Action contre la faim alerte contre une autre crise alimentaire historique au Sahel

0

Dans un communiqué publié par Action contre la faim jeudi 17 février 2022, l’organisation à but non lucratif a indiqué que quelque 35 millions de personnes au Burkina Faso, au mali, en Mauritanie, au Niger et au Tchad, pays qui constituent la région sahélienne de l’Afrique, subiront des crises alimentaires et des crises des moyens de subsistance aiguës, ce qui signifie qu’elles n’auront pratiquement rien à manger et qu’elles seront en situation d’insécurité alimentaire et de sous-alimentation, au cours de la prochaine période de soudure entre juin et août 2022.

Le rapport Sahel : éviter une autre crise alimentaire historique, est basé sur des preuves directes recueillies par l’organisation sur le terrain, et conclut que seul le renforcement de la réponse humanitaire, pourrait éviter à court terme la plus grande crise alimentaire de la dernière décennie dans la région du Sahel.

C’est ce qui fait dire à Manuel Sánchez Montero, directeur du plaidoyer et des relations institutionnelles d’Action contre la faim que « depuis novembre dernier, nos systèmes d’alerte précoce, par le biais de données telles que la dégradation des pâturages, la mortalité du bétail, la hausse de certains aliments de base ou l’augmentation du nombre d’enfants malnutris dans les centres de santé, nous ont avertis que quelque chose allait très mal ».

Nous avons commencé à réaliser qu’une crise alimentaire imminente se profilait. Elle menace déjà 27 millions de personnes au Sahel et potentiellement 35 millions si rien n’est fait. Il s’agit de la troisième crise consécutive dans cette région… La progression des besoins est exponentielle et remet en question non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la stabilité de toute la région », a alerté le directeur du plaidoyer et des relations institutionnelles d’Action contre la faim dans le document.

Conflit persistant, Covid-19 et changement climatique

Selon le rapport, lit-on dans le communiqué officiel, les trois facteurs déterminants de cette situation critique au Sahel sont, premièrement, la persistance des conflits dans la région, qui ont déplacé plus de 9 millions de personnes et détruit les moyens de subsistance ou déformé les systèmes économiques locaux ; ensuite, les conséquences des restrictions de mouvement imposées par la Covid-19, qui ont empêché des centaines de milliers d’éleveurs de déplacer leur bétail à la recherche d’eau et de pâturages pour atteindre leurs zones de marché ; et enfin, l’impact, pour une année de plus, de la crise climatique sous forme de sécheresses, de dégradation de la biomasse ou d’inondations.

« Nous sommes confrontés à une crise qui nécessite une réponse rapide et concertée des pays touchés et de la communauté internationale. Nous devons agir, non seulement pour faire face à la crise aujourd’hui, mais aussi pour tenter de jeter les bases afin qu’elle ne se perpétue pas dans les années à venir. Mais cette année, si nous n’agissons pas de manière décisive et rapide, la faim frappera avec le même impact dramatique que lors des pires crises de 2012 ou de 1984 », a encore déclaré Manuel Sánchez Montero dans le texte.

Sommet Euro-Africain

 Le sommet euro-africain, qui abordera des questions telles que l’investissement dans les politiques publiques, la bonne gouvernance et la sécurité, a été critiqué par les sociétés civiles africaine et européenne, en raison du peu d’espace qu’il laisse à leur participation réelle à la prise de décision.

De l’avis du directeur du plaidoyer et des relations institutionnelles d’Action contre la faim, « il est essentiel d’exempter les mesures de sanction imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à un pays comme le Mali, sur les marchandises, les transactions économiques et la circulation des personnes dédiées à la réponse humanitaire, ainsi qu’au maintien des services de base essentiels tels que la santé (dont 60% dépend de la coopération internationale) ».

« Nous appelons les Etats participant au sommet Europe-Afrique à faire un effort immédiat pour augmenter les ressources allouées à la sécurité alimentaire et aux biens essentiels des populations de la région. Si nous ne faisons rien, dans quelques mois, les personnes directement menacées par la crise alimentaire viendront s’ajouter à celles qui souffrent déjà d’une situation extrêmement critique dans la région », a conclu dans le communiqué, Manuel Sanchez.

Moctar FICOU / VivAfrik