L’AFD évoque les effets du changement climatique sur l’accès à l’eau

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L’interaction entre le réchauffement climatique et le cycle de l’eau est difficile à mesurer en raison de l’impact de l’activité humaine et de l’inertie des masses d’eau (océan et nappes souterraines) qui inscrit les effets du réchauffement dans le long terme. Certains effets sont déjà observés dans les différentes régions du globe et la communauté scientifique en prévoit d’autres avec un degré de certitude acceptable.

Sur ce point précis, la Responsable de la division eau et assainissement de l’Agence française de développement (AFD), Céline Gilquin a expliqué, dans une interview accordée à msn.com, en quoi cette ressource est un marqueur des inégalités qui deviendra un enjeu majeur des années à venir à l’occasion de la journée mondiale de l’eau célébrée le 22 mars 2019 sur le thème est: «Ne laisser personne de côté.» Dans cet entretien, Mme Gilquin fait un état des lieux des ressources en eau de la planète tout en listant quelques maux dont la sécheresse, la pollution et les risques sanitaires, trois questions qui serviront, selon elle, à décrypter les enjeux environnementaux.

Que risquent les populations qui n’ont pas accès à une eau de qualité ?

En 2015, les Nations unies ont fixé comme objectif pour 2030 l’accès de tous et toutes à un service d’eau et d’assainissement géré en toute sécurité. Pour le volet de l’eau potable, il s’agit d’un service à domicile, continu et de qualité. Or selon l’OMS 2,1 milliards de personnes n’ont pas ce niveau de service aujourd’hui. Parmi ces 30% de la population, les disparités sont très fortes, parfois entre quartiers d’une même ville. Quant à la question de l’assainissement, incluant par exemple les toilettes à domicile, ou la gestion des eaux usées, ce sont 4,5 milliards de personnes qui ne bénéficient pas d’un service sécurisé.

A l’échelle mondiale, l’accès à l’eau progresse. Mais les objectifs n’ont pas été atteints dans certains pays du sud. Parfois on parle de «stress hydrique», dans d’autres cas de «pénurie», comme en Jordanie où il y a vraiment un manque d’eau : 135 m3 par habitant et par an contre 2 500 m3 en France. Il faut alors préserver la ressource locale et bien la gérer : améliorer la gestion des réseaux existants, réduire les fuites, ne pas polluer, assainir, traiter et réutiliser les eaux usées, sensibiliser les ménages…

L’accès à l’eau représente un enjeu majeur en termes de santé, de dignité et de lutte contre les inégalités. La consommation d’une eau de qualité alliée à une hygiène de proximité permet par ailleurs d’améliorer sensiblement les risques liés aux maladies hydriques, comme les diarrhées ou le choléra, qui sont la deuxième cause de mortalité infantile. Dès qu’il y a une discontinuité de service, on observe une recrudescence des épidémies de choléra par exemple.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur la ressource en eau ?

La croissance démographique est importante et va continuer, en particulier en milieu urbain dans les pays du sud. Donc la demande en eau va croître. En parallèle, le niveau de vie augmente : on consomme plus, plus de produits industriels, plus de viande… Rappelons que le plus gros consommateur d’eau, c’est l’agriculture, qui représente 70% des prélèvements.

De plus, les effets du changement climatique sont considérables et créent des tensions très importantes : augmentation des sécheresses, eutrophisation, salinisation avec la montée des eaux de mer, événements pluvieux violents… tout cela a un impact. La pollution est aussi un réel sujet : 80% des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement ! L’assainissement de l’eau est donc une priorité.

Comment éviter des «conflits de l’eau» ?

Il va y avoir des tensions sur cette ressource par endroits. Parfois dans le périmètre national, entre les usagers : entre agriculteurs et consommateurs par exemple. Il faut donc travailler en amont à une bonne répartition entre les différents usages. Dans d’autres cas, la ressource se répartit entre plusieurs pays, comme le fleuve Sénégal ou le fleuve Niger. Il est alors important d’organiser en amont une bonne connaissance de la ressource puis de planifier ce qui doit être consacré à l’irrigation, à la production hydroélectrique, à l’eau potable… Les pays doivent s’accorder sur des schémas directeurs de gestion des eaux afin d’éviter les conflits.

J’insiste souvent sur l’importance de la question de la gouvernance : en Jordanie, il y a très peu d’eau mais l’accès est bon, alors qu’en République démocratique du Congo, il y a beaucoup d’eau mais une personne sur deux n’a pas accès à la ressource.

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