Amazonie : six pays sud-américains en conclave en Colombie contre les feux forêt

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Les représentants de six pays sud-américains se sont réunis au sommet d’urgence sur l’Amazonie à Leticia, au sud de la Colombie le 6 septembre 2019. Lors de ce sommet placé sous le signe de la lutte contre la déforestation, les six pays ont signé un pacte régional pour préserver la forêt. Ce pacte existe toutefois depuis plus de 40 ans déjà, sans réel impact.           

Au de cours de son speech, Ivan Duque, Président de la République de Colombie a annoncé l’adoption d’un pacte régional pour protéger la plus grande forêt tropicale du monde. Un texte qui A été par la suite présenté à l’Assemblée générale des Nations unies. Le ministre des Affaires étrangères, Carlos Holmes Trujillo a indiqué que ce Pacte de Leticia inclura des « actions concrétisées » dans chacun des six pays signataires.

Cette rencontre de haut niveau a enregistré la présence des chefs d’État de Colombie, du Pérou, de Bolivie, d’Équateur, ainsi que le vice-président du Surinam et le ministre des Affaires étrangères brésilien, Ernesto Araujo, en représentation de Jair Bolsonaro. Pour Carlos Holmes Trujillo « nous allons dynamiser l’action non seulement nationale, mais aussi régionale et globale pour défendre l’Amazonie ».

Même s’ils ne connaissaient pas le contenu détaillé des mesures, les médias et les défenseurs de l’environnement ont rappelé au gouvernement colombien que, depuis plus de 40 ans, un traité de ce genre existait déjà et qu’il est sans effet.

Rappelons que ce traité signé par huit pays en 1978, est le Traité de Coopération Amazonienne (TCA), et l’organisation chargée dès 1995 de promouvoir son application (OCTA), qui avaient comme but d’atteindre « un équilibre entre la croissance économique et la préservation de la forêt ».

Le président de l’ONG colombienne Foro Nacional Ambiental par ailleurs ancien premier ministre de l’Environnement a déploré l’échec due à la forte contradiction. « Ce fut un échec car il y avait une forte contradiction entre la rhétorique écologiste des pays signataires et leur politique extractiviste ». « À l’époque, il y avait peu d’intérêt pour préserver la forêt, alors que naissait une myriade de projets hydroélectriques, miniers et routiers », rappelle celui qui a été président de Forum des Nations unies sur les forêts.

Soucieux « d’unifier les visions » pour la protection de l’Amazonie, les différents pays latino-américains  – sauf le Venezuela, qui n’était pas convié au sommet ont mis en place un nouveau pacte après l’échec de l’OCTA. Mais Manuel Rodríguez Becerra émet des craintes à ce processus. « Je ne suis pas certain que cela aboutisse sur quelque chose de concret. Nous ne disposons d’aucun mécanisme pour sanctionner le Brésil et il faut rappeler que 55 % des émissions carbone des pays amazoniens sont liés à la déforestation ».            

Aujourd’hui encore, les lobbies de l’agrobusiness sont omniprésents en Amérique du Sud et l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil leur a donné des ailes. L’OCDE prévoyait déjà en 2015 que le pays deviendrait le premier fournisseur de produits agricoles de la planète en 2024. Et au Pérou, en Colombie ou en Équateur, l’industrie agricole représente autour de 15 % des emplois.

Evo Morales a signé en juillet dernier un décret présidentiel en Bolivie autorisant les « incendies maîtrisés » dans le cadre d’exploitations agricoles dans les départements de Santa Cruz et de Beni, près de la frontière avec le Brésil et le Paraguay, à la lisière de l’Amazonie. Des incendies volontaires qui permettent d’augmenter les surfaces agricoles, au détriment de la forêt.

Face à la concurrence  des géants de l’agro-industrie, le président Bolivienne soutient les producteurs locaux afin qu’ils  poursuivent le développement de la culture du soja, du bétail et des agro carburants. La quantité de terres cultivables a augmenté de 83 % depuis l’an 2000 pour se situer aujourd’hui autour des 3,5 millions d’hectares, selon l’Institut national de statistiques bolivien. Le 6 août dernier, le gouvernement bolivien a réaffirmé son intention d’étendre cette aire à quelques 10 millions d’hectares d’ici 2025, pris sur les forêts.

La Colombie, dont 42 % du territoire est amazonien, est également scrutée de près par les défenseurs de l’environnement. En 2018, 25 jeunes avaient porté plainte contre l’État colombien pour inaction climatique concernant la forêt amazonienne. La Cour suprême de justice avait ainsi déclaré l’Amazonie « sujet de droit » et ordonné au gouvernement la mise en place de mesures concrètes pour réduire la déforestation. Mais selon les chiffres de l’agence ministérielle colombienne de surveillance écologique, l’IDEAM, la destruction de l’Amazonie n’aurait reculé que de 4 % entre 2017 et 2018.

De l’avis de la chercheuse en développement économique pour l’ONG Dejusticia, Valentina Rozo, « l’agriculture est au centre du problème ». À côté des géants de la production agricole, les agriculteurs pratiquent aussi la culture du brûlis. « Les paysans nous disent qu’ils n’ont pas les moyens de cesser leur activité. Ils brûlent la forêt pour survivre. »

La chercheuse, qui a accompagné les plaignants dans leur combat écologique, souligne l’importance d’étendre un mécanisme connu sous le nom de « paiement pour services environnementaux » (PSA). « Il s’agit de rémunérer les communautés vivant dans une zone d’incendies pour un travail de reforestation, d’autant plus qu’elles connaissent bien la flore locale », dit-elle.

Le secteur de l’élevage n’est pas non plus épargné. « Des réponses intéressantes existent », ajoute Manuel Rodríguez Becerra, qui évoque aussi des solutions à trouver dans le secteur de l’élevage, principal responsable de la déforestation. « Même la Fédération colombienne d’éleveurs affirme qu’avec une meilleure optimisation technologique, les terres d’élevage pourraient être réduites d’un tiers, c’est-à-dire d’environ 12 millions d’hectares », avance-t-il.

Une autre piste de réflexion serait de donner vie au Chemin de l’Anaconda, connu aussi sous le nom de « Corridor AAA » : un projet de zone protégée de quelques 265 millions de km2, reliant les Andes, l’Amazonie et l’océan Atlantique, partagé entre huit pays différents. Cette réserve comprendrait près de 400 communautés indigènes et 30 millions d’habitants.

Manuel Rodríguez Becerra estime que « le plus efficace pour protéger l’Amazonie, c’est de blinder légalement les réserves indigènes et les parcs naturels ». « Les chiffres de l’IDEAM sont optimistes : en Colombie, par exemple, ce régime spécial de protection a permis que seuls 5 % de ces surfaces aient subi des transformations environnementales. » Le Brésil dispose en théorie d’un système légal destiné à protéger ces aires indigènes, mais Jair Bolsonaro a affaibli ces lois.

Si l’on se fie à la Fondation Gaia Amazonas, le Chemin de l’Anaconda permettrait de sauver quelques 200 espèces. Le président brésilien y voit une concurrence directe à son plan Calha Norte, un vaste plan d’infrastructure tout le long de la frontière nord du pays.

Moctar FICOU (& Aissata NDIADE, stagiaire)

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