L’environnement de plus en plus menacé avec les alternatives à l’huile de palme

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Les plantations de palmiers à huile sont associées à la déforestation et à la perte de la biodiversité mais elles ont une efficacité de production inégalée. Des alternatives telles que le soja et le colza nécessitent plus de terres, a relayé Edd Gent, auteur à scidev.net.

Alors que l’huile de palme est associée à la déforestation et à la perte de la biodiversité, son remplacement par d’autres cultures oléagineuses pourrait se révéler pire pour l’environnement, d’après une nouvelle étude parue dans la Nature Plants le 7 décembre 2020.

L’huile extraite du fruit du palmier à huile est bon marché et polyvalente et c’est aujourd’hui l’huile végétale la plus répandue au monde.

La production mondiale a triplé entre 1995 et 2015, une grande partie de cette croissance étant responsable du défrichage de vastes étendues de forêts tropicales riches en biodiversité en Malaisie et en Indonésie, où sont réalisées environ 90% de la récolte, a rappelé M. Gent.

Les nouvelles plantations de palmiers à huile de Bornéo en Malaisie ont représenté 50% de la déforestation entre 1972 et 2015. De même, l’Indonésie a perdu 26,8 millions d’hectares de couvert arboré entre 2001 et 2019, selon un rapport du Global Forest Watch, détaille l’étude publiée dans Nature Plants le 7 décembre 2020 et parcourue par nos confrères de scidev.net.  

Une telle dévastation a conduit les militants écologistes à boycotter les produits contenant de l’huile de palme.

Mais cette nouvelle étude indique que la croissance de la demande mondiale d’huile végétale que les chercheurs projettent à 46% d’ici à 2050, pourrait entraîner un passage à des cultures alternatives comme le soja et le colza qui nécessitent beaucoup plus de terres pour pousser.

L’expansion de la production d’huile de palme pour suivre le rythme de la demande nécessiterait 36 millions d’hectares de terres supplémentaires, tandis que le soja, la deuxième culture oléagineuse la plus populaire, aurait besoin de 204 millions d’hectares supplémentaires, selon les estimations des auteurs.

Erik Meijaard, auteur principal de l’étude et chercheur indépendant affilié à l’université du Queensland en Australie, a déclaré à SciDev.Net que « nous en savons beaucoup sur l’huile de palme et ses impacts sur la biodiversité, les impacts environnementaux et sociaux, mais nous en savons très peu sur les autres cultures. Vous devez comprendre que dire non à l’huile de palme signifie dire oui à autre chose. »

Les énormes dommages environnementaux causés par les plantations de palmiers à huile justifient l’attention qu’elles reçoivent, mais cela peut avoir conduit à considérer d’autres grandes cultures oléagineuses comme des alternatives, dit-il.

« Vous devez comprendre que dire non à l’huile de palme signifie dire oui à autre chose », souligne Erik Meijaard de l’Université du Queensland.

« La rhétorique et la polarisation sont utiles car elles ont mis beaucoup de pression sur l’industrie pour qu’elle soit plus transparente et améliore ses pratiques », déclare Erik Meijaard.

« En même temps, si cela aboutit à une prise de décision qui n’est pas éclairée par de bonnes connaissances et une bonne compréhension, je pense que l’on aura créé un problème. »

Un bon point de départ pour combler le manque d’information serait de créer des cartes mondiales à jour montrant où sont cultivées des plates comme le soja, le colza ou le tournesol, affirme le chercheur.

Cela aidera à déterminer la superficie des terres et le type d’écosystèmes naturels qui ont été touchés par ces cultures, ajoute-t-il.

Cependant, des recherches supplémentaires sur les compromis entre diverses cultures oléagineuses végétales sont nécessaires, prévient Varsha Vijay, chercheure postdoctorale à l’université du Tennessee, qui a étudié l’impact environnemental de l’huile de palme.

Elle dit que les planificateurs devraient éviter de se focaliser sur de simples comparaisons de l’utilisation des terres.

Si l’huile de palme a un rendement à l’hectare plus élevé, elle est presque entièrement cultivée dans des zones connues comme importantes pour la biodiversité et la séquestration du carbone, soutient Varsha Vijay.

L’analyse des auteurs eux-mêmes souligne que le nombre d’espèces menacées par l’huile de palme est de 321 contre 73 pour le soja et une seule pour le colza, ajoute-t-elle.

« Il ne s’agit pas seulement de la superficie, mais plutôt de l’emplacement de ces terres », souligne Varsha Vijay. « Cette culture [l’huile de palme] est produite sous les tropiques, remplaçant les forêts tropicales humides. Et c’est là que se concentre la biodiversité. » 

Moctar FICOU / VivAfrik                                                                 

Avec SciDev.Net

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