L’Etat tanzanien et Barrick créent une nouvelle entité pour gérer les sites miniers

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Le géant minier Barrick a annoncé lundi le lancement de Twiga Minerals, une nouvelle société qui s’occupera de l’exploitation des trois mines d’or précédemment détenues par Acacia Mining en Tanzanie. La création de la nouvelle entité marque la fin des litiges de longue date entre l’Etat tanzanien et l’entreprise britannique rachetée par Barrick, plus tôt cette année. Selon l’accord finalisé par les deux parties, Barrick paiera 300 millions $ pour régler tous les différends existant entre le gouvernement et Acacia. L’Etat, quant à lui, lèvera l’embargo sur les exportations de concentrés, et détiendra 16 % de participations gratuites dans chacune des opérations. Il recevra également la moitié des profits générés par les projets. Pour Mark Bristow, le PDG de Barrick, le nouvel accord introduit une nouvelle ère de partenariat productif entre la compagnie et le gouvernement tanzanien. Il marque également la fin d’une longue impasse qui avait conduit, entre autres, à la fermeture de la mine North Mara et au gel des exportations de concentré des deux autres mines. « La reconstruction de ces opérations après trois ans de destruction de valeur nécessitera beaucoup de travail, mais les progrès que nous avons déjà réalisés seront grandement accélérés par cet accord », a-t-il déclaré. La fin de ce long feuilleton, qui aura duré plusieurs années, ne pouvait pas mieux tomber pour toutes les parties prenantes alors que le prix de l’or a atteint un sommet annuel à 1 557 dollars l’once en septembre dernier. En outre, c’est une grande victoire pour le président tanzanien John Magufuli qui, depuis son arrivée au pouvoir, n’a cessé de lancer des mesures et réformes pour assainir le secteur minier et accroître la rentabilité des richesses du sous-sol du pays, indique l’agenceecofin.com.

D’immenses richesses minières qui ne profitent pas au citoyen : L’Afrique appauvrie par l’or et le diamant

Les ressources minérales constituent un enjeu très important dans la géopolitique mondiale dirigée par les grandes puissances. Les pays africains, dotés par la nature de ressources minières importantes n’en bénéficient pas à la hauteur de leurs potentiels naturels bien que leur développement soit lié aux ressources minières et pétrolières. On note que le continent africain participe dans une large proportion des réserves et les productions de plusieurs substances minérales (en 2010). L’Afrique représente environ 30 % des réserves mondiales de matières premières minérales non énergétiques (bauxite, cuivre, cobalt, chromite, etc.), produit près de 60 minerais et métaux et selon l’OMC, en 2010, 24 des 54 pays du continent exportent des produits miniers, mais la majorité de ces pays est pauvre. Les productions minières africaines ne sont pas négligeables. A titre d’exemple, la valeur de la production de diamant faite en 2010 atteint 11,5 milliards de dollars dont 52% pour les pays africains. Le Maroc produit plus de 30 millions de tonnes de phosphates et a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de plus de 5,8 milliards de dollars avec une production d’engrais qui dépasse 8,5 millions de tonnes dans un marché mondial de 54,1 millions de tonnes de P2O5. Je signale au passage que sur la totalité de la production aurifère mondiale, l’Afrique participe avec 700 tonnes environ (22%) réparties comme suit : Afrique du Sud (39%), Ghana (16%), Mali (18%), Tanzanie (8%), Burkina et Soudan (5% chacun) et Kenya, Guinée et Mauritanie (10%), apprend-on d’algerie360.com.

La pauvreté côtoie la richesse

Avec toutes ces productions, l’Afrique (30 millions de km²) reste un continent sous-exploré. L’effort et la densité d’exploration garantit une meilleure connaissance géologique, géodynamique et métallogénique de structures ou territoires potentiels. Il absorbe, depuis l’année 2000, entre 13 % et 18 % des budgets mondiaux d’exploration, à un niveau équivalent ou inférieur à l’Australie, au Canada et l’Amérique du Sud qui ont des superficies 2 à 3 fois moindres : respectivement 8, 10 et 18 millions de km². Des efforts supplémentaires d’exploration sont nécessaires pour mieux étudier les territoires et augmenter les probabilités de découvertes. La liaison dialectique existant entre les ressources minérales et la croissance du PIB n’est pas toujours vérifiée en Afrique car les Etats ne perçoivent pas des taxes et autres impôts conséquents pour assurer un développement humain et social de leurs populations bien que le PIB soit important dans beaucoup de pays. La distribution des revenus miniers et pétroliers est loin de profiter aux populations – selon la Banque mondiale – du fait de l’inégalité de leur distribution à laquelle s’ajoutent les détournements, les surfacturations et la corruption. Dans une étude faite par la Banque mondiale, il a été constaté un déséquilibre flagrant dans les taxes perçues par les Etats et les revenus des compagnies minières. Selon cette étude, en 2010, certaines compagnies ont vu leurs revenus progresser de 32%, des résultats nets atteignant les 156% alors que, paradoxalement, les Etats n’ont perçu que 6% de taxes. Dans certains pays, comme le Botswana et la Namibie, l’Etat réglemente au mieux le secteur minier qui participe activement au développement. Il devient actionnaire à 50% dans bien de projets miniers, récupère environ 70% des revenus miniers, après imposition, grâce à un système fiscal performant. Un cas exactement contraire est celui de la Zambie et d’autres pays de l’Afrique australe qui ne perçoivent ni taxes ni redevance minière.

Moctar FICOU / VivAfrik                   

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