L’accès à l’eau face au changement climatique passé au peigne fin par les experts

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Les experts ont répondu, le 20 mars 2019, à Toulouse en France lors d’une conférence sur le thème de « L’accès à l’eau face au changement climatique, ici et ailleurs » organisée par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, aux questions des citoyens sur la place de l’eau face au changement climatique et ont apporté respectivement leur vision de l’accès au liquide précieux au niveau mondial. A l’occasion de ce rendez-vous, l’Agence de bassin, les collectivités et autres intervenants ont notamment évoqué les actions entreprises en faveur du fleuve Sénégal. 

Plusieurs grands témoins ont pris part à cet événement. Il s’agit entre autres de Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole ; d’Abdoulaye Sène, président du Comité préparatoire à l’organisation du 9ème forum mondial de l’eau « Dakar 2021 » et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). 

« Par ses excès et ses manques, l’eau est en effet le principal marqueur du changement climatique », a indiqué Jean Launay, président du Comité national de l’eau. Par ses impacts sur la santé ou la sécurité alimentaire,  elle est  un facteur d’accroissement des inégalités, un enjeu majeur pour les années à venir. La rareté de l’eau potable (80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement) et la montée du niveau de la mer sur plusieurs continents risquent de susciter des conflits d’usage, voire des guerres, et accentuer les phénomènes de migrations de réfugiés climatiques, en particulier du Sud vers le Nord et l’Europe.

Si ce cocktail détonnant a été évoqué lors de la conférence de l’agence Adour-Garonne, ses responsables ont surtout souhaité mettre en perspective, face à ces enjeux planétaires, les initiatives prises, ici et ailleurs, pour tenter d’apporter des solutions dans le cadre de la coopération décentralisée. Ici, en France, mais aussi et surtout ailleurs, en particulier au Sénégal, qui accueillera en 2021 le 9e forum mondial à Dakar. Ce choix du Sénégal ne doit rien au hasard. En effet, plusieurs organismes, comme l’agence de l’eau Adour-Garonne, la Compagnie d’Aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), des collectivités, à l’instar de la métropole de Toulouse ou de la communauté d’agglomération du Sud-est Toulousain (Sicoval), interviennent déjà dans ce pays. « L’Afrique est le continent qui produit le moins de gaz à effet de serre, mais qui souffre le plus du changement climatique » a rappelé Abdoulaye Sene, le président du comité d’organisation du 9e forum mondial de l’eau en 2021 à Dakar invité par l’agence Adour-Garonne à participer à cette conférence.

L’eau et les changements climatiques ne connaissent pas de frontières. La coopération transfrontalière dans l’adaptation au changement climatique est donc nécessaire pour permettre de partager les coûts et les avantages des mesures d’adaptation, d’assurer leur mise en place optimale dans les bassins fluviaux et de prévenir les possibles effets négatifs de mesures d’adaptation unilatérales. La coopération transfrontalière en matière d’adaptation peut également apporter des avantages supplémentaires en termes de prévention des conflits, de développement socio-économique et de bien-être des populations, et peut même motiver la coopération transfrontalière dans d’autres domaines.

Problématiques régionales, enjeux planétaires

« Si nous n’aidons pas ces pays, il ne faudra pas s’étonner si les populations migrent ailleurs, notamment en Europe, pour pouvoir vivre dignement » a expliqué Nicole Miquel-Belaud, conseillère municipale de Toulouse chargée de la coopération décentralisée et de la solidarité internationale. Dans le cadre de la loi Oudin-Santini, qui autorise les collectivités à affecter jusqu’à 1 % de leur budget eau et assainissement à la coopération, la métropole toulousaine finance en partie la réalisation d’un réseau d’eau potable et d’assainissement pour des écoles dans la ville de Saint-Louis du Sénégal où Jean Mermoz, parti de Toulouse, avait atterri avec son avion Latécoère en octobre 1927. « Au-delà des liens historiques entre les deux villes, c’est notre façon d’aider à l’éducation des enfants et de trouver des solutions à l’urgence sanitaire » a-t-elle précisé.

Depuis les années « 80 », la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gacogne (CACG) travaille également sur le fleuve Sénégal. Avec le Centre national d’études spatiales (CNES) et  l’Agence française de développement (AFD), elle pilote un projet baptisé « Mosis » qui vise la promotion de l’usage des données satellitaires pour améliorer la gestion de l’eau du fleuve. L’Agence Adour Garonne est, elle aussi, engagée aux cotés de l’Organisation pour la valorisation du fleuve Sénégal (OMVS)  pour aider les opérateurs régionaux à mieux gérer la ressource à l’échelle du bassin du fleuve Sénégal. « Le modèle français de gestion des ressources en eau et en matière d’assainissement est très performant. Nous comptons beaucoup sur l’aide de la France » a ajouté Abdoulaye Sène, également membre de l’OMVS.

Créé en 1972, cet organisme œuvre à la gestion de la ressource en eau (régulation du débit, construction de barrages et production hydroélectrique, irrigation etc) avec un modèle unique entre quatre nations riveraines, le Sénégal, la Mauritanie, le Mali et la Guinée, ce dernier pays étant considéré  comme le château d’eau de la région. Cet organisme supranational a déposé des principes forts : le fleuve et ses affluents sont propriété internationale et les ouvrages communs sont gérés collectivement. « C’est un instrument de paix qui a permis d’assurer la sécurité alimentaire mais aussi la stabilité de toute cette sous-région pendant de nombreuses années » a souligné un  ingénieur hydraulicien membre de l’OMVS.

Cet exemple de gouvernance devrait alimenter les débats du 9e forum mondial de l’eau à Dakar auquel l’agence de bassin, la CACG, la métropole toulousaine et le Sicoval ont été invités à participer.

Cependant, de nombreux défis liés à l’adaptation au changement climatique dans les bassins transfrontaliers persistent encore. De nombreux organismes de bassin n’ont pas encore abordé le sujet ou commencent à peine à le traiter. Beaucoup d’incertitudes subsistent quant à la meilleure façon d’adapter la gestion de l’eau au changement climatique. Par ailleurs, les bassins, qui ont une stratégie d’adaptation, doivent maintenant la mettre en œuvre. En outre, les aspects transfrontaliers sont rarement pris en compte dans les stratégies nationales d’adaptation.

Moctar FICOU / VivAfrik                

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