies de communication, logements sociaux, etc.). Ce qui accroît la pression tant sur les populations que sur les terres du fait de la cohabitation entre ces investissements et les communautés sur les mêmes espaces. Par ailleurs, les migrations, de plus en plus nombreuses, dues à une diversité de facteurs (la quête de nouvelles opportunités économiques, les contraintes sécuritaires ou climatiques, la croissance urbaine, etc.) renforcent cette tendance à l’augmentation de la pression sur les terres, avec toutefois une acuité variable selon les localités. Cette arrivée massive de nouveaux utilisateurs de la terre dans certaines localités expose la précarité des droits fonciers coutumiers des communautés, et encourage parfois un mouvement d’immatriculations massives de terres, qui ne leur profite pas toujours.

La situation géographique du Cameroun, pays disposant d’une ouverture sur la mer, et sa richesse en ressources naturelles variées, l’expose à la ruée des investisseurs. De l’autre côté, le pays abrite une partie du Bassin du Congo, avec ses forêts à l’extraordinaire biodiversité, qui accueillent à la fois des compagnies d’exploitation du bois d’œuvre, des guides de chasse et des agences de conservation de la biodiversité. La diversité des ressources minières est également exceptionnelle. Le Cameroun est également riche de ses terres arables représentant, selon la FAO, 7,2 millions d’hectares. La demande de terres pour l’agro-industrie a connu une forte hausse à partir de 2012, comme dans tous les autres pays du continent. Malgré la croissance démographique rapide du pays et l’expansion urbaine, le Cameroun reste un pays encore essentiellement rural, avec un peu plus de la moitié de sa population installée en dehors des principaux centres urbains. La dépendance des habitants du pays vis-à-vis de la terre et des ressources naturelles reste des plus fortes et l’agriculture familiale est, à la fois, la principale source d’emplois et le socle de la sécurité alimentaire.

C’est sur la base de ces constats que le Centre pour l’environnement et le développement (CED), à travers le projet LandCam, organise la semaine qui donne lieu à l’atelier évoqué supra en collaboration avec le Réseau de lutte contre la faim (Relufa), l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes forestiers en Afrique centrale (Repar), le Réseau des chefs traditionnels pour la gestion durable des écosystèmes forestiers en Afrique centrale (Rectrad) et la Stratégie nationale d’engagement (SNE).

Il s’agit pour les participants d’échanger des informations et de partager leurs expériences sur les défis et les réponses locales apportées par les acteurs. Au cours de leurs travaux, ils vont identifier des actions à tester au niveau local, dans les différents sites d’activités des acteurs concernés pour prévenir et/ou gérer les conflits liés à la terre et aux ressources naturelles et d’apporter une grande visibilité aux innovations locales en matière de gestion foncière.

Bernard Bangda / VivAfrik

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