Transport maritime : la décarbonation des navires patientera

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Le groupe de travail de l’OMI sur la décarbonation du transport maritime est parvenu à un compromis. Mais, selon les ONG observatrices, cet accord est en trompe-l’œil et viole même la stratégie de l’agence onusienne.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du transport maritime mondial s’élèvent à un plus d’un milliard de tonnes chaque année. Elles ont augmenté de 9,6 % entre 2012 et 2018, selon les derniers chiffres de l’Organisation maritime internationale (OMI).

Malgré la stratégie de réduction que cette dernière a adoptée en 2018, ces émissions ne devraient pas baisser dans la décennie à venir. En effet, le compromis trouvé au sein du groupe de travail de l’OMI, qui s’est réuni du 19 au 23 octobre pour finaliser un paquet de mesures destinées à mettre en œuvre cette stratégie, se révèle très décevant. Et ce, malgré le satisfecit du gouvernement français.

« Les émissions ne seront pas réduites »

Ce compromis, qui doit être adopté par le Comité de la protection du milieu marin (MEPC) lors de sa réunion du 16 au 20 novembre, porte sur deux points. En premier lieu, la mise en place obligatoire d’une certification de l’efficacité énergétique (EEXI) des navires, associée à des mesures techniques comme la limitation de leur puissance, qui doit permettre de réduire l’empreinte carbone de chaque navire dès 2023.

En second lieu, il instaure un système de mesures de l’intensité carbone des navires (CII) qui va permettre de classer chaque année les navires en fonction de leurs performances réelles. « Ce système permettra aux États, aux financeurs et aux chargeurs de mettre en place des mécanismes d’incitation de type bonus-malus. Les navires classés D et E devront réduire leur empreinte en présentant obligatoirement à leur pavillon un plan d’action, sans lequel ils ne seront pas autorisés à naviguer », explique le ministère français de la Mer.

Sur le papier, ces décisions, qui vont porter sur plus de 80 % des émissions de GES du transport maritime international selon ce dernier, apparaissent vertueuses. Mais la lecture qu’en font les ONG observatrices des négociations est toute autre. Pour Pacific Environment, Clean Shipping Coalition (CSC) et le WWF, ce compromis « ne plafonnera ni ne réduira les émissions du transport maritime au cours de cette décennie ». Les émissions annuelles de GES des navires devraient continuer à augmenter au moins jusqu’en 2030, confirment les calculs de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), une organisation non-gouvernementale américaine.

Pourtant, l’objectif affiché par la stratégie de 2018 est d’éliminer progressivement les émissions de GES du transport maritime international « aussitôt que possible au cours du siècle ». Pour cela, elle fixe deux objectifs intermédiaires : réduire les émissions de CO2 d’au moins 40 % d’ici 2030, réduire le volume total des émissions de GES d’au moins 50 % en 2050, par rapport à 2008.

Selon le décryptage des ONG, le compromis retenu n’intègre toujours pas d’objectifs d’intensité carbone et réduit la rigueur des exigences sur l’efficacité énergétique des navires existants (EEXI) pour plusieurs types d’entre eux. Les navires non responsables pourront continuer à être sous-performants pendant trois années consécutives, ajoutent-elles. Enfin, pointent les associations, « toutes les clauses qui entraîneraient des conséquences en cas de non-conformités ont été supprimées ». En bref, les faiblesses du texte adopté « violent la stratégie initiale de l’OMI », en rupture avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Ainsi, l’Association des armateurs danois, qui compte dans ses rangs Maersk, la plus grande entreprise maritime du monde, a-t-elle fait part de son insatisfaction face à la faiblesse du compromis.

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