L’autre danger qui menace la planète : les déchets plastiques à usage unique

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Le plastique à usage unique est présent à outrance dans notre quotidien. En France par exemple, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire vise à réduire l’utilisation du plastique jetable et à favoriser la substitution du plastique par d’autres matériaux ou le développement d’emballages réutilisables ou recyclables et recyclés.

Mais contrairement à l’industrie pétrolière où les chiffres des émissions de carbone sont connus avec précision et interprétés pour mieux cerner les enjeux, l’industrie du plastique est très opaque. Selon Olivier de Souza, dans les colonnes de l’agenceecofin.com, la fondation Minderoo vient de publier son indice Plastic Waste Makers qui fournit des informations importantes sur l’activité du plastique à usage unique, qu’elle considère comme un grave problème géopolitique. Elle suggère que pour mieux comprendre les enjeux, les entreprises pétrochimiques soient en premier lieu, tenues de divulguer leur « empreinte de déchets plastiques », afin, par la suite d’apporter des solutions appropriées.

État des lieux

L’indice Plastic Waste Makers essaie de donner un aperçu chiffré de l’impact des déchets plastiques à usage unique, de façon à ce que l’opinion publique et les décideurs prennent conscience du danger qu’ils représentent. Il a été mis au point par la fondation Minderoo, avec des experts de la London School of Economics et du Stockholm Environment Institute.

« Nous avons créé une méthodologie qui calcule la contribution d’une entreprise pétrochimique au volume de déchets plastiques à usage unique générés et à leur destination. Nous prenons les volumes de production de polymères plastiques par actif et nous suivons où ces polymères sont vendus, quelle proportion est convertie en produits à usage unique et où les déchets sont générés. En travaillant avec nos partenaires, nous avons pu accéder aux meilleurs ensembles de données publiques possibles via Bloomberg, Thompson Reuters, UN Comtrade, la Banque mondiale et le McKinsey Global Institute, afin de produire avec précision l’indice Plastic Waste Makers », explique Laurent Kimman, co-auteur du rapport.

Selon le document, en 2019, plus de 130 millions de tonnes métriques de plastique à usage unique ont fini en déchets. La plus grande partie a été brûlée, enfouie dans le sol ou les décharges ou jetée directement dans l’environnement. 19% de ces déchets, soit 25 millions de tonnes métriques, ont été jetées dans les mers, venant s’ajouter aux plus de 150 millions de tonnes de plastique déjà présentes dans les mers.

On estime que la quantité de déchets plastiques dans les océans dépassera celle des poissons d’ici 2050. Selon les chercheurs, huit millions de tonnes de plastique vont actuellement dans l’océan chaque année, soit l’équivalent d’un camion par minute. Au rythme actuel, ce chiffre gonflera pour atteindre quatre camions par minute en 2050.

Les plastiques deviendront alors la plus grande masse présente dans les océans, et la seule solution pour empêcher ce scénario cauchemardesque est que le monde prenne des mesures drastiques pour recycler davantage.

Ceci inquiète au plus haut point les organisations de protection de l’environnement, compte tenu de la dépendance de plus en plus forte et de la consommation en constante hausse des déchets plastiques à usage unique. Pour le Dr Andrew Forrest, président et cofondateur de la Fondation Minderoo, la plastification des océans et le réchauffement de la planète sont parmi les plus grandes menaces auxquelles l’humanité et la nature ont jamais été confrontées.

Par ailleurs, le rapport montre que seules 20 entreprises pétrochimiques produisent 55 % des déchets plastiques dans le monde. La société américaine Exxon Mobil en est le chef de file avec 5,9 millions de tonnes produites chaque année, dont essentiellement des polymères. En termes de consommation par habitant, ce sont l’Australie et les États-Unis qui génèrent le plus de déchets plastiques à usage unique, à plus de 50 kg par personne et par an. Ces deux pays sont suivis par la Corée du Sud, le Royaume-Uni et le Japon.

Les bouteilles plastiques constituent une grosse partie de ces déchets. Sur les 30 milliards de bouteilles utilisées chaque année par les ménages britanniques par exemple, seuls 57 % sont actuellement recyclés. Chaque jour, environ 700 000 bouteilles plastiques finissent aux ordures.

« Sur les quelque 300 producteurs de polymères opérant à l’échelle mondiale, une petite fraction tient entre ses mains le sort de la crise mondiale du plastique. Leur choix, qui consiste à continuer à produire des polymères vierges plutôt que des polymères recyclés, aura des répercussions massives sur la quantité de déchets collectés, gérés et rejetés dans l’environnement », montre le rapport.

L’importance des gros capitaux dans le problème

D’après l’indice Plastic Waste Makers, le problème des déchets plastiques à usage unique est inextricablement lié aux méga-financements. Ainsi, pour espérer remporter la bataille d’un monde sans ces plastiques, il faut nécessairement s’intéresser au système de financement. Aujourd’hui, environ 60 % du financement commercial de la production de plastique à usage unique provient de 20 banques internationales seulement.

Selon des données disponibles, depuis 2011, Barclays, HSBC, Bank of America, Citigroup et JPMorgan Chase ont injecté plus de 30 milliards de dollars dans le processus de production de ces déchets. Une manne gigantesque qui devrait grossir davantage dans un contexte où la pétrochimie est devenue le premier pôle de croissance de l’industrie pétrolière. Les analystes tablent d’ailleurs sur une industrie pétrochimique florissante au cours des prochains mois.

Le document montre également que 20 gestionnaires d’actifs avec à leur tête Vanguard Group, BlackRock et Capital Group, détiennent pour plus de 300 milliards de dollars d’actions dans les sociétés mères des producteurs de polymères plastiques à usage unique.

Les chercheurs ont déclaré que c’est la première fois que les flux financiers et matériels de la production de plastique à usage unique sont cartographiés à l’échelle mondiale en remontant à leur source. Le rapport suggère qu’il faut faire pression sur les banques et institutions financières pour qu’elles réduisent leurs investissements dans les plastiques à usage unique, afin de réorienter leurs capitaux vers le recyclage.

« Les efforts mondiaux ne suffiront pas à inverser cette crise si les gouvernements, les entreprises et les dirigeants financiers n’agissent pas dans l’intérêt de nos enfants et petits-enfants. Cela signifie qu’il faut arrêter de fabriquer du plastique neuf et commencer à utiliser des déchets plastiques recyclés. Cela signifie aussi qu’il faut réaffecter les capitaux des producteurs de matières vierges vers ceux qui utilisent des matériaux recyclés. Et surtout, cela signifie qu’il faut revoir la conception du plastique pour qu’il ne soit pas nuisible et qu’il soit compostable, de sorte que comme tout autre élément, il retourne à ses molécules d’origine, et non à des nano-plastiques », peut-on y lire.

La pollution plastique peut contaminer les cours d’eau, étouffer la vie marine et même menacer la sécurité alimentaire (risque d’ingestion par des fruits de mer). Si rien n’est fait pour freiner cette accumulation de déchets plastiques, les auteurs du rapport pensent que l’on en arrivera à une situation désespérée.

Avec agenceecofin.com

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