Immersion dans le dispositif national de planification et de la veille environnementale du Sénégal : entretien avec le Colonel Boucar Ndiaye

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Le ministère de l’Environnement et du Développement durable (MEDD) joue un rôle capital dans la préservation des risques, le suivi du cadre de vie et de la conservation des ressources naturelles, a confié à VivAfrik le Colonel Boucar Ndiaye. Dans cet entretien accordé au média panafricain, le tout nouveau directeur de la Direction de la Planification et de la Veille Environnementale DPVE fait le point sur le dispositif national de veille environnemental en référence à la lettre de politique du secteur de l’environnement.

Propos recueillis par Moctar FICOU  

Présentez-nous, en quelques mots, la Direction de la planification et de la veille environnementale.

La Direction de la planification et de la veille environnementale est en charge de la planification des actions du ministère de l’Environnement, conformément à la lettre de politique sectorielle. Cette planification se décline en un plan triennal appelé « Document de planification pluriannuel » organisé en plans de performance annuelle. A la suite de l’élaboration de ces documents stratégiques, nous faisons un suivi régulier permettant d’évaluer le niveau de réalisation des actions. Concrètement, il s’agit de préciser les objectifs atteints, de relever les limites et de proposer de nouvelles orientations en phase avec la mission du ministère de l’Environnement et du Développement Durable. Par ailleurs, nous contribuons à la collecte d’informations, études et données essentielles afin de soutenir les actions politiques du MEDD.  

Que définit la lettre de politique du secteur de l’environnement ?             

Cette lettre définit les orientations du Président de la République en matière d’environnement, plus précisément la gestion rationnelle de l’environnement et des ressources naturelles, en vue de promouvoir un développement socioéconomique durable.

Ainsi, cette lettre repose sur deux axes principaux. Le premier est relatif à la conservation, à la protection de l’environnement et à la gestion des ressources naturelles. Le second, quant à lui, est associé à la promotion du développement durable.

Par exemple, dans la gestion de l’environnement et des ressources naturelles, il y a plusieurs défis qui se déclinent au niveau national. Il s’agit de déforestation, de la dégradation des forêts, de la dégradation de la biodiversité, dont notamment les pertes de faunes et de flores, les feux de brousse, la pollution, l’érosion côtière, les impacts négatifs des changements climatiques sur les populations, de manière générale. Le ministère doit avoir un œil sur tous ces aspects, pour prévenir sur les actions et ensuite proposer des solutions. Il faut avoir à l’esprit que le risque existe toujours.

Comment envisagez-vous le renforcement de la gestion durable de la biodiversité au sein du ministère ?

J’ai évoqué précédemment les défis mondiaux. En ce sens, c’est une problématique globale qui se pose à toute l’humanité et la biodiversité en pâtit réellement. Des études montrent qu’il y a plus d’un millions d’espèces qui disparaissent. Ceci constitue une grande perte pour l’humanité sachant que ces espèces sont, soit le socle de l’alimentation, soit elles contribuent au bien être humain à travers la médecine, la recréation etc. Ce sont des éléments constitutifs du cadre de vie.

Le Sénégal n’est pas en marge de cette situation alarmante. En effet, nous remarquons une dégradation de la forêt, du Nord au Sud. Tout Cela témoigne d’une régression du couvert végétal, causant la disparition d’espèces animales, principale conséquence de ce fléau. Cependant, beaucoup d’efforts sont en train d’être faits même s’il faut renforcer nos actions en faveur de la gestion durable de la biodiversité. Sur le plan climatique, la déforestation aggrave les effets du changement climatique. De fait, Il est urgent d’accentuer la gestion durable de la biodiversité pour atténuer les effets du changement climatique par la séquestration du carbone, le maintien de la faune et de la flore, ainsi que de certains services écosystémiques à savoir l’adoucissement de la température et la production d’eau pour assurer une meilleure production agricole.       

Vous formulez et élaborez les politiques et stratégies de développement durable. Comment réussissez-vous cet exercice ?

La politique sectorielle qui dure 5 ans est arrimée à la politique nationale qui dispose d’un document référentiel : le Plan Sénégal émergeant (PSE). Pour la DVPE, la lettre de politique sectorielle a comme mission de définir des axes visant à améliorer la conservation de l’environnement, la gestion des ressources naturelles et la lutte contre la pauvreté en vue d’assurer un développement durable. Pour y arriver, on se focalise sur la résolution des problèmes majeurs qui existent, dans le cadre global de la gestion de la biodiversité. Il s’agit entre autres de la dégradation du milieu naturel, de la disparition d’espèces de faunes et de flores, des feux de brousse, de la coupe abusive du bois, du braconnage, des pollutions, aspects auxquelles s’ajoutent les impacts du changement climatique. Dès leur identification, nous regroupons ces grands problèmes en axes stratégiques. Dès lors, réfléchissons à une façon d’intégrer dans les actions quotidiennes des populations, des attitudes soucieuses de la notion de durabilité.

Pour le premier axe par exemple, nous définissons les actions prioritaires suivant les directions compétentes pour la prise en charge. De ce processus, il ressort quatre programmes. Le premier est lié à la forêt et à la dégradation des sols, le second est relatif à la biodiversité, les aires protégées et zones humides. Le troisième axe se rapporte au cadre de vie et le dernier concerne le l’intégration de la notion de développement durable, dans les politiques nationales. Ce schéma permet de déterminer les orientations majeures mais aussi les activités à mettre en œuvre avec un échéancier bien défini, sous la forme d’un document dit de planification pluriannuel. Ce dernier sera opérationnalisé suivant une planification annuelle, permettant, d’évaluer les objectifs atteints, les progrès réalisés mais aussi les limites dans le but d’améliorer les résultats de l’année suivante.                     

La planification fait appel à l’interaction avec les communes. Quel « link » existe-t-il entre vous?

En principe, la planification, part de la base vert le sommet. Certains services du ministère de l’Environnement, sont déconcentrés dans les régions et d’autres dans des villages pour certaines directions. Ainsi, les orientations sont le reflet des besoins communautaires, définis à partir des problèmes réels vécus dans la base. Les données sont compilées au niveau régional, puis remontées à la direction qui se charge de la synthèse et de la formulation des axes d’orientation majeure pour la planification. Malgré tout, il y a des services connexes tels que des agences, des programmes et des centres dont les actions relèvent du ministère de l’Environnement et du Développement durable, qui fournissent des données qui sont incorporées par la Direction de la planification et de veille environnementale dans l’élaboration de la lettre de politique sectorielle. Par ailleurs, la transversalité du secteur de l’environnement fait que le MEDD est en étroite collaboration avec d’autres ministères pour la collecte de données, la prise en compte des préoccupations des populations. Il en résulte des orientations à l’origine d’un cadre plus approprié et plus harmonieux de la lettre de politique sectorielle. Nous collectons également parfois des informations hors du Sénégal sachant que les aspects liés au climat ne s’arrêtent dans notre pays.

Le Sénégal a mis en place un dispositif national de veille environnemental qui favorise la disponibilité d’une information fiable au profit des populations. Faites-nous l’économie de ce dispositif.

Ce dispositif est parti de grands défis tels que la dégradation de l’environnement, des ressources naturelles et du cadre de vie. A partir de ces défis, il y a des orientations qui ont été données, des actions définies plus des activités.

Sur le plan opérationnel, chaque direction met en place un dispositif pour réaliser les activités qui sont définies en vue de jauger les conséquences liées à la dégradation général de l’environnement et du cadre de vie. Par exemple, en ce qui concerne les ressources naturelles vivantes, nous avons la Direction des Eaux et Forêts et la Direction des parcs nationaux qui font un suivi régulier, mènent des actions sur le terrain et collectent des informations qui constituent une base de données globale. Au niveau de la Direction de l’environnement pour le cadre de vie, nous avons, ne serait-ce qu’à Dakar, le centre de gestion de la qualité de l’air avec des stations fixes qui mesurent l’impact de la pollution et émettent un bulletin quotidien sur l’état de la qualité de l’air au niveau national. Il y a également le centre des urgences environnementales, accessible via un numéro vert, qui permet à tout citoyen de s’informer mais aussi d’informer sur les questions particulières qu’il aurait vécues et pour lesquelles il aurait aimé trouver des solutions.

Le ministère, collabore également avec d’autres structures et agences au niveau régional, pour recueillir à la surface de la Terre, des données géo-spatiales, montrant les superficies dégradées, la superficie des forêts, … une telle technologie est onéreuse, mais est à notre portée. Au final, avec la mise en place de plateformes, les informations sont accessibles aux utilisateurs directs. En outre, le ministère de l’environnement collabore avec l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM), pour la collecte de données météorologiques afin de donner une information juste et fiable, notamment pour le ministère de l’agriculture, mais surtout dans le cadre de la lutte contre les feux de brousse.

En conclusion, le système national de veille environnemental est très transversal.       

Je vous remercie.

Propos recueillis par Moctar FICOU / VivAfrik

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