Cameroun : le collectif « Les Banen disent NON » s’oppose à la vente de leurs terres

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La délégation du collectif « Les Banen disent NON » a signifié au ministère camerounais des Forets et de la Faune l’opposition catégorique des populations autochtones à l’expropriation de la forêt d’EBO.  

Cette opposition fait suite à la volonté de ce ministère de lancer un avis public pour le classement de 64 835 ha dans le domaine privé de l’Etat afin d’en faire une concession d’une trentaine d’Unités Forestières d’Aménagement en abrégé UFA le 4 février 2020.

Ce projet a tout de suite suscité l’inquiétude et l’incertitude des populations. Toute chose qui les ont conduites à se mobiliser et à s’organiser de manière à faire entendre leur voix dans le but de s’opposer au processus d’expropriation en cours. Et, de défendre leurs droits inaliénables sur leur patrimoine ancestral et de sauvegarder les intérêts des générations futures.

« Par le biais de personnes ressources, volontaires et bénévoles ; des démarches ont donc été engagées dans le sens de comprendre les fondements juridiques, le rôle, les objectifs et les enjeux de ladite dépossession auprès du ministre de l’administration concernée auquel nous avons rendu visite en délégation le 28 avril 2020. Notre délégation en a profité pour lui exprimer l’opposition catégorique des populations autochtones de la forêt d’EBO. Et ce, en nous adossant sur des cas précédents, sur des faits historiques connus et indéniables et enfin sur un argumentaire juridique en relation à la protection des minorités et des peuples autochtones », a expliqué le collectif « Les Banen disent NON » dans un communiqué de presse émis le 7 mai 2020 au Palais Dika Akwa de Douala.  

Nos arguments reposent respectivement sur des données factuelles vérifiables qui attestent l’existence des droits ancestraux des communautés plaignantes sur les terres convoitées par l’Etat ; sur le précédent de l’arrêt du projet de WWF à la suite de l’opposition vigoureuse des communautés intéressées en 2006. Il faut dire que l’arrêt dudit projet en lui-même, fut à la suite de l’opposition des communautés concernées, constituait la reconnaissance formelle par l’Etat des droits ancestraux et traditionnels desdites communautés sur les terres litigieuses ; sur le non-respect des exigences de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée le 13 septembre 2007 en ses articles 8, 10, 19 et 32 de cet instrument international qui fait consensus au sein des Etats membres de l’Organisation des Nations Unies ; sur le bilan peu élogieux la gestion calamiteuse des 100 Unités Forestières d’Aménagement en abrégé UFA existantes au Cameroun et enfin sur l’existence des démarches parallèles et intérêts contraires à ceux des populations directement concernées par ces terres, lit-on dans le document officiel de la structure.

Le collectif appelle en outre à la mobilisation contre l’accaparement des terres ancestrales Banen et à la destruction de la biodiversité dans les arrondissements de Nitoukou – Yingui – Ndickinimeki – Nord-Makombe par le gouvernement du Cameroun.

« Les Banen disent NON » précise dans le texte que le traumatisme subi par les populations Banen pendant plus d’un demi-siècle est à la dimension du cri de colère poussé aujourd’hui, en ceci que la volonté d’accaparement de ses terres par le gouvernement va faire d’elles des apatrides dans leur propre pays. C ́est à dire des Camerounais sans village, sans lien avec leurs origines et leur ancestralité.

Ce qui viole clairement, selon le collectif « Les Banen disent NON », deux dispositions de la constitution Camerounaise du 18 janvier 1996 qui stipulent que « l’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi », que « le droit de propriété ne saurait être exercé contrairement à l’utilité publique, sociale ou de manière à porter préjudice à la sûreté, à la liberté, à l’existence ou à la propriété d’autrui ».

A propos du collectif « Les Banen disent NON »

Le collectif « Les Banen disent NON » est un regroupement des fils et filles des déportés des terres de la forêt d’EBO qui envisagent le retour dans ce qui fut jusqu’en 1963 la terre de leurs parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Une terre qui constitue la matrice principale de leur âme collective car s’y trouve : cimetières et lieux sacrés qui constituent pour eux des repères culturels et traditionnels irremplaçables. Ils y ont encore leurs villages leurs cases, leurs cacaoyères, les caféiers, leurs plantations de palmier à huile, leurs cocotiers, leurs pruniers et d’autres cultures vivrières régulièrement entretenues…

La raison d’être de notre engagement se trouve dans l’expression de notre volonté collective de rentrer chez nous et de ne plus être des apatrides au Cameroun. Notre rassemblement est le relais de nos Chefs Traditionnels, des représentants des grandes familles, des figures culturelles sportives administratives, politiques et, de toutes nos élites pour le bien de l’ensemble du peuple BANEN au Cameroun.

Moctar FICOU / VivAfrik

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