L’Afrique de l’Est s’achemine vers une exploitation durable des ressources du lac Victoria

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Le lac Victoria est un cas d’école pour l’analyse des relations systémiques qui se nouent entre un milieu naturel et les sociétés humaines qui y vivent. L’introduction de la Perche du Nil, dans les années 1950, en a radicalement modifié l’écosystème et entraîné une profonde transformation de l’économie et des sociétés riveraines. Les évolutions en cours depuis une cinquantaine d’années sont faites de ruptures d’équilibre, suivies de stabilisation temporaire qui posent clairement la question de la viabilité du modèle de développement des populations, des sociétés concernées. Ce cas est aussi exemplaire du passage, en quelques années, d’une logique économique locale, endogène, à une logique exogène faisant intervenir de nouveaux acteurs dans le cadre d’échanges mondialisés.

Dans le cas spécifique de l’exploitation durable des ressources du lac Victoria, l’organisation internationale WorldFish et la Lake Victoria Fishing Organization (LVFO) prévoient de mener des recherches en vue du développement d’une aquaculture durable dans le bassin du lac Victoria en Afrique de l’Est. Au cours de la dernière décennie, les poissons ont diminué dans le lac d’eau douce en raison de la surpêche, des espèces de plantes envahissantes, de la pollution ou encore du changement climatique.

Environ 30 millions de personnes vivent dans le bassin du lac Victoria et, chaque année, environ un million de tonnes de poissons sont pêchées dans le lac. D’après le LVFO (Lake Victoria Fisheries Organisation = Organisation des pêcheries du lac Victoria), pêcheurs et propriétaires de bateaux auraient gagné 550 millions de dollars en 2011.

Les dagaa, petites sardines endémiques sont aujourd’hui la principale espèce pêchée, avec environ 500 000 tonnes/an. Pourtant, ce sont les captures de perche du Nil, même si elles connaissent un réel déclin, qui demeurent encore la première source de revenus des pêcheries (61 % contre 25 % pour les dagaa). Un bon tiers des perches capturées est exporté, le reste est séché, fumé et/ou salé puis vendu sur les marchés locaux ou régionaux. L’Europe importe de l’ordre de 40 000 à 60 000 t de filets de perche du Nil par an.

Ces données poussent les acteurs à réfléchir sur les modalités visant à accroître la disponibilité des poissons dans le lac Victoria, à travers le développement de modèles d’aquaculture équitables et respectueux de l’environnement. C’est l’objectif de WorldFish, une organisation internationale membre du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale. Elle travaille en partenariat avec la Lake Victoria Fishing Organization, une institution de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) dédiée à la gestion des ressources halieutiques du lac Victoria. La collaboration vise le développement d’un projet d’aquaculture durable au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Les trois pays situés en Afrique de l’Est partagent les ressources du lac Victoria qui contribue à la sécurité alimentaire et économique des millions de personnes.

Selon WorldFish, au cours de la dernière décennie, les stocks de poissons ont chuté en raison de la surpêche ; des espèces de plantes envahissantes comme la jacinthe d’eau. Ce grand lac d’Afrique de l’est est également affecté la pollution  et le changement climatique. Parmi les espèces de poisson en voie de disparition figurent la perche du Nil et le tilapia du Nil. Cette situation a conduit à réduire la consommation de poissons par habitant dans le  bassin du lac Victoria. Pour accroître la disponibilité des aliments, WorldFish et la LVFO axeront leurs recherches sur la biosécurité des systèmes de production aquacole, la gestion des ressources génétiques aquatiques, l’accès aux réseaux commerciaux et le soutien au développement des compétences des travailleurs locaux pour les entreprises liées à l’aquaculture. Ces recherches seront entreprises dans le cadre du projet TRUE-FISH de la CAE financé par l’Union européenne (UE).

WorldFish collaborera également avec LVFO pour la formation des personnels d’entreprises spécialisées dans le domaine de l’aquaculture, l’identification et la gestion des facteurs limitatifs et des risques de durabilité, contribuant ainsi au maintien d’une pêche naturelle, diversifiée et productive. L’organisation internationale apportera également une assistance technique à la LVFO pour renforcer les conditions sanitaires des animaux aquatiques, la pisciculture et le zonage du lac Victoria en vue de la protection de la biodiversité. « Les resultats obtenus seront utilisés pour conseiller sur l’adoption et la mise en œuvre de politiques régionales et nationales, de réglementations et de directives de mise en œuvre associées pour le développement de l’aquaculture et la gestion de la biodiversité», indique WorldFish.

Moctar FICOU / VivAfrik

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