Des chercheurs américains s’expriment sur la non-protection des espèces en danger

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Les gouvernements peuvent-ils être tenus responsables d’avoir omis d’agir pour empêcher la disparition de certaines espèces? Bien qu’il existe divers traités internationaux, le droit international est non hiérarchique. Les ententes sont basées sur leur acceptation volontaire par les pays. Les institutions internationales n’ont pas l’autorité de prendre et d’appliquer des décisions. La viabilité de ces traités dépend donc de la bonne foi. Ces lois sonnent bien, mais en réalité, elles n’ont aucun mordant.           

C’est dans cette optique que deux chercheurs américains ont calculé qu’il fallait 10 ans, en moyenne, pour qu’une plante ou un animal menacé d’extinction fasse l’objet d’une protection internationale.

Depuis 2008, la majestueuse mygale ornementale saphir (Poecilotheria metallica) est classée « en danger critique » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Principales menaces : la destruction de son habitat (la forêt de l’Etat du Jharkhand, en Inde), et sa cote de popularité auprès des collectionneurs.

L’Inde, comme 182 autres membres, fait partie de la CITES (aussi appelée Convention de Washington), une coalition chargée de lutter contre le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Son arme principale, appelée « annexe I », regroupe tous les animaux et les plantes dont le commerce n’est autorisé que dans des conditions exceptionnelles. (Elle dispose également d’annexes II et III qui regroupent des espèces pour lesquelles les règles sont un peu plus souples.)

Cependant, les conventions internationales qui s’appliquent aux animaux sont appliquées par des mesures négociées non contraignantes. L’impossibilité pour les États de parvenir à un consensus sur tout autre point que le plus petit dénominateur commun, l’insistance sur le maintien de la souveraineté illimitée et l’absence de sanctions en cas de non-respect font du droit international un outil inefficace.

Des délais infiniment longs

Il en résulte que la nature est considérée par la loi comme étant un objet – une propriété ou une proie. Le droit de l’environnement élabore des protections de manière réactive, mais ne peut pas suivre le rythme des taux d’extinction actuels et échoue donc.

Pourtant, rien n’interdit la vente et l’achat de l’araignée indienne aux teintes bleutées : elle est absente des fameuses annexes de la CITES. Et cette mygale est loin d’être un cas isolé. Classé vulnérable depuis 1996, le mérou géant, lui, aura probablement disparu avant même d’avoir été reconnu par la Convention de Washington. Au total, exposent les chercheurs américains Eyal G. Frank and David S. Wilcove dans une étude parue dans la revue Science, sur 958 espèces menacées de la liste rouge de l’UICN qui nécessiteraient une protection internationale, 28,18 % ne figurent dans aucune des annexes.

Et pour cause, ça prend en temps fou. Les auteurs de l’étude ont calculé qu’il faut en moyenne 10 ans entre le moment où une espèce est reconnue par l’UICN comme étant menacée, et le moment où elle est inscrite à l’annexe I ou II (une protection bien perfectible dans la mesure où le trafic fait des ravages, mais c’est une autre histoire). Il aura ainsi fallu 19 ans à la buse couronnée (buteogallus coronatus) et 17 ans à la tortue ponctuée (clemmys guttata) pour passer de « vulnérables » à « protégées ».

Rendez-vous en mai 2019

La Conférence des Parties de la CITES (une autre COP, différente de celle sur le climat) se réunit tous les deux à trois ans. L’ajout de nouvelles espèces est soumis au vote et requiert la majorité des deux tiers. Sans se pencher sur les considérations politiques qui ralentissent le processus d’inscription, les chercheurs recommandent aux pays membres de s’appuyer sans plus attendre sur la liste rouge de l’UICN pour mettre en place des mesures au niveau national.

Et encouragent vivement les Etats-parties à soumettre au vote la protection immédiate des centaines d’espèces classées « vulnérables », « en danger » ou « en danger critique d’extinction » dès la prochaine COP, qui se tiendra du 23 mai au 3 juin au Sri Lanka.

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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