L’Afrique invitée à penser localement afin de financer sa transition énergétique et son industrialisation

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Le continent africain se penche sur les moyens de financer sa transition énergétique et son industrialisation. Alors que les marchés mondiaux pensent au monde post-Covid-19 et à la façon dont la pandémie va remodeler les modèles commerciaux, les pays africains font face à une réalité amère : le continent n’est toujours pas entré dans la Quatrième révolution industrielle et se dirige vers sa première récession en 25 ans.

Alors que l’impact de la pandémie sur les économies africaines devrait être moindre qu’en Europe ou en Amérique du Nord, celle-ci met tout de même en évidence la dépendance excessive du continent à l’égard de plusieurs produits de base pour le fonctionnement de ses économies, et le sous-investissement dans ses infrastructures sociales. Pour l’Afrique, la pandémie de COVID-19 se transforme en un signal d’alarme pour trouver de meilleures façons de s’industrialiser, la principale d’entre elles étant l’accès à une énergie fiable, bon marché et propre. En revanche, et compte tenu des contraintes de liquidité sur les marchés mondiaux, le financement de la transition énergétique de l’Afrique et le soutien à son industrialisation nécessiteront de devenir plus compétitifs et de trouver de nouveaux moyens de mobiliser des capitaux dans des industries et projets clés.

Le sujet était au centre d’une discussion en webinaire entre Kola Karim, PDG de Shoreline Energy International, le responsable des investissements chez Vitol Steven Brann, et le Directeur général du Bambili Group Nyonga Fofang. Le webinaire était organisé le 15 mai 2020 par la Chambre africaine de l’énergie (www.EnergyChamber.org) et hébergé par Africa Oil & Power.                      

La clé de l’industrialisation en Afrique est l’accès à l’électricité, qui dépend fortement de la capacité de l’Afrique à bien gérer ses ressources naturelles, en particulier le gaz naturel. Jusqu’à présent, la majeure partie du gaz africain a été produite au profit des marchés étrangers en Asie, en Amérique, en Europe et au Moyen-Orient, où il est expédié sous forme de GNL. Les prix du GNL sont tombés à leur plus bas niveau et sont actuellement en dessous du seuil de 2 $ en Europe et en Asie, tandis que les producteurs d’électricité africains paient toujours au-dessus de ce prix pour alimenter leurs turbines. Les prix actuels du marché du gaz naturel devraient rester déprimés pendant un certain temps et devraient inciter fortement les producteurs d’électricité africains à utiliser le GNL comme matière première et à remplacer leurs installations de diesel ou de charbon par du GNL qui peut être facilement acheté sur le continent.            

Cependant, une bonne gestion des ressources naturelles de l’Afrique ne se limite pas à la conversion des centrales électriques existantes au gaz afin de bénéficier d’une ressource bon marché et disponible localement. Cela nécessite plutôt une transformation profonde de la façon dont les pays africains voient l’énergie et de la façon dont ils prévoient de dynamiser leurs économies pour aller de l’avant.

Ce faisant, le financement deviendra un défi encore plus grand à mesure que le capital se raréfie et que les investisseurs ne recherchent que des actifs très résilients dans lesquels investir. À cet égard, les participants ont noté qu’il est actuellement difficile de monétiser le GNL africain dans les industries africaines parce que les clients industriels hésitent à signer le type d’engagements pluriannuels requis par les producteurs de gaz pour se financer. Parce que les utilisateurs industriels potentiels ne savent pas ce que l’avenir réserve et n’ont pas une vision claire de ce à quoi ressemblera le bouquet énergétique de leur pays, leur réticence à passer au gaz a un impact direct sur l’attractivité du secteur et les oblige à continuer à payer de l’énergie plus chère et moins propre. De même, les importations de fioul et de charbon dans les industries électriques sont devenues une habitude telle que l’engagement à long terme sur le développement des infrastructures de réception et de traitement du GNL fait désormais débat.

Les participants ont alors souligné la responsabilité des souverains africains et du secteur privé dans le maintien du continent dans ce statu quo énergétique. Dans un monde post-Covid-19, une situation dans laquelle l’Afrique exporte son énergie alors que ses habitants sont dans le noir et importe des produits finis pendant que sa jeunesse est au chômage n’est plus viable. L’industrie appelle à une forte participation souveraine dans l’établissement d’une connexion avec le secteur privé et à une réflexion globale sur le développement du continent. Alors que les devises et les capitaux internationaux continueront d’être nécessaires, il est urgent de dynamiser d’abord les communautés et les voisins africains. Le Nigeria ne peut penser à son développement gazier sans avoir à l’esprit les besoins énergétiques de ses voisins immédiats par exemple. De même, l’Afrique du Sud ne peut pas planifier son avenir énergétique sans prendre en considération les vastes réserves de gaz de ses voisins. La liste de tels exemples est devenue trop longue.

L’Afrique doit utiliser la base solide de ses ressources naturelles pour créer des opportunités et changer le récit autour de son industrialisation en changeant son propre espace énergétique. Pour qu’un tel changement de paradigme se produise, les souverains africains doivent prendre les devants. Ce n’est qu’au niveau souverain qu’un pays peut lever plusieurs milliards de dollars auprès d’agences multilatérales et investir dans les projets et les infrastructures nécessaires pour soutenir les investissements et la croissance du secteur privé. Seule la volonté politique peut vraiment libérer la valeur de la coopération énergétique transfrontalière africaine, et ainsi ouvrir les portes à une participation plus large du secteur privé africain au sein d’un continent de libre-échange prospère.

En attendant, des efforts supplémentaires doivent être faits pour mobiliser des capitaux locaux et patients à partir des fonds nationaux et des fortunes familiales africaines. Les participants ont conclu sur le fait qu’il y a beaucoup de capitaux de bonne fortune sur tout le continent, mais leur mobilisation nécessite la présentation de projets bancables de qualité supérieure gérés par des équipes de direction exceptionnelles. Il appartient aux dirigeants africains et aux leaders du secteur privé de mettre le continent sur une nouvelle voie vers la prospérité.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec APO Group pour United Nations Economic Commission for Africa

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