Conférence de Lisbonne : L’objectif de 30% d’AMP, la lutte contre la pêche illicite et la pollution plastique au centre des échanges

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Lisbonne, 29 juin 2022 — Au troisième jour de la Conférence des Nations Unies sur les océans, plusieurs dizaines de responsables gouvernementaux sont à nouveau montés au créneau pour appeler à la réalisation effective des cibles de l’objectif de développement durable no 14, centrées sur la protection des milieux marins et aquatiques.  Les interventions ont cette fois plus spécifiquement porté sur l’objectif de 30% d’Aires maritimes protégées (AMP) dans les territoires maritimes et sur la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ainsi que sur l’élimination de la pollution plastique.

En pointe sur les problématiques marines et océaniques, Monaco a fait valoir son engagement au sein de la Coalition pour de hautes ambitions, qui vise à atteindre 30% de zones terrestres et marines sous statut protégé d’ici à la fin de la décennie.  « Il y a tant à faire que l’inaction n’est plus une option », a martelé le Prince Albert II, faisant également état de la création d’un fonds fiduciaire innovant, le Medfund, destiné à financer la gestion, le développement et la mise en réseau des aires marines protégées de Méditerranée.  Notre ambition, a-t-il précisé, est d’allouer, dès 2025, 2,7 millions d’euros à 20 aires marines protégées représentant 7 000 kilomètres carrés, en particulier des aires à protection forte.

Sur cette même ligne, la Grèce a rappelé son engagement à établir des zones marines protégées sur 30% de son territoire maritime, alors que la superficie actuelle est d’environ 19%, tandis que le Gabon annonçait avoir transformé 26% de sa zone économique exclusive (ZEE) de 200 000 kilomètres carrés en aire marine protégée.  De son côté, le Chili a indiqué s’être doté d’une politique de conservation et de gestion durable des océans, par le biais de laquelle il a fait de 43% de ses eaux nationales des zones marines protégées.  Point de passage entre les océans Atlantique et Pacifique, le Panama a, quant à lui, relevé qu’en vertu de la Déclaration de Glasgow, adoptée lors de la COP26, les pays du couloir maritime du Pacifique tropical oriental (Équateur, Colombie, Costa Rica et Panama) se sont engagés à créer une réserve biologique transfrontalière sur plus de 500 000 kilomètres carrés.

La pêche et ses formes nuisibles ont également tenu une place centrale dans les prises de parole.  Regrettant l’avènement d’une économie fondée sur le profit, qui, selon lui, a abouti à une exploitation effrénée des océans au profit d’une poignée de pays désireux de devenir riches et puissants, Kiribati n’a pas hésité à qualifier de « terrorisme maritime » le fléau que constitue la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.  « Nous devons l’éradiquer », a-t-il martelé, rejoint par des pays comme le Canada, le Bénin, la Géorgie et le Venezuela, ce dernier faisant mention d’une loi qui interdit la pêche au chalut de fond et prévoit des mesures de contrôle des navires battant pavillon national et se livrant à des activités de pêche illégales.

Pour lutter plus efficacement contre la pêche illicite, le petit État insulaire en développement (PEID) des Comores a déclaré avoir adhéré à l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État de port.  Il a toutefois prévenu que ce dispositif d’inspection serait difficilement applicable par les pays en développement compte tenu de leurs moyens techniques et financiers limités.

De son côté, les Tuvalu ont mis l’accent sur les menaces que font peser les changements climatiques sur les ressources halieutiques, alertant sur une migration vers l’est de sa ZEE des stocks de poissons les plus importants.  Ce phénomène risque de déplacer le centre de la pêche hors des ZEE des îles du Pacifique vers la haute mer, a-t-il expliqué, ajoutant qu’il serait « incroyablement injuste qu’un problème auquel nous avons si peu contribué nous fasse perdre nos atouts nationaux les plus précieux ».  Il a appelé la communauté internationale à convenir avec le Forum des îles du Pacifique que les limites de leur ZEE ne doivent pas être affectées par l’élévation du niveau de la mer, et que leurs droits sur les stocks de thons dans leurs ZEE existantes doivent être préservés.

La pollution plastique des océans a également mobilisé les délégations, dont un grand nombre ont appelé de leur vœu la concrétisation des négociations décidées en mars dernier, lors de la cinquième Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, en vue d’élaborer d’ici à 2024 un instrument juridique sur cette question.  Au plan national, l’Australie a détaillé des mesures sans précédent pour interdire l’exportation de matières plastiques et les investissements dans les infrastructures de recyclage.  La République de Corée, qui accueillera en 2023 la septième Conférence internationale sur les déchets marins, s’est, elle, fixé des objectifs ambitieux de suivi du cycle de vie de ses déchets plastiques, Israël s’enorgueillissant d’une réduction des sacs plastiques polluants de 65%.

Sur la même tonalité, Cuba a dit s’employer à développer une économie circulaire afin de permettre un meilleur traitement des déchets et ainsi mieux protéger ses eaux territoriales, un engagement partagé par les États membres de l’Union européenne.  Satisfait de l’état de ses mers, comme en attestent la présence de tortues et de dauphins et l’augmentation des stocks halieutiques, Oman a, pour sa part, averti du grave danger que représente la pollution par hydrocarbure, souhaitant l’inclusion de nouveaux critères relatifs à ce phénomène dans l’ODD 14.  L’Estonie a pour sa part demandé qu’une attention accrue soit portée aux polluants pharmaceutiques.

Revenant aux effets délétères des changements climatiques, le Népal a mis en garde contre la fonte rapide des glaciers de l’Himalaya, qui libèrent de grands volumes d’eau et conduisent à l’élévation du niveau de la mer.  Cette situation alarmante nécessite un renforcement des capacités des PEID, des pays les moins avancés (PMA) et des pays en développement sans littoral (PDSL) comme lui, a-t-il plaidé, avant de réclamer des transferts de technologie marine et un partage équitable des avantages tirés des ressources marines.  Un appel repris par le Groupe des 77 et de la Chine, qui, rappelant la contribution historique des pays développés à la dégradation des écosystèmes océaniques, les a enjoint à verser 100 milliards de dollars par an pour financer l’action climatique, tout en veillant à atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050.