Des forêts communautaires pour un défi de taille en Côte D’Ivoire

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L’activité humaine a fortement contribué à la dégradation de la forêt dite « guinéenne », d’une située en Afrique de l’Ouest et couvrant une superficie actuelle d’environ 100 000 km2. Cette forêt s’étend sur onze pays allant de la Guinée au Cameroun, en passant par la Côte d’Ivoire. Zone extrêmement riche en diversité végétale et animale, elle subit pourtant de plein fouet les pressions anthropiques : en 50 ans, elle a perdu 90% de sa superficie originelle. L’agriculture familiale est parmi l’une des principales causes de cette déforestation. Peu outillée et peu rémunérée, serait-elle intrinsèquement incompatible avec la préservation des forêts et la biodiversité ?

Une monoculture de rente plutôt que des forêts

En Côte d’Ivoire, où les forêts sont passées de 16,5 millions d’hectares au début du XXème siècle à 3,4 millions en 2015, le cacao à lui seul est responsable de 25% de la déforestation du pays au cours des 25 dernières années. Or, cette culture offre du travail à plus d’un million de personnes dont 98% sont des petits producteurs. Que ce soit avant ou après la décolonisation, le pouvoir en place a longtemps mené une politique de développement de cette culture de rente à des fins d’exportation, notamment en dérégulant la propriété foncière au profit de ceux qui mettent la terre en valeur, c’est-à-dire ceux qui remplacent la forêt par des plantations. Cependant, si l’exploitation du bois d’œuvre faisait également partie de la stratégie du pouvoir, elle n’a jamais fait l’objet d’une politique commune avec l’agriculture. Les paysans n’étaient pas propriétaires des arbres forestiers présents dans leurs plantations, ils appartenaient à l’Etat : ce sont des exploitants forestiers, habilités par l’Etat, qui pouvaient les couper et les vendre, quand bien même cela endommageait les plantations. Les producteurs avaient donc tout intérêt à supprimer les arbres de leurs parcelles, si bien qu’au début des années 2000, près de 90% du verger cacaoyer ivoirien était dans un état proche de la monoculture, c’est du moins l’analyse faite par Brieuc Plas et Géraldine Higel dans leur article publié dans les colonnes du site d’information sosfaim.be le 28 septembre 2020.       

Une réappropriation clandestine par les paysans

En 2014, une révision du Code forestier a permis de lier la propriété de l’arbre au propriétaire de la terre et non plus à l’Etat. Mais cette mesure n’a eu encore que peu d’effets en pratique : seules 4% des terres sont attribuées à un propriétaire légal au niveau national du fait des coûts prohibitifs des procédures que les paysans ne peuvent pas supporter.

Mais en parallèle, alors que la demande nationale est en croissance, la production du secteur industriel plafonne, ouvrant la porte au développement d’une filière artisanale informelle depuis dix ans. Cette exploitation clandestine du bois permet aux paysans de retrouver le pouvoir décisionnel de l’abattage des arbres sur une terre et une ressource qu’ils considèrent comme la leur. En outre, non seulement le sciage à façon (transformation de l’arbre en planches réalisée sur place à l’aide d’une tronçonneuse) limite les risques de dégradation des cultures mais cette activité clandestine entraîne également un regain d’intérêt pour le bois dans les villages et crée des emplois pour des scieurs, des menuisiers, des charpentiers ou des charbonniers, ont poursuivi les rédacteurs de l’article.

L’avènement des forêts communautaires ?

Sur le terrain, les pratiques évoluent : ainsi, par exemple, une initiative d’une ONG ivoirienne, soutenue par le ministère du Développement durable, a permis de planter 100 ha en cohabitation avec les cultures vivrières de sorte que les femmes tirent un revenu de cette déforestation. De même, le Mont Nimba et la réserve qui l’entoure, à l’ouest du pays, sont aujourd’hui une référence en matière de préservation de la nature, grâce à la volonté des riverains. C’est un mélange de sensibilisation et de formation, notamment des femmes et des jeunes, qui permet d’avancer sur le chemin d’une meilleure gestion des forêts avec et au bénéfice des communautés locales et des populations autochtones.

Car en la matière, détaille Brieuc Plas et Géraldine Higel, la Côte d’Ivoire est à la traîne. On sent pourtant un frémissement depuis 2019, avec l’adoption, en février, d’une nouvelle stratégie forestière très ambitieuse qui vise le reboisement de 6 millions d’hectares d’ici à 2030 et un taux de couverture forestière d’au moins 20% du territoire, en s’appuyant notamment sur l’agroforesterie. A la suite, en juillet, l’adoption d’un nouveau Code forestier prévoit expressément non seulement d’associer les populations à la gestion des forêts, notamment pour l’amélioration de leurs revenus et en tenant compte de leurs droits individuels et collectifs mais également de promouvoir la création des forêts communautaires.

Pour le responsable de la réserve du Mont Nimba, « Si [la réserve] est mieux conservée aujourd’hui, c’est grâce aux riverains, qui constituent le premier maillon de sécurité de la réserve. Ils ont compris le bien-fondé de cette conservation. »

A l’Etat, maintenant, d’honorer cette nouvelle stratégie et de leur redonner tout leur place.

Moctar FICOU / VivAfrik

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