« Nous sommes là pour faire pression sur les politiques », scandent les marcheurs pour le climat

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En marge du sommet exceptionnel sur le climat organisé lundi 23 octobre 2019 à New York aux Etats-Unis par le secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU), la ville américaine a accueilli, vendredi, environ 1,1 million d’élèves qui ont sécher les cours afin de marche pour le climat.  

Isabelle Hanne, correspondante de liberation.fr a indiqué que la Stuyvesant High School a drainé des dizaines d’adolescents sur le Tribeca Bridge, au sud-ouest de Manhattan. Les lycéens de cet établissement public très réputé de New York, à deux pas du World Trade Center – les locaux de l’école servirent de poste de commande durant plusieurs semaines après les attentats du 11 Septembre –, ne sortent pas pour la pause déjeuner, mais pour manifester. Brandissant des pancartes appelant à «l’action climatique», montrant les gratte-ciel de la ville, dessinés au feutre, sous les flots, ou rappelant que «la science n’est pas une théorie du complot», ils se rendent à Foley Square, point de ralliement de la grande grève pour le climat organisée ce vendredi à New York. Pour l’occasion, la ville a autorisé le 1,1 million d’élèves des établissements publics du primaire et du secondaire à sécher les cours sans pénalités.

Des milliers d’événements identiques se tiennent en parallèle dans 135 pays, mais New York, première ville des Etats-Unis, était l’épicentre de la mobilisation vendredi : les leaders du monde entier y convergent pour un sommet exceptionnel sur le climat organisé lundi par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. « Nous, qui avons hérité de cette crise climatique, nous sommes là pour faire pression sur les politiques : c’est maintenant qu’il faut agir, martèle Jamie Margolin, une activiste de 17 ans venue de Seattle, fondatrice du mouvement Zero Hour. Nous sommes à un moment pivot de notre histoire ».

« Cupidité et corruption »

Les visages juvéniles de ces nouveaux militants – parfois encore dotés de voix d’enfants, parfois des bagues aux dents, et même un volume de Harry Potter sous le bras – contrastent avec le sérieux et l’intransigeance de leur message. Ils parlent « justice climatique », « communautés impactées » par le réchauffement, «atténuation» des émissions de gaz à effet de serre. Accusent, sans ciller, les multinationales de l’industrie fossile, leurs lobbys et les responsables politiques de «corruption». Et critiquent les générations qui les ont précédés pour leur immobilisme, leur cynisme, la faiblesse de leur réponse à l’urgence, ou tout ça en même temps. « Le problème, c’est pas les pailles en plastique, mais la cupidité de l’industrie fossile », lit-on sur la pancarte de Hannah, 15 ans, qui participe à sa cinquième grève. La jeune fille raconte avoir été « particulièrement traumatisée par l’ouragan Sandy », qui avait fait de très gros dégâts à New York, en octobre 2012.

Depuis près d’un an, tous les vendredis, des élèves boudent les cours et descendent dans les rues du monde entier pour faire pression sur les décideurs et les forcer à faire de l’urgence climatique une priorité politique. Un mouvement lancé en août 2018 par l’activiste suédoise Greta Thunberg, 16 ans, devenue le visage de cette mobilisation. L’adolescente, qui s’est exprimée dans l’après-midi depuis Battery Park, le point d’arrivée de la manifestation new-yorkaise, puis à l’ONU lundi, n’a pas chômé depuis son arrivée aux Etats-Unis, en voilier, fin août. Ces derniers jours, elle a rencontré l’ex-président Barack Obama, a donné de nombreuses interviews, et s’est exprimée devant le Congrès. Lors d’un discours mercredi soir devant les élus américains, elle a rappelé que les Etats-Unis étaient le premier émetteur au monde de gaz à effet de serre, «et pourtant, vous êtes la seule nation à avoir annoncé vouloir quitter l’accord de Paris », a-t-elle regretté, s’adressant au président américain Donald Trump. En décembre 2015, 197 pays se sont mis d’accord sur ce texte pour limiter le réchauffement « nettement en dessous de 2°C, en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5°C ».

« Moi j’ai clairement décidé de m’engager dans cette lutte après avoir vu un discours de Greta sur les réseaux sociaux, affirme Alessandro, 15 ans, qui a passé une partie de son été à organiser la grève de ce vendredi, après avoir participé à plusieurs autres ces derniers mois. On va à l’école tous les jours, on y apprend plein de choses, mais parfois le décalage entre l’enseignement qu’on reçoit et la réalité de la crise climatique est tellement énorme… Pour moi, l’éducation est la clé. Et j’ai souvent l’impression que ma génération comprend mieux les enjeux que les gens plus âgés ».

«On a quoi, dix ans ?»

En plus des élèves, de nombreux syndicats et de salariés du privé sont venus grossir les rangs. Aux Etats-Unis, plus de 1 500 salariés d’Amazon – pour qui il s’agira de la première grève déclarée –, mais aussi des employés de Google, Facebook et Microsoft ont décidé de débrayer pour pousser leur entreprise à aligner ses activités sur les objectifs de l’accord de Paris. «On a vraiment pu voir combien le réchauffement climatique s’emballait ces dernières années, indique Tom, 25 ans, qui travaille dans les assurances. C’est terrifiant, et ça vaut bien de quitter son travail, de faire grève, et de manifester. On a quoi, dix ans, pour espérer encore pouvoir changer quelque chose ?»

Olivia Wohlgemuth, en terminale dans un lycée de Manhattan, a fêté ses 17 ans il y a deux jours. «Comme cadeau, j’ai demandé à mes amis et à ma famille de venir à la manifestation», confie-t-elle en riant. Elle aussi a découvert «Greta» sur Instagram, il y a un an. «Ça a changé ma vie. J’ai vu quelqu’un d’encore plus jeune que moi, qui était en train de changer le monde. Je me suis dit que moi aussi, je pouvais y contribuer ! La crise climatique peut sembler tellement désespérée parfois… Agir, s’engager, c’est aussi une réponse à ça.» Olivia est devenue l’une des principales organisatrices new-yorkaises des grèves du vendredi (Fridays for Future). «Notre devoir civique, quand on n’a pas encore le droit de vote, c’est d’aller à l’école, reprend-elle. En montrant qu’on a quelque chose de plus important à faire, on montre que le système est cassé. Et qu’il faut le réparer, en écoutant ce que nous dit la science.»

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec liberation.fr

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