FORUM DE DAVOS: Davos cogite sur la subsistance de la planète post-pandémie

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Alors que deux milliards de personnes ne mangent pas suffisamment ou mal, la planète devra nourrir deux milliards de bouches de plus en 2050 (9,7 milliards de terriens prévus à cette date) tout en arrêtant de détruire ses ressources et espaces naturels.

Or, la production alimentaire est jugée responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre, d’une bonne partie de la déforestation et de la perte de biodiversité. Avec au final, 30% de l’alimentation produite perdue ou gaspillée.

Une situation devenue intenable, alors que les chaînes logistiques d’approvisionnement ont été mises à rude épreuve par la pandémie: ports, abattoirs, usines ou frontières fermés, déplacements de salariés agricoles ralentis.

Risque de «famines en masse»

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a prôné lors d’une table-ronde l’innovation, l’agriculture de précision utilisant satellites et banques de données. Selon lui, un sommet de l’Onu prévu en septembre sur le sujet va constituer «un tournant».

«Les Pays-Bas vont tenir le secrétariat» et enregistrer toutes les innovations locales qui faciliteront les partenariats avec le secteur privé, a-t-il dit.

«Les techniques utilisées dans les montagnes de Syrie ou d’Afghanistan ne marcheront pas nécessairement au Niger, au Mali ou au Burkina Faso», a averti le patron du Programme alimentaire mondial (PAM) David Beasley, l’agence de l’Onu chargée de l’aide humanitaire d’urgence, récemment récompensée du prix Nobel de la Paix.

Favorable à une augmentation des investissements privés, il a néanmoins mis au défi les géants de l’agroalimentaire d’apporter leur aide et leurs technologies tout en «intégrant» les petits paysans, sans les déplacer de leurs terres ni les rejeter dans les flux migratoires.

«Plus de 600 millions d’exploitations agricoles dans le monde sont dirigées par des familles ou des peuples indigènes», a rappelé Amina Mohammed, secrétaire générale adjointe de l’Onu. «Dans le même temps, à peine 1% des fermes exploitent plus de 70% des terres agricoles disponibles», a-t-elle ajouté.

L’un des défis à relever est de «remodeler» l’utilisation des terres agricoles sur la planète, a-t-elle dit. Une «bataille civilisationnelle» pour Olivier de Schutter, ex-rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, qui plaide pour une «relocalisation».

«Nous avons deux grands systèmes, l’agriculture geek et l’agriculture paysanne, est-ce que les deux vont se rencontrer ou s’annuler?», s’est-il interrogé lors des «rencontres de l’alimentation durable » organisées parallèlement à Paris par la fondation Daniel et Nina Carasso.

Si rien n’est fait, «nous «allons avoir des famines en masse, des pays déstabilisés, et des migrations de masse», a mis en garde M. Beasley.

Donner un prix au carbone

Loin de l’agriculture paysanne, Jeffrey Lu Minfang, PDG du premier groupe laitier chinois, China Mengniu Dairy, a donné un exemple de l’agriculture mondialisée, de masse, modélisée en temps réel par ordinateur.

«Nous produisons neuf millions de tonnes de produits agricoles chaque année (…) nous connaissons la situation sanitaire de chaque vache, nous savons combien chacune mange, boit, et combien elle produit». L’analyse des données a permis de réduire de 25% le volume d’aliment pour le bétail, a-t-il affirmé.

Wiebe Draijer, PDG de la Rabobank, a souligné la nécessité «urgente» de «donner un prix» au carbone pour pouvoir rémunérer les services rendus par l’agriculture au climat ou des Etats comme le Costa Rica qui s’engagent dans la conservation de la biodiversité.

«Le monde a besoin d’un système qui fasse le pont», a-t-il estimé en demandant la création «urgente» d’une «banque du carbone».

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