Le nord du Kenya sous l’emprise de l’insécurité alimentaire et de la sécheresse prolongée

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L’Autorité nationale de gestion de la sécheresse au Kenya a précisé que la sécheresse qui sévit actuellement au Kenya est pire que celle de 2011, ajoutant que les zones les plus touchées sont Turkana, Garissa, Marsabit, Tana et Isiolo.

« Au moins 2,6 millions de personnes à travers le Kenya sont en proie à l’insécurité alimentaire et ce nombre pourrait atteindre 3,5 millions de personnes qui vont nécessiter une assistance ciblée d’ici août, en raison de la sécheresse prolongée qui sévit dans le pays », a averti mercredi 10 avril l’Autorité.

D’un côté, il y a ces informations inquiétantes. Des images de vieillards émaciés, suffocant de chaleur sous des huttes de brindilles, qui circulent sur les réseaux sociaux avec le hashtag « TurkanaDrought » (sécheresse dans le Turkana). De cette région du nord du Kenya, des journalistes ont rapporté des témoignages de familles contraintes de se nourrir de rares fruits sauvages et qui racontent avoir perdu des proches. Une vingtaine de personnes seraient mortes, selon des leaders politiques locaux

De l’autre côté, le gouvernement dément ces décès. « Je veux dire au pays que personne n’est mort, nous travaillons jour et nuit pour nous assurer que personne ne meurt de faim », a déclaré le vice-président William Ruto. Très attendu sur ce sujet, le président Uhuru Kenyatta n’en a pas dit un mot, jeudi 4 avril, dans son discours annuel sur l’état de la nation. Mais à Nairobi, à plus de 700 km de ce nord aride et pauvre, beaucoup de Kényans reprochent au gouvernement de négliger ces lointains citoyens.

Mais mardi 9 avril 2019, le secrétaire d’Etat chargé de l’agriculture, Andrew Tuimur, a aussi averti que le pays devrait faire face à une pénurie de maïs dans les prochaines années en raison du manque de pluie. « Le pays n’est jamais resté aussi longtemps sans pluie. Nous arrivons presque à la mi-avril sans pluie et ce n’est pas bon pour la production alimentaire », a-t-il déploré.

Dégradation rapide de la situation

Que se passe-t-il réellement ? Un point, seulement, fait consensus : la sécheresse. Proche de la corne de l’Afrique, le Kenya est régulièrement touché par ce phénomène climatique extrême, qui avait durement affecté la région en 2016-2017. Actuellement, selon l’autorité publique de gestion des sécheresses (NDMA), 1,1 million de citoyens vivant principalement dans les comtés du nord du pays – depuis le Turkana jusqu’à Garissa – a besoin d’aide alimentaire en raison de la sécheresse, liée à des pluies trop faibles et mal réparties lors de la « petite » saison des pluies (autour de novembre).

Le Turkana illustre particulièrement la vulnérabilité de ces régions arides (ou semi-arides) et bien moins développées que le reste du pays. Cet immense comté désertique, peu peuplé et très pauvre, compte près de 200 000 habitants touchés sur un total d’un million de personnes, essentiellement des éleveurs. « Il fait 42 à 45 degrés en journée et nous avons perdu près de 400 points d’eau », a alerté le gouverneur, Josphat Nanok, soulignant la dégradation rapide de la situation. La soudure – période la plus difficile de l’année où les stocks de nourriture sont épuisés et où la « grande » saison des pluies (de mars à mai) n’a pas encore débuté –, est en effet en train de se prolonger, le cyclone Idai ayant retardé l’arrivée des pluies.

Andrew Tuimur a aussi déclaré que pour la plupart des agriculteurs qui ont planté à sec, le maïs pourrait ne pas bien germer et même s’il le faisait, ce serait une mauvaise germination qui entraînera une mauvaise récolte.

La saison des pluies au Kenya débute normalement en mars mais les précipitations ont pris beaucoup de retard cette année.

Dans son dernier rapport, la Banque Mondiale a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour cette année de l’économie kényane en la ramenant à 5,7% en raison de la sécheresse.

Moctar FICOU / VivAfrik

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