Le parc National des oiseaux du Djoudj (Sénégal) sous l’emprise de la pollution

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La pollution, sous toutes ses formes, continue de dicter sa loi à l’écosystème sénégalais. Et ce ne sont pas les riverains de baie de Hann et divers endroits du territoire sénégalais qui diront le contraire. La preuve ? Le parc National des oiseaux du Djoudj est submergé par des eaux usées. Ainsi, pour protéger la troisième réserve ornithologique mondiale, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) vient d’achever une digue de 36 km censée empêcher les eaux usées des rizières de s’y écouler. 

Certains sont déjà en route. Flamants roses, hérons pourprés, oies de Gambie… Près de 3 millions d’oiseaux venus du monde entier rejoindront d’ici à quelques semaines le parc national du Djoudj, à 60 km de Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. Pour hiverner dans cette réserve ornithologique de 16 000 hectares – la troisième plus importante au monde –, certains, comme le dendrocygne veuf, traverseront le continent ; d’autres, à l’image de la sarcelle d’été, parcourront plus de 15 000 km depuis la Sibérie. Une fois le Sahara franchi, près de 120 espèces paléarctiques viendront s’abreuver aux eaux douces du Djoudj.                             

Et cette année, le parc devrait se montrer plus hospitalier que par le passé. Bien que le site, classé au patrimoine de l’Unesco depuis 1981, souffre toujours de la pollution et du manque d’eau, la livraison, le 12 août, d’une digue de 36 km devrait enfin permettre à la faune et à la flore locales de respirer. Construit et financé par l’UNESCO, le précieux rempart est censé empêcher les eaux usées des rizières périphériques de s’écouler dans la zone protégée. Bien sûr, sa présence ne réglera pas le problème des rizières « installées au sein même du parc de façon illégale », fustige le conservateur du site, Cheikh Niang, qui a porté l’affaire devant les autorités, relate Salma Niasse Ba du quotidien lemonde.fr. Mais avec la digue, une partie du flux sera déviée et les troupeaux de bovins qui pâturent aux abords du parc – et parfois s’y égarent – ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

Dernier refuge du phragmite aquatique

Bordés par le fleuve Sénégal et par une chaîne de lacs et de marigots interconnectés, les bassins poissonneux du Djoudj servent depuis plusieurs années de déversoir aux eaux polluées par les fertilisants des parcelles rizicoles. Ces dernières se sont multipliées dans la région avec le lancement, en 2008, de programmes pour parvenir à l’autosuffisance en riz. Une extension des cultures qui s’est faite dans la précipitation, sans que soient creusés les canaux de drainage qui auraient permis de protéger la réserve. Résultat : les fertilisants ont entraîné l’apparition de roseaux envahissants, comme le typha, qui prolifèrent et obstruent les cours d’eau.

La situation était devenue d’autant plus alarmante que les poissons, principale ressource alimentaire des oiseaux, se retrouvaient littéralement asphyxiés, privés d’oxygène par le typha. Amadou Diop, écoguide au Djoudj depuis vingt ans, a vu la situation se détériorer et redoute que malgré la digue les plantes qui poussent à grande vitesse soient difficiles à éradiquer. Depuis que le typha a remplacé le nénuphar, explique-t-il, l’anserelle naine (aussi appelée « sarcelle à oreillons ») ne migre plus vers le Djoudj.

Amadou Diop se fait également du souci pour le phragmite aquatique, un passereau qui niche en Europe. Considéré comme une espèce menacée, le petit oiseau au plumage brun a besoin d’une zone de protection spéciale. Or un rapport sur les menaces qui pèsent sur le parc souligne que le Djoudj « est le lieu d’hivernage principal, ou tout au moins le seul connu », pour ce volatile. Si le vaste sanctuaire sénégalais ne pouvait plus lui servir de refuge, l’espèce risquerait tout simplement de disparaître, met en garde l’écoguide.

Lutter contre le braconnage et la pêche

Car les oiseaux du Djoudj ne pâtissent pas seulement de la prolifération du typha, ils sont aussi menacés par le déficit d’eau depuis que le barrage de Diama, dont la construction s’est achevée en 1986, a rendu difficile la gestion hydraulique du parc. Destiné à empêcher le flux marin de remonter dans les terres, l’ouvrage a créé un déséquilibre entre eaux douce et salée. La salinisation des sols et la sécheresse se sont accrues sous l’effet des eaux polluées et surtout du réchauffement climatique.

Heureusement cette année, « toutes les vannes qui alimentent le parc ont été ouvertes », assure Cheikh Niang, le conservateur. L’écoulement va permettre de libérer les espaces de nidification bouchés par les plantes aquatiques. Une aubaine pour le pélican blanc, la vedette du Djoudj, dont les sites de reproduction sont régulièrement menacés depuis quelques années.

L’enjeu, pour les personnels de la réserve, est désormais de mieux associer les habitants des villages environnants à sa protection. D’après Ahmed Diouf, responsable d’un campement villageois, une quarantaine de personnes se sont déjà portées volontaires pour participer au recensement mensuel des oiseaux et devenir écogardes. « On tente de reboiser pour contrer la sécheresse. Avec le manque de moyens, c’est assez difficile », explique-t-il. Mais le plus dur reste de convaincre les autres villageois de lutter contre le braconnage et la pêche, illégalement pratiqués dans la réserve. Et contre cela, il faudra plus qu’une digue.

Moctar FICOU / VivAfrik                   

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