La Libye sous le diktat du blocage pétrolier

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Le blocage des principaux sites pétroliers en Libye qui dure depuis le 18 janvier 2020 pourrait largement contribuer à rendre déficitaire le budget 2020 du pays. Initié par les partisans du maréchal Khalifa Haftar, ce blocage empêche les exportations d’or noir, principale source de revenu du pays.

Une bombe à retardement. C’est ainsi que les spécialistes qualifient l’arrêt forcé de l’activité dans le croissant pétrolier au centre de la côte libyenne. La production a chuté de plus de 85 %. La compagnie nationale pétrolière a évoqué la semaine dernière un manque à gagner de près de 1,4 milliard de dollars. Or l’exportation d’or noir est quasiment la seule source de revenu de l’État libyen. Et malgré la division du pays, cette manne financière continue d’être redistribuée partout sur le territoire, ce qui a évité jusqu’ici un effondrement du niveau de vie des Libyens.

Pour Pierre Terzian, directeur de l’Institut Pétrostratégies, « la Libye ne produit plus que 10 % de sa production normale d’avant la guerre. Le volume actuel est à peine suffisant pour couvrir les besoins intérieurs – à condition que les raffineries fonctionnent – et certainement pas suffisant pour alimenter l’économie parce que le secteur pétrolier était pratiquement l’un des rares secteurs à fonctionner depuis l’effondrement du régime de Kadhafi. Il alimentait la Banque centrale qui fonctionnait ainsi et le fonds souverain. »

La Banque centrale a prévenu que dès mars, les salaires des fonctionnaires et les subventions sur les produits de première nécessité pourraient être réduits si la crise continuait. Certains champs pétroliers ont commencé à arrêter toute activité car les cuves de stockages sont pleines. Cette nouvelle phase inquiète car il faut des mois pour qu’un champ à l’arrêt recommence à produire à plein rendement. Et plus les machines sont à l’arrêt, plus le risque de casse des machines au redémarrage est important, soulignent les ingénieurs pétroliers.

Une économie menacée dans sa globalité              

En fin de compte, ces blocages, s’ils persistent, auront des répercussions sur l’économie et les finances du pays, explique Pierre Terzian : « Aujourd’hui, la production étant tombée très bas, si cela continue ainsi, c’est l’ensemble de ce qui reste de l’économie libyenne qui va complètement s’effondrer. Si les revenus pétroliers ne commencent pas à rentrer, il faut voir si l’État va prélever sur les réserves de la Banque centrale, éventuellement sur le fonds souverain. Mais si ce n’est pas le cas, il y aura une grosse crise de liquidités encore plus grave que ce qu’on a connu jusqu’à maintenant. L’économie sera complètement en panne. »

Dans ses récents communiqués, la mission des Nations Unies en Libye s’est d’ailleurs dit très préoccupée par le blocage pétrolier qui aggrave le conflit dans le pays.

La compagnie pétrolière nationale n’exclut pas une production atteignant à court terme 72 000 barils par jour. Soit un effondrement de 94 % par rapport à la production normale et de plus de la moitié par rapport à la production actuelle.

Moctar FICOU / VivAfrik

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