Les Sociétés internationales et gouvernements nationaux pointés du doigt dans le commerce illicite de flore et de faune en Afrique de l’Ouest

1

Le commerce illicite de flore et de faune en Afrique de l’Ouest est facilité par les sociétés internationales, les gouvernements nationaux et les responsables publics. C’est du moins ce que révèlent le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les « Flux Financiers illicites intitulé : L’Economie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest-2018 ».

Selon ce document, « le commerce illicite de flore et de faune en Afrique de l’Ouest est facilité par trois types d’acteurs : les sociétés internationales ; les gouvernements nationaux et les responsables publics ; et enfin, les pêcheurs INN et les braconniers locaux. Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest sont aussi impliqués directement et depuis longtemps dans le trafic des ressources forestières. En 2008, l’exploitation inconsidérée de ses forêts par des sociétés établies en Chine et dans d’autres pays a poussé la Sierra Leone a imposé un embargo sur les exportations de bois. Bien que la production nationale de bois ait subi par la suite un cycle déroutant de légalisation et d’interdiction, l’exportation de bois demeurait illégale ».

Un embargo très strict sur le bois dans la Guinée voisine a poussé les trafiquants à traverser la frontière jusqu’en Sierra Leone. Et selon certaines allégations, les marchands de bois chinois, chassés de Guinée, ont pénétré en Sierra Leone et relancé leurs entreprises commerciales, payant les autochtones avec des tronçonneuses plutôt qu’avec des liquidités.

A ce propos, « une enquête sur l’exportation illégale du bois en Sierra Leone, réalisée par Al Jazeera en 2011, a établi que les chefs de clans locaux abattaient des arbres et les vendaient à tout-va. Sur le port de Freetown, les officiers de police et des douanes fermaient les yeux lorsque les conteneurs chargés de tronçons illégaux contournaient les scanners de cargaisons. L’enquête a aussi trouvé que le Bureau du vice-Président du Ghana avait accéléré le processus d’enregistrement d’une société d’exportation de bois en échange d’une promesse de pots-de-vin s’élevant à près de 100 000 USD ; les documents de la société ont été signés dans les locaux du ministère des Forêts. En juin 2014, le Président de la Sierra Leone a licencié son chef de cabinet en raison des accusations selon lesquelles il aurait conclu des accords miniers inappropriés et serait impliqué dans l’exportation illégale du bois », renseigne le rapport.  

Le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques stipule que, malgré la prévalence et la gravité de la criminalité environnementale, les responsables régionaux chargés de la répression lui accordent relativement peu d’importance. Et les officiers des douanes de la région perçoivent le commerce illégal d’espèces sauvages comme une menace.

Si l’on se fie aux travaux de l’OCDE, « l’Afrique de l’Ouest possède le taux le plus bas de personnes ayant répondu au sondage, et que les scores indiquent qu’elles sont relativement peu concernées par le problème. La vente non règlementée de concessions constitue une stratégie de production de recettes pour plusieurs pays de la région. Les faibles capacités réglementaires, associées à la corruption ambiante, ont permis aux sociétés de surexploiter les ressources naturelles. La criminalité environnementale diminue la capacité de la région à atteindre ses objectifs de biodiversité et à générer des moyens de subsistance durables. À cause de la prolifération de réseaux criminels, les communautés locales sont plus susceptibles de pratiquer le commerce illégal, puisque les opportunités légitimes sont menacées ».

Ces activités sont très lucratives. Ainsi, « de nombreuses activités y compris la pêche et l’exploitation forestière illégales, le braconnage d’espèces sauvages, le déversement de déchets toxiques et le commerce illicite en produits chimiques dangereux pour la couche d’ozone appartiennent dans le trafic des ressources naturelles ou sont extrêmement préjudiciables pour l’environnement. Bien que ces activités représentent rarement les formes de commerce illicite les plus profitables, elles sont souvent très lucratives. Compte tenu des dommages qu’elles infligent aux écosystèmes locaux et, parallèlement, aux moyens de subsistance locaux elles ont un impact particulièrement nocif sur les communautés », explique le rapport.

Exploitation forestière illicite dans les États côtiers

D’après le rapport, l’exploitation forestière illicite, quant à elle, est concentrée dans les États côtiers de l’Afrique de l’Ouest, notamment la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, la Guinée et le Libéria. Et la faible réglementation du secteur forestier et le déversement de déchets électroniques sont les principales causes des dommages environnementaux. Entre 2010 et 2012, le gouvernement libérien a octroyé des permis d’exploitation forestière recouvrant un quart de la surface du pays. Dénué de la capacité à effectivement contrôler le volume de production du bois, le pays aurait perdu des millions de dollars (Global Witness, 2013).

Plaque tournante pour le braconnage des éléphants

« Bien que n’atteignant pas la même échelle qu’en Afrique du Sud et Centrale, le braconnage des espèces sauvages en Afrique de l’Ouest reste un phénomène très préoccupant. L’Afrique de l’Ouest est donc devenue une plaque tournante pour le braconnage des éléphants.

A en croie le rapport de l’OCDE, des saisies importantes de plus de 500 kilogrammes ont été réalisées sur le port d’Abidjan ; alors que les réseaux nigérians et guinéens sont impliqués dans le trafic, l’Afrique de l’Ouest francophone fournit de l’ivoire aux pays du sud, jusqu’en Angola. Une enquête sur le sujet a détecté une opération importante menée par un syndicat chinois se servant des aéroports nigérians (Vira, Ewing et Miller, 2014) ».

D’après le document, les espèces clés de la région, telles que l’éléphant d’Afrique de l’Ouest, font l’objet d’un braconnage tellement intensif qu’elles ont pratiquement disparu, et la région est en passe de devenir une plaque tournante du transit des espèces sauvages braconnées depuis l’Afrique de l’Est, du Sud et Centrale. Et le Nigéria est une plaque tournante du trafic d’espèces sauvages et de produits de la faune notamment l’ivoire car la situation géographique du pays lui permet d’être alimenté par les multiples points chauds du braconnage d’éléphants, dont le Cameroun, la République du Congo et la République démocratique du Congo. Toujours d’après la source, le trafic des espèces sauvages figure au cinquième rang des activités criminelles les plus lucratives, après le commerce mondial des stupéfiants, des armes, des contrefaçons et des personnes ; il a plus que doublé depuis 2007 (OCDE, 2016).

Moctar FICOU / VivAfrik 

1 COMMENTAIRE

Laisser un commentaire