Le cyclone Batsirai aux portes de Madagascar, les habitants retiennent leur souffle

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Les Malgaches sont sur le qui-vive  avant l’arrivée du cyclone Batsirai dans quelques heures. Le cyclone Batsirai est en effet porté par des vents moyens de 185 km/h et des rafales allant jusqu’à 260 km/h. Selon les estimations, sur l’île de Madagascar, des dizaines de milliers de personnes sont sur sa trajectoire.

La direction de la météorologie à Madagascar a affirmé qu’après l’île Maurice et La Réunion, Batsirai doit atterrir sur la côte est de la Grande Ile (entre Mahanoro et Mananjary), entre 11h et 17h ce samedi au stade de cyclone tropical intense. 

Alors que la Grande Ile se relève à peine des inondations d’il y a quinze jours causées par la tempête Ana, autorités et habitants se préparent pour faire face à ce cyclone d’une rare intensité, a indiqué la correspondante de RFI à Antananarivo, Laetitia Bezain. Les pluies et les vents de Batsirai pourraient affecter près de 600 000 personnes et faire 140 000 déplacés, selon les prévisions du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC).

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement basé à Maurice, a décrit à RFI ce phénomène météo d’une intensité extrême, le plus violent à toucher terre dans l’océan Indien.

« Le vent va commencer à se lever, la pluie va devenir très forte, on prévoit des vagues d’environ 9 à 10 mètres, c’est phénoménal, et avec ça, une onde de tempête qui pourrait élever le niveau de la mer de plusieurs mètres. Quand l’œil touchera tard, ce samedi 5 février 2022 vers 15h, c’est là que les vents seront les plus forts, 220 à 230 km/h et jusqu’à 260 km/h pour certaines rafales. Après ça, il devrait, dimanche 6 février 2022, bouger vers l’intérieur des terres et perdre de son intensité. Il va traverser Madagascar puis se renforcera de nouveau dans le canal du Mozambique », a-t-il détaillé.

Six régions et seize districts de la côte est et des Hautes Terres ont basculé en alerte cyclonique rouge de danger imminent. « Un cyclone exceptionnel vu les vents moyens qu’il atteint », a fait savoir Mamy Nomenjanahary, ingénieur prévisionniste. Lorsqu’il touchera les côtes, le vent prévu est de 195 km/h ». « Presque toute l’île est en danger », a averti Paolo Raholinarivo du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes.

Dix-neuf régions sur les 23 que compte le pays sont en alerte à différents niveaux. « Il faut quitter les zones à risque immédiatement. Les sites d’hébergement sont déjà ouverts pour tout le monde », a-t-il confié à Laetitia Bezain. « 22 000 Malgaches ont déjà été évacués en prévention dans ces centres en dur. »

Sur la côte est, les habitants consolident les habitations

De nombreuses habitations sont peu résistantes aux vents, notamment les cases en bois. Des engins de dégagement, des Zodiacs et des membres des forces de sécurité ont été déployés dans les zones qui seront impactées. Sur les marchés, les habitants ont fait des provisions de vivres et de bougies avant de se confiner chez eux. Certains ont renforcé leur toit avec des sacs de sables. Les activités sont suspendues, y compris les transports terrestres et maritimes jusqu’à la sortie de Batsirai dimanche dans la matinée dans le Canal du Mozambique.

Le long de la route nationale 2, a relaté la correspondante de RFI à Antananarivo, Laetitia Bezain, le village d’Ampasipotsy Gare, à environ une centaine de km de la côte est, se prépare à la venue du cyclone, constate notre envoyée spéciale sur place, Laure Verneau. Tsarafidy Ben Ali installe des sacs de sable sur son toit. Assis à califourchon, le vendeur de charbon relie les sacs par une corde. Un système D pour se préparer aux rafales. « Ce matin on a entendu à la RNM [radio nationale, NDLR] que les rafales de vent vont être très fortes. C’est pour cela qu’on renforce les toitures », commente-t-il.

Ici, depuis une semaine, tout le monde se prépare. La tempête tropicale Ana, il y a quinze jours, a déjà fait de nombreux dégâts, et 55 morts dans le pays. Etienne Razafimahefa est agriculteur, il a peur de manquer de nourriture. « J’ai travaillé un petit peu ces derniers temps et j’ai pu gagner 2000 ar (0,40 euros), 3000 ar (0,66 euros) pour aujourd’hui et demain, mais à partir de dimanche, on n’aura plus rien. On va essayer de trouver une autre solution, mais s’il n’y a rien, on va manger des bananes », a dit à RFI M. Razafimahefa.

« Aujourd’hui, avec le changement climatique et ce cyclone, on est assez inquiet parce que les modèles de prévisions n’arrivent plus à nous donner ces systèmes d’alarmes de danger en avance. Quand le cyclone est passé du côté de Maurice, Météo France donnait une imprécision sur la trajectoire de 100 km. Ça veut dire qu’on ne savait vraiment pas ce qu’il allait faire. Avec le changement climatique, beaucoup de paramètres ont changé dans l’atmosphère, la circulation océanique a changé aussi. Il peut y avoir des pluies torrentielles au nord de Maurice et 20 km au sud faire beau temps. Donc ce sont des cellules de plus en plus petites et malheureusement, les systèmes de prévoyance sont basés sur un maillage mathématique, des petits carrés de 20 ou 30 km, beaucoup plus larges, donc ils n’arrivent plus à détecter s’il y a des évolutions beaucoup plus petites », a expliqué Vassen Kauppaymuthoo.

Moctar FICOU / VIVAfrik