Les producteurs de fruits Sud-africains victimes des sanctions contre Moscou

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L’invasion russe en Ukraine a eu des répercutions un peu partout dans le monde. En Afrique du Sud par exemple, depuis cette invasion et les sanctions qui la touchent en retour, c’est le branle-bas de combat dans le secteur agricole et en particulier celui des fruits frais. Le pays exporte d’habitude 8% de sa production vers la Russie. Une part non négligeable, qui doit désormais trouver de nouveaux débouchés.

« Ici ce container était censé aller en Russie, avec des raisins, il a été finalement envoyé aux Pays-Bas. Et pareil pour celui-ci, avec des poires, il est arrivé donc c’est bon », a relevé Vincent Keesenberg qui contemple le tableau qui résume ses dernières exportations. L’exploitation agricole gère les ventes de l’entreprise locale d’exportation de fruits frais, Origin Fruits. Créée il y a trois ans, elle écoule d’habitude près de 500 containers chaque année. Mais 2022 s’annonce compliquée.

« J’avais des fruits en route pour la Russie, mais comme les clients n’arrivent plus à nous payer en dollars, nous avons dû dérouter tous ces fruits, surtout vers Rotterdam. Donc on passe d’un prix fixe, pour vendre en Russie, à un prix où l’on n’arrive pas à vendre aux Pays-Bas. Et on voit déjà un encombrement dans le port hollandais, où des containers restent là, deux, trois, quatre ou cinq jours, avec des fruits qui attendent d’être déchargés, puis d’être vendus », s’est désolé Vincent Keesenberg. Un message qui renseigne sur la difficulté de la filière agrume.

Rappelons que la Russie a reçu 20% des poires sud-africaines la saison dernière. Mais ce sont surtout les agrumes qui inquiètent, car la récolte vient de commencer et la Russie et l’Ukraine sont aussi des marchés importants.

« Ce n’est pas si facile que cela de dire que l’on va envoyer nos fruits vers d’autres marchés. Les agrumes commandés par la Russie ont une taille particulière, sont d’une qualité bien précise, etc. Et d’autres pays essayent aussi de vendre leurs fruits ailleurs. Des pays comme le Maroc, l’Égypte, la Turquie, exportent aussi beaucoup d’agrumes. Donc si un marché est trop approvisionné, cela a des conséquences sur les prix, et donc on finit par solder les fruits », a expliqué Justin Chadwick, directeur de l’Association des producteurs d’agrumes.

Les agrumes comptent parmi les exportations agricoles qui rapportent le plus au pays, et permettent d’employer 120 000 personnes. Et comme d’autres secteurs agricoles, l’industrie risque aussi de souffrir de la pénurie mondiale d’engrais, selon Wandile Sihlobo, de la chambre d’agriculture sud-africaine.

« Alors que la Russie exporte près de 14% des engrais mondiaux, ces bouleversements font augmenter le coût des intrants. Donc les producteurs sud-africains font face à cette hausse du prix des intrants », a expliqué l’expert pour qui, la guerre met les cultivateurs sud-africains un peu plus en difficulté, alors qu’ils se relevaient tout juste de la pandémie.

Moctar FICOU / VivAfrik