Secteur aurifère : la Mauritanie et Kinross Gold signe un nouveau partenariat gagnant-gagnant

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Le gouvernement mauritanien et Kinross Gold ont revu leur copie dans le secteur aurifère. En effet, au mois de juin 2020, la Mauritanie a révisé les termes du partenariat qui le lie au canadien Kinross Gold, la plus grande compagnie aurifère opérant sur son sol. Censé mettre fin à des différends entre les deux parties, l’accord permettra d’accroître les revenus que Nouakchott tire de l’or, à un moment où le prix du métal précieux affole les compteurs. Face aux difficultés de longue date du fer, son premier produit d’exportation minière, la Mauritanie va-t-elle surfer sur cette vague pour maintenir les mines comme pilier de son économie ?

En termes clairs, le nouvel accord entre Kinross Gold et le gouvernement mauritanien ne pouvait pas mieux tomber. Sur une courbe ascendante depuis plusieurs mois, le cours de l’or a profité de la pandémie de Covid-19 pour dépasser les 1700 dollars l’once et les prévisions annoncent une montée jusqu’à 2000 dollars/oz.

Cette tendance haussière justifie sans doute l’une des principales clauses du nouveau partenariat, qui porte sur les redevances que doit verser la compagnie canadienne active sur la plus grande mine d’or du pays. En remplacement du pourcentage fixe de 3% que percevait la Mauritanie, peu importe les niveaux de production ou le cours du métal jaune, les deux parties ont convenu d’un taux de redevance croissant pouvant atteindre 6,5%, en fonction du prix de l’or. A elle seule, cette clause traduit parfaitement le but du pays qui veut maximiser les recettes qu’il tire de l’exploitation de ses ressources, a détaillé Louis-Nino Kansoun dans les colonnes de l’ agenceecofin.com.

« Cet accord est le résultat d’efforts positifs entre le gouvernement et Kinross pour régler nos différends à l’amiable. Il souligne également notre engagement à offrir un climat d’investissement attractif dans le pays et garantit que le peuple mauritanien recevra de justes bénéfices issus de l’exploitation de la mine Tasiast », a d’ailleurs commenté Mohamed Abdel Vetah, le ministre de l’Energie, des Mines et du Pétrole.

Au-delà de la question des redevances, plusieurs autres points valent le détour. Par exemple, la Mauritanie s’engage à octroyer à Kinross un nouveau permis d’exploitation minière d’une durée de validité de 30 ans au projet Tasiast Sud, adjacent à sa mine Tasiast, ce qui devrait faciliter les plans d’expansion de la société dans le pays.

L’Etat mauritanien doit également rembourser 40 millions $ de TVA, selon un calendrier de paiement qui s’étend jusqu’en 2025. En contrepartie, la compagnie versera d’abord 10 millions $ pour régler un litige concernant la consommation de carburant et les exonérations fiscales. Ce premier paiement sera suivi d’un second de 15 millions $, versé après l’obtention du permis d’exploitation de Tasiast Sud.

L’or de Tasiast, un pari gagnant pour Kinross Gold

Si Kinross Gold est devenue aujourd’hui une compagnie qui produit chaque année plusieurs millions d’onces d’or, le canadien le doit en grande partie à Tasiast, l’un de ses actifs phares. Pourtant, lorsqu’elle finalise en septembre 2010 l’acquisition de la jeune mine en rachetant la société Red Back, rien ne présageait encore un tel succès.

Pour la petite histoire, les activités d’exploration minière ont commencé dans la région de Tasiast depuis 1962. Ce n’est que vers la fin des années 1990 qu’elles seront intensifiées pour l’or, aboutissant à la découverte d’un gisement. Si diverses compagnies se sont succédé sur le projet, c’est avec la société Red Back que sera achevée la construction de la mine qui ouvre officiellement en 2008.

Lorsqu’elle arrive sur le projet en 2010, Kinross s’attèle à accélérer de manière agressive l’exploration des zones prometteuses pour augmenter les ressources. On peut ainsi reconnaître à la compagnie canadienne le mérite d’avoir fait passer au projet le cap des 200 000 onces produites en 2011 (voir tableau).

Aujourd’hui, la mine Tasiast a dépassé ces volumes de loin. Elle a produit l’année passée (2019) 391 097 onces d’or, en hausse de 56% par rapport à 2018, permettant à Kinross d’engranger des revenus de 532 millions $ (largement supérieurs aux 300 millions $ de 2011). Evidemment, cette bonne fortune de la société canadienne profite au gouvernement mauritanien à bien des égards. Kinross et sa filiale mauritanienne ont rapporté en 2017 à l’Etat un total de 14,19 milliards d’ouguiyas (plus de 377 millions de dollars), soit 27,25% des revenus générés par les sociétés minières pour la Mauritanie, cette année-là.

Selon le rapport ITIE publié en décembre dernier pour le compte de l’année 2017, Tasiast est la deuxième entreprise minière qui génère le plus de revenus pour l’Etat, derrière la SNIM, l’entreprise nationale qui exploite les ressources de fer du pays. De plus, c’est également la troisième compagnie minière qui emploie le plus de Mauritaniens, derrière la SNIM et MCM.

Le climat idéal pour les plans d’extension de Kinross

Le futur de Tasiast s’annonce reluisant. Depuis plusieurs mois, Kinross Gold prépare un plan destiné à étendre la capacité de production de la plus grande mine d’or mauritanienne. Avec la signature du nouvel accord avec le gouvernement, la route vers la réalisation de ce but est plus que jamais dégagée.

En présentant les plans d’extension de sa compagnie en septembre 2019 lors du Denver Gold Forum, J. Paul Rollinson trouvait déjà que le nouveau plancher du prix de l’or à 1500 $/oz était une excellente nouvelle. Avec un cours de l’or, aujourd’hui à plus de 1700 dollars l’once, il ne fait pas de doute que la mine Tasiast entre dans une nouvelle ère de développement qui sera marquée par l’exécution des plans de Kinross et qui rapportera encore plus de bénéfices à la compagnie et la Mauritanie.

Dans le détail, la société veut notamment augmenter la capacité de traitement de la mine à 24 000 tonnes/jour, ce qui lui permettra de porter la production annuelle moyenne à plus de 500 000 onces. Le projet, dont le démarrage est prévu pour 2021, devrait permettre d’étendre la durée de vie de Tasiast de 4 ans, soit jusqu’en 2033. Entre 2020 et 2033, la mine produira environ 6,2 millions d’onces.

Les fonds pour mener à bien ce projet sont disponibles, la compagnie a obtenu un financement de 300 millions de dollars d’un groupe de prêteurs constitué de la Société financière internationale (membre du groupe de la Banque mondiale), Export Development Canada, ING Bank et Société Générale. La crise sanitaire qui prévaut actuellement s’affiche donc comme le seul facteur qui pourrait d’une manière ou d’une autre retarder l’exécution de cette extension.

Le moment pour la Mauritanie de surfer sur la vague

Les richesses du sous-sol mauritanien constituent depuis plusieurs années l’une des premières sources de recettes publiques et un grand contributeur à la croissance économique. Dominé par le fer, le secteur minier a généré comme revenus pour le trésor public, 47,525 milliards d’ouguiyas (1,2 milliard $) en 2017, selon le rapport ITIE paru en décembre dernier. D’après cette même source, les mines représentent 10,5% du PIB et 58,88% des revenus d’exportations.

Le hic, la valeur de la production de minerai de fer, principal produit d’exportation, a chuté de moitié en moins de 5 ans, passant de plus du milliard de dollars en 2013 à environ 519 millions $ en 2017, d’après les données de l’ITIE. Il faut dire que malgré une production constante, le cours du minerai a fortement dégringolé sur les marchés mondiaux, aboutissant donc à une diminution des revenus miniers pour le pays.

Dans un tel contexte, et avec la hausse des prix de l’or depuis plusieurs mois, l’Etat devrait concentrer davantage d’efforts pour exploiter pleinement les autres richesses de son sous-sol, à commencer par l’or. Pour le moment, en dehors de Kinross, la seule autre grande compagnie étrangère active sur l’or en Mauritanie est First Quantum, qui exploite le métal comme sous-produit de sa mine de cuivre dans le pays.

Au-delà de l’or, dont le potentiel est réellement sous-exploité, la Mauritanie héberge dans son sous-sol d’autres minéraux qui pourraient booster son économie, en l’occurrence le cuivre et l’uranium. Comme souvent, le succès d’une quelconque stratégie de diversification passera par davantage d’actions pour améliorer l’attractivité du secteur pour les investisseurs étrangers.

Moctar FICOU / VivAfrik

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