Climat : la Chine s’engage à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060

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6338971 22.09.2020 A television broadcast shows Chinese President Xi Jinping delivering a pre-recorded address to the 75th annual U.N. General Assembly at U.N. headquarters, in New York, United States. Brian Smith / Sputnik

Le premier pays émetteur mondial de gaz à effet de serre a pris une décision historique. En effet, e président de la Chine Xi Jinping a annoncé, mardi 22 septembre 2020, sa décision d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2060 lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies qui s’est tenue en ligne cette année. Une déclaration inattendue qui permet de relancer l’Accord de Paris sur le climat, mais aussi de pointer l’attitude de retrait climatique des États-Unis, sur fond de nouvelle guerre froide entre les deux puissances les plus émettrices de la planète. L’avenir de l’Accord de Paris va désormais se jouer lors de la présidentielle américaine.

Xi Jinping a partagé sa volonté de prendre plus d’engagements dans la concrétisation de l’accord de Paris. Pour information, les climatologues de l’ONU ont déclaré dans un rapport de référence de 2018 qu’il est impératif de réduire les rejets nets en carbone dans l’atmosphère à zéro d’ici au milieu du siècle pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, au-dessus de quoi on pourrait s’attendre à un scénario catastrophique.

« Nous avons comme objectif de commencer à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030, et d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060 », a-t-il déclaré. Il envoie ainsi un signal fort au monde entier.

Pékin redonne ainsi un souffle à l’Accord de Paris, dont la dynamique n’a fait que retomber depuis l’annonce du retrait des États-Unis par Donald Trump, et qui doit devenir effectif en novembre. « Tous les pays doivent prendre des mesures décisives pour honorer cet accord », a encore déclaré Xi Jinping, désignant implicitement son rival occidental. Si l’objectif de 2060 est moins ambitieux que la date de 2050 adoptée notamment par l’Union européenne, il a été salué par plusieurs experts.

Jean-Pascal van Ypersele, un climatologue belge et ancien vice-président du groupe d’experts en climat de l’ONU (GIEC), a déclaré à l’AFP, dans des propos rapportés par Sciences et Avenir, que dans le cas particulier de la Chine, il faudra qu’elle soit cohérente dans ses efforts et qu’elle arrête notamment de financer des centrales au charbon et d’autres infrastructures polluantes en Afrique.

« C’est sans doute la plus proche date réaliste pour la Chine », convient Neil Hirst, chercheur à l’Imperial College London. « C’est un grand défi qui impliquera l’arrêt ou la rénovation d’un grand nombre de centrales à énergies fossiles relativement modernes », pointe-t-il. « Le diable est dans les détails et la Chine devra fixer des objectifs spécifiques à court terme, ainsi qu’une date de pic plus rapprochée, mais la voie prise par la Chine pour un avenir à zéro carbone se précise », a salué Helen Mountford, vice-présidente du World Resources Institute.

« Cette annonce enverra des ondes de choc positives dans les cercles diplomatiques et devrait susciter une plus grande ambition climatique de la part d’autres grands émetteurs. Les arguments en faveur d’une action climatique ambitieuse sont plus forts que jamais et peuvent entraîner une forte reprise économique après le COVID-19. Des mesures de politique climatique audacieuses peuvent faire croître l’économie chinoise, créer des emplois et bien positionner le pays pour être compétitif et leader dans une économie à faibles émissions de carbone du XXIe siècle », a-t-elle également commenté.

Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, a également salué l’ambition de la Chine. « C’est une étape importante dans notre lutte mondiale contre le changement climatique dans le cadre de l’Accord de Paris ». L’eurodéputé Pascal Canfin s’est lui aussi réjoui de l’annonce de la Chine sur Tweeter. « L’annonce de la Chine de vouloir être neutre en carbone en 2060 faite hier est historique. Si Biden gagne les élections en novembre les États Unis reviendront dans l’accord de Paris et son objectif sera comme l’Europe la neutralité carbone en 2050. On croise les doigts ! »

Pour sa part, Donald Trump, l’actuel président des États-Unis, a effectivement décidé de se retirer de cet accord, bafouant au passage de nombreux plans environnementaux établis par son prédécesseur, Barack Obama. Comme les États-Unis et la Chine se charrient depuis plusieurs mois sur de nombreux sujets allant du commerce à la technologie en passant par la pandémie de coronavirus, rien d’étonnant à ce que les deux pays s’envoient aussi des piques sur le sujet de l’environnement.

Dans un message destiné à l’ONU, Donald Trump a effectivement accusé la Chine de « jeter des millions et des millions de tonnes de plastiques et de déchets dans les océans » et se vantant parallèlement que les émissions de CO2 aux États-Unis aient diminué en 2019. La Chine, de son côté, a répondu via son ambassadeur Zhang Jun qu’ils n’avaient aucune leçon à recevoir des États-Unis qui, en plus d’être sortis de l’accord de Paris, ont aussi refusé de ratifié le protocole de Kyoto.

En tout cas, si les deux puissants pays passent leur temps à se chamailler, il y a plus grave. Pour l’instant, aucun pays n’est parvenu à se mettre en conformité avec l’accord de Paris.

Moctar FICOU / VivAfrik

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