Les défenseurs de l’environnement Sud-africains s’érigent contre un projet d’exploration sismique de Shell

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Shell pourra-t-il mener une recherche de gisements de pétrole et de gaz par campagne sismique en Afrique du Sud ? En tout cas, des centaines de défenseurs de l’océan et d’amoureux de la nature se sont retrouvés dimanche 5 décembre 2021 sur plusieurs plages du pays pour dénoncer un projet de recherche utilisant des ondes sismiques par le géant de l’énergie Shell. Mais la haute cour de justice sud-africaine a débouté vendredi 3 décembre de l’année en cours les organisations écologistes qui avaient saisi la justice pour empêcher l’exécution de ce projet.  

Au Cap comme à Port Elizabeth notamment, les manifestants ont bravé pluie et grisaille pour dénoncer ce projet qui représente, à leurs yeux, un danger grave pour la faune marine au large de la très touristique « Wild Coast », dans l’est du pays. Même s’ils ont perdu une manche vendredi dernier quand un tribunal sud-africain a rejeté leur demande d’interdiction urgente du projet, permettant à Shell de lancer ses opérations, ils refusent de lâcher prise.

Signalons que le recours déposé devant une haute cour de justice sud-africaine par des organisations de défense de l’environnement contre Shell a été débouté, un de décision de justice qui autorise la compagnie pétrolière à débuter une recherche des gisements de pétrole et de gaz par campagne sismique.

Cette décision de la justice sud-africaine est nuisible pour l’environnement marin, plaident les organisations. « Il n’est pas nécessaire de beaucoup réfléchir pour comprendre que lorsque vous envoyez une onde sonore toutes les dix secondes, en profondeur, pendant cinq mois, sans interruption, cela a un impact sur l’environnement marin, car les animaux utilisent le sonar pour se reproduire et pour repérer leurs proies », s’indigne la directrice des campagnes de Natural Justice Katherine Robinson.

Cette position encourage les contestataires à poursuivre la lutte. Ainsi, au Cap, sur la plage de Muizenberg, des centaines de personnes, souvent en famille, ont déployé des banderoles « Shell en enfer » ou « Ne touchez pas à la côte », ainsi qu’un modèle géant de poisson snoek local, de la famille du maquereau, pour manifester leur préoccupation.

Même cas de figure à Port Elizabeth où d’autres centaines en coupe-vents et anoraks s’étaient massés sur une jetée, brandissant des pancartes appelant à boycotter les stations-services Shell et détournant le logo jaune en forme de coquille de l’entreprise pour lui ajouter un doigt d’honneur.

La compagnie anglo-néerlandaise doit cartographier les sous-sols marins au large de la province du Cap-Oriental, connue pour sa riche biodiversité. « On ne l’appelle pas la « côte sauvage » pour rien. Elle possède un écosystème incroyable et constitue une partie importante de la biodiversité du littoral. Cette partie de la côte sauvage est considérée comme sacrée pour les communautés locales, qui dépendent de la mer et du littoral pour leur subsistance, pour leur survie. Et ce n’est pas tout, elle est incroyablement sacrée pour ce qui est de l’identité et du patrimoine », a ajouté Mme Robinson.

De son côté, Alan Straton, un marin et militant écologiste local a laissé entendre qu’« alors que les scientifiques recommandent de mettre la pédale douce sur les énergies fossiles, et que nos voisins de l’hémisphère nord s’opposent à ces études sismiques, je trouve curieux que ces nouveaux +colonisateurs+ se sentent justifiés de déplacer leurs activités indésirables en Afrique ».

Dans la réserve naturelle de Nahoon Point, près d’East London (est), un responsable local de la police environnementale, Div de Villiers, a déclaré que « nous ne savons pas quel impact les explosions sismiques auront sur une vie marine très riche qui existe depuis des centaines de milliers d’années ».

Shell qui compte, à l’aide de tirs de canons à air tirant toutes les 10 secondes pendant cinq mois mener son travail verra les organisations poursuivre leur lutte contre le projet pétrolier malgré ce recours rejeté par la justice.

« Nous discutons encore du jugement avec nos conseillers juridiques pour décider si nous feront appel ou non de certains aspects du jugement. Mais en attendant, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir la demande faite au nom des communautés de la « côte sauvage », sur la base du fait que Shell n’a pas d’autorisation environnementale pour les entreprendre », a conclu la militante écologiste.

« Des recherches suffisantes ont-elles été faites sur toutes nos espèces de poissons? Est-ce que Shell a étudié l’impact possible sur les moyens de subsistance » des gens sur la côte, s’est-il interrogé.

La prospection offshore d’énergies fossiles utilise l’analyse de la propagation d’ondes sismiques pour déterminer la structure géologique des sols susceptibles de contenir des hydrocarbures. Les ondes de choc sont envoyées par des bateaux équipés de canons à air.

Selon les écologistes, ces détonations peuvent perturber le comportement de la faune, son alimentation, sa reproduction ainsi que les migrations, notamment celle des baleines, la plupart des animaux marins s’appuyant sur l’audition.

Ouverte sur l’océan Indien, la Wild Coast aux paysages sauvages spectaculaires s’étend sur quelque 300 km et compte plusieurs réserves naturelles et zones marines protégémention photoes.

Le géant anglo-néerlandais Shell avait annoncé que son projet d’exploration dans la région s’étendrait sur quatre ou cinq mois, sur une surface de plus de 6.000 km2. « Nous prenons toutes les précautions pour éviter ou minimiser l’impact sur les poissons, mammifères marins et autres espèces sauvages », avait affirmé à l’AFP un porte-parole le mois dernier. 

Moctar FICOU / VivAfrik

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