Comment repenser les systèmes alimentaires en Afrique : l’expérience de 4 pays qui y travaillent déjà

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Un nouveau rapport du Panel Malabo Montpellier appelle les décideurs politiques africains à repenser et à réorienter les systèmes alimentaires. En effet, les progrès considérables réalisés par le continent en matière de réduction de la faim, de la malnutrition et de la pauvreté ont été ralentis, voire inversés, dans le contexte de la Covid-19.

En 2019, avant l’apparition de la pandémie de la Covid-19, près d’un Africain sur cinq vivait en situation de malnutrition. « La Covid-19 a exposé au grand jour les relations d’interdépendance entre différents secteurs tels que l’agriculture, la nutrition, la santé et l’environnement, ainsi que leur vulnérabilité commune. Le statu quo n’est plus une option, ni dans la façon dont nous abordons ces secteurs, ni dans la façon dont nous nous remettons des chocs systémiques », a déclaré le Professeur Sheryl Hendriks, membre du Panel Malabo Montpellier, Chef de département et Professeur au Département d’économie agricole, de vulgarisation et de développement rural de l’université de Pretoria.

Selon ce nouveau rapport, il conviendra à l’avenir d’aborder l’élaboration des politiques avec une approche plus holistique et plus nuancée – une approche qui tient compte des interactions entre des domaines dont les politiques étaient historiquement élaborées séparément, notamment, l’agriculture, la santé, l’éducation et l’environnement. En s’appuyant sur l’expérience de quatre pays – le Ghana, le Malawi, le Maroc et le Rwanda – le rapport Connecting the Dots: Policy Innovations for Food Systems Transformation in Africa présente cinq recommandations visant à faire évoluer le processus d’élaboration des politiques et de changement institutionnel de manière à relancer la dynamique de réduction de la faim et de la malnutrition.

L’année 2021 a été qualifiée de « super année » car elle accueillera plusieurs grandes rencontres mondiales sur des questions liées à la sécurité alimentaire et à l’amélioration de la nutrition. Il s’agit notamment du tout premier Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS), de la 26ème conférence des Parties (COP26) à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, de la conférence des Nations unies sur la biodiversité et de la 15ème conférence des Parties (COP15) à la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Le moment est donc propice à un alignement des ambitions et des objectifs.

« Ce rapport fournit aux décideurs politiques africains et à leurs conseillers des recommandations pour relever les défi s des systèmes alimentaires et identifier les possibilités d’accroître les investissements en faveur de l’innovation dans les zones rurales d’Afrique dans le but de surmonter les problèmes alimentaires » a déclaré le Professeur Joachim von Braun, coprésident du Panel Malabo Montpellier,

Directeur du Centre de recherche sur le développement (ZEF) de l’université de Bonn et Président du groupe scientifique de l’UNFSS.

« Le Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires fournit aux parties prenantes une opportunité idéale pour élaborer conjointement une compréhension des systèmes alimentaires qui s’aligne sur leurs ambitions et leurs cibles communes. Les discussions sont déjà bien engagées, mais la dynamique doit être maintenue bien au-delà du sommet afin d’assurer le suivi des divers engagements et objectifs et de réaliser les ambitions partagées. » Dr Godfrey Bahiigwa, Directeur du Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable de l’Union africaine.

Á partir de quatre études de cas nationales, ce rapport expose les menaces qui pèsent sur la transformation des systèmes alimentaires en Afrique, notamment l’augmentation de la malnutrition sous toutes ses formes, le taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes, le changement climatique et la dégradation de l’environnement, les conflits et les crises prolongées, ainsi que la persistance des inégalités de genre.

Le rapport fournit ensuite une analyse du rôle crucial que la transformation des systèmes alimentaires peut jouer dans la réduction de la pauvreté et l’amélioration des moyens de subsistance en Afrique, en particulier dans les zones rurales. Il met l’accent sur : les avantages et les possibilités d’accroître durablement la productivité agricole ; les perspectives prometteuses de l’expansion de l’agrotransformation, du développement des infrastructures, de l’agriculture et du commerce des denrées alimentaires ; les nouvelles technologies et la numérisation ; l’importance de la protection sociale ; et le programme africain émergent en matière de science et de recherche. Le déploiement d’une approche systémique offre aux décideurs politiques une plateforme pour créer des politiques optimales et cohérentes qui permettent de produire des effets positifs et de mieux gérer les compromis.

« La dynamique créée par le Sommet sur les systèmes alimentaires offre l’occasion à l’Union africaine et à ses États membres de réaffirmer l’engagement pris dans le cadre de Malabo et de l’Agenda 2063 et d’examiner sans complaisance les progrès accomplis ainsi que les lacunes. Cette étape constituerait un bon point de départ pour forger un plan d’action coordonné après le sommet afin de maintenir et d’accélérer les progrès réalisés au cours des deux dernières décennies. » Dr Ousmane Badiane, coprésident du Panel Malabo Montpellier et Président d’Akademiya2063.

Le rapport a été lancé lors de la 8ème édition du Forum Malabo Montpellier dans le cadre des journées scientifiques du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires. Cette année, le Forum a été organisé conjointement avec le groupe scientifique de l’UNFSS, la Commission de l’Union africaine et la Fondation Rockefeller.

« Ensemble, nous pouvons transformer les systèmes alimentaires afin de protéger et d’améliorer notre santé, de soutenir et de régénérer l’environnement, et de construire un avenir plus équitable », a déclaré Roy Steiner, Vice-président senior de l’initiative alimentaire à la Fondation Rockefeller. « C’est un moment crucial pour faire avancer les politiques, la science et les innovations de marché qui garantissent une alimentation de qualité pour tous et qui préservent la planète. »

Á propos du Panel Malabo Montpellier

Le Panel Malabo Montpellier, qui réunit 17 éminents experts spécialisés en agriculture, en ingénierie, en écologie, en nutrition et en sécurité alimentaire, œuvre à faciliter les choix politiques des gouvernements africains afin de les aider à accélérer les progrès vers la sécurité alimentaire et l’amélioration de la nutrition. Pour ce faire, le Panel identifie les domaines dans lesquels des progrès et des changements positifs ont été réalisés sur le continent et évalue les expériences singulières des pays les plus performants. Il identifie les innovations institutionnelles les plus importantes et les interventions en matière de politiques et de programmes qui peuvent être reproduites et étendues d’autres pays. Le Forum Malabo Montpellier, quant à lui, offre une plateforme pour promouvoir l’innovation politique en utilisant les données produites par le Panel et ainsi faciliter le dialogue entre les décideurs de haut niveau sur l’agriculture, la nutrition et la sécurité alimentaire en Afrique.

Le Panel Malabo Montpellier, qui a succédé au Panel de Montpellier créé en 2010, met davantage l’accent sur les initiatives africaines telles que le Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) de la Déclaration de Malabo. Il est hébergé par l’Imperial College de Londres, le Centre de recherche pour le développement (ZEF) de l’université de Bonn et AKADEMIYA2063.

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