Covid-19 : l’urgence de lutter contre l’érosion de la biodiversité

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Une protection internationale de la biodiversité est indispensable pour éviter de nouvelles crises sanitaires. La crise sanitaire actuelle a fait émerger un questionnement sur ses causes profondes. La destruction des écosystèmes est une autre urgence planétaire, qui nécessite des mesures d’envergure, notamment pour… éviter de nouvelles pandémies. Si 2020 s’annonçait comme une année clé pour la lutte contre le dérèglement climatique, elle l’était tout autant pour la protection de la biodiversité et de l’environnement. De nombreux sommets internationaux prévus pour cette année ont dû être reportés en raison de la pandémie. Tout d’abord, il était prévu qu’en octobre prochain se déroule, en Chine, la 15e réunion de la convention de l’ONU sur la biodiversité biologique (COP15). Le but était de faire le bilan de l’atteinte des objectifs d’Aïchi pour la lutte contre l’érosion de la biodiversité (objectifs qui couraient de 2011 à 2020), et surtout d’adopter un nouveau cadre international visant à apporter une réponse politique à la perte de biodiversité mondiale à l’horizon 2030. La COP15 visait donc à adopter un équivalent à l’Accord de Paris pour le climat. Cette dernière a été repoussée sine die. Par ailleurs, d’autres conférences internationales sur la biodiversité étaient planifiées pour cette année, elles aussi reportées : une conférence des Nations Unies sur les océans, prévue au Portugal et le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), quant à lui déplacé à janvier 2021. Les reports de ces différents sommets internationaux ne peuvent nous faire perdre de vue l’urgence de la situation. Les scientifiques et ONG sont nombreux à tirer la sonnette d’alarme. En mai 2019, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services ou IPBES, en anglais), a publié son premier rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques. Elle y alerte, entre autres, sur le « taux d’extinction des espèces sans précédent, et qui s’accélère ». En effet, 75% de l’environnement terrestre et 66% de l’environnement marin sont « gravement altérés » par les activités humaines. Par conséquent, un million d’espèces animales et végétales, sur un total estimé de 8 millions, sont en danger. Le Rapport « Planète vivante » du WWF insiste lui aussi sur la gravité de la situation : « Entre 1970 et 2014, les populations de vertébrés – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – ont chuté de 60 % au niveau mondial et de 89 % dans les tropiques, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. » Le rythme de déclin n’a jamais été aussi rapide et est aujourd’hui « cent à mille fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques». 75% de l’environnement terrestre et 66% de l’environnement marin sont « gravement altérés » par les activités humaines, indique cncd.be

Repenser notre rapport à la nature et à l’environnement

Ces données accablantes sont intrinsèquement liées aux activités humaines. En effet, nous utilisons plus d’un tiers de la surface terrestre et près des trois quarts de nos réserves en eau douce pour l’agriculture et l’élevage. Dans son rapport, l’IPBES rappelait les cinq principaux facteurs directs de pression sur la biodiversité : les changements d’usage des terres, l’exploitation des ressources naturelles, les changements climatiques, les pollutions et les espèces exotiques invasives. Selon les experts, ces facteurs directs sont soumis eux-mêmes à l’influence de facteurs indirects comme la démographie humaine, les cultures, les modes de production et de consommation, les institutions et les gouvernances. Le rapport soulignait le besoin d’une modification rapide et transversale de nos modes de fonctionnement et de nos relations au vivant. Ces recommandations font écho au rapport spécial du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), publié en août 2019 et qui analysait les liens entre changements climatiques et utilisation des sols. Il y était rappelé que si une meilleure gestion des sols et des forêts pouvait être une partie importante de la solution, elle serait insuffisante sans des transformations ambitieuses et systémiques. Les animaux et les humains vivent dans une proximité importante, due à une pression humaine sur l’environnement toujours plus importante. La destruction des habitats naturels est par exemple considérée comme la première cause de perte de biodiversité. Cette destruction est due en majorité à la déforestation pour étendre les surfaces agricoles ou pour l’élevage intensif. Elle est également un facteur important de dissémination des pathogènes. En effet, les habitats des animaux porteurs de virus sont eux aussi perturbés, ce qui les amène parfois à se rapprocher de zones habitées par les humains. Cette proximité crée des points de contacts plus fréquents et donc un terrain propice de transmission de pathogènes d’une espèce à l’autre. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avertissait déjà en 2006 que l’augmentation des maladies infectieuses émergentes coïncidait avec la croissance accélérée des taux de déforestation tropicale enregistrés ces dernières décennies. Notons que les forêts tropicales, de par leur nature chaude et humide, sont particulièrement riches en biodiversité et en micro-organismes. Tant que ces forêts restent intactes, les risques d’exposition à des pathogènes restent faibles. En revanche, la déforestation massive, surtout en Asie, en Afrique et au Brésil, expose de plus en plus d’individus au risque, poursuit la même source.

Transmises par les animaux

Les pressions de plus en plus intenses exercées par l’humain sur l’environnement favorisent donc l’émergence de maladies infectieuses. Notre rapport actuel à la nature explique l’augmentation de la transmission de maladies des animaux vers les humains (ce qu’on appelle des zoonoses). Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), environ 60 % des maladies infectieuses chez l’homme sont des zoonoses et 75 % des maladies infectieuses émergentes le sont également. Une étude récente, publiée dans la revue Nature, confirme que quasiment toutes les pandémies récentes sont issues des animaux, sauvages pour la plupart. Au cours des dernières décennies, on a vu de nombreuses maladies se propager dans des régions données (épidémies) ou dans de nombreux pays du monde (pandémies), telles que la grippe aviaire H5N1, la grippe pandémique H1N1, le syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) ou encore le virus d’Ebola. Ce dernier a été le résultat de pertes forestières en Afrique de l’Ouest qui ont entraîné des contacts plus étroits entre la faune sauvage et les établissements humains ; l’émergence de la grippe aviaire a été liée à l’élevage intensif de volaille ; et le virus Nipah a été lié à l’intensification de l’élevage de porcs et de la production de fruits en Malaisie. Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE, conclut à ce sujet qu’ « il n’y a jamais eu auparavant autant de possibilités de transmission d’agents pathogènes des animaux sauvages et domestiques à l’homme ». Cette réalité est d’autant plus vraie pour les sociétés plus traditionnelles et les populations les plus pauvres, où les liens à la nature et l’environnement sont particulièrement étroits, conclut le média en ligne cité.

Moctar FICOU / VivAfrik

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