La sécheresse aggrave la malnutrition dans les camps de déplacés d’Éthiopie

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Alors que la Corne de l’Afrique connaît sa pire sécheresse depuis plus de quatre décennies, treize millions de personnes sont confrontées à une famine grave au Kenya, en Somalie et en Éthiopie, avait alerté, mardi 8 février 2022, le Programme alimentaire mondial (PAM). Cette sécheresse menace 13 millions d’individus en Éthiopie, au Kenya et en Somalie. En Éthiopie, plus de 200 000 têtes de bétail sont déjà mortes à cause de saisons des pluies inexistantes. Pour les nombreuses populations nomades qui vivent de leur troupeau, cette sécheresse record les poussent à se réfugier dans les villages et les camps.

Après une troisième saison des pluies inexistante, Khatima Sultan a fait le choix de rejoindre un camp de déplacés, celui de Farburo en région Somali. Elle y construit tant bien que mal un abri pour ses huit enfants au milieu des autres arrivants. « On vient d’arriver du désert. Tout notre bétail est mort. Donc c’est pour cela que l’on doit venir ici et construire une maison. On avait cinquante chameaux. Presque tous sont morts désormais. Seul 10 ont survécu ».

Le camp de Farburo date d’une précédente sécheresse, en 2017. Il abrite officiellement 2 500 individus, en tout cas jusqu’à décembre dernier. Aujourd’hui, près de 1 000 personnes comme Khatima les ont rejoints. « Nous ne sommes pas enregistrés. Les autres sont sur les listes depuis cinq ans, pas nous. En attendant, je demande aux autres déplacés de nous donner de la nourriture ».

Dans cette régions, l’eau et les pâturages se font rares et les prévisions de précipitations inférieures à la moyenne pour les mois à venir ne font qu’aggraver la vulnérabilité des populations. Ces manques obligent donc les familles à quitter leur foyer, entraînant ainsi « une recrudescence des conflits entre les communautés ».

« Les récoltes sont ruinées, le bétail meurt et la faim augmente alors que des sécheresses récurrentes affectent la Corne de l’Afrique », avait déclaré dans un communiqué Michael Dunford, Directeur régional du PAM en Afrique de l’Est.

Des rations qui diminuent de plus en plus

Parmi ceux qui partagent leur repas, Hamdi Abdi Hodel. Il est considéré comme chef du camp. On le retrouve au moment de la distribution de la nourriture par les autorités régionales. « Les rations continuent d’arriver. Mais avant, nous avions droit à 15 kg par mois par personne. Aujourd’hui, ça réduit peu à peu. Avant, une personne avec 10 enfants recevait trois sacs de blé. Aujourd’hui, il n’en reçoit que deux. Si ça continue comme ça, on va finir par mourir. Car le nombre de déplacés augmente ici tous les jours, mais les rations, elles, ne font que diminuer. »

Le Programme alimentaire mondial a dû se résoudre à diminuer de 40% ses rations en Éthiopie pour pouvoir continuer d’assurer une distribution équitable à travers le pays. Une décision déchirante selon son directeur régional en Afrique de l’Est. Le constat est le même dans l’administration éthiopienne.

« Si cette situation continue, il va y avoir un désastre, prédit Abdi Ahmed Ilmi, coordinateur du système d’alerte rapide de la zone de Shebelle. Aujourd’hui, nous assistons à une sécheresse qui tue uniquement le bétail. Les humains sont sains et saufs. Ou plutôt, ils sont seulement obligés de migrer. Mais demain, si ça continue comme ça, les humains mourront aussi. »

En 2011, la dernière grande sécheresse avait fait 260 000 morts en Somalie.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec RFI