La RDC fait fi des risques environnementaux et vend des blocs pétroliers et gaziers

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L’Organisation non gouvernementale (ONG) de défense de l’environnement Greenpeace a alerté sur les conséquences catastrophiques du projet pour les communautés, la biodiversité et le climat mondial. Malgré les critiques de Greenpeace, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a décidé, lundi 18 juillet 2022, de mettre aux enchères vingt-sept blocs pétroliers et trois blocs gaziers.

Mieux, le gouvernement congolais a ouvert 27 de ses blocs pétroliers aux investisseurs malgré la mise en garde des ONG locales et internationales. Celles-ci assurent que pas moins de neuf blocs pétroliers à être mis aux enchères, à la fin de ce mois, chevauchent des aires protégées.

Une source officielle renseigne que les autorités congolaises ont annoncé, lundi 18 juillet 2022, avoir décidé la mise aux enchères de vingt-sept blocs pétroliers et trois blocs gaziers en République démocratique du Congo, faisant fi des critiques de Greenpeace

Kinshasa ne nie pas les chevauchements, mais veut rassurer les activistes et les futurs investisseurs. Au départ, ce sont 16 blocs qui devraient être mis aux enchères, mais le gouvernement en a ajouté 11 autres.

« On peut dire qu’il y a sur certains blocs, parmi ceux que l’on a rajoutés, c’est vrai que ça chevauche un tout petit peu dans certains parcs. Mais ça n’empêche qu’il y a des techniques pour pouvoir forer sans pour autant que l’écosystème puisse connaître des problèmes », a rassuré, à Kinshasa, Didier Budimbu, ministre congolais des hydrocarbures qui était face à la presse lundi 18 juillet 2022 pour annoncer l’appel d’offres.  

A l’en croire, cette aux enchères est une opportunité économique pour le gouvernement. M.Budimbu a aussi rappelé l’intérêt économique pour le pays, surtout en pleine crise ukrainienne. « Avec tous ces 27 de blocs, on avoisine 2000 milliards [de dollars américains] en termes de revenus, donc c’est énorme pour notre pays et grâce au pétrole, ce pays peut réellement se développer, on n’a pas ça pour qu’on s’en serve comme ornement, on a ça pour que nous puissions nous en servir et c’est ça que nous allons faire. Actuellement, avec la crise ukrainienne, le Congo a aussi le droit de bénéficier de ses ressources, et le gouvernement a levé l’option. Donc, ces 27 blocs pétroliers et trois gaziers seront mis en appel d’offres. Tant que ceux qu’ils vont se missionner seront là pour réellement développer le secteur avec nous, on a une certaine attractivité du point de vue fiscal, de sécurité juridique, de façon que ceux à qui on va attribuer ces blocs puissent vraiment évoluer en paix, et que chacun puisse tirer quelque chose et se retrouver ».

« Sur trente-deux blocs initialement sélectionnés, des appels d’offre pour l’attribution des droits vont être lancés le 28 juillet pour vingt-sept blocs pétroliers, notamment les deux blocs restitués par l’homme d’affaire israélien Dan Gertler et trois blocs gaziers », a renchéri le ministre congolais des Hydrocarbures.

Les blocs concernés sont repartis de la manière suivante sur plusieurs coins du pays : trois dans le bassin côtier, neuf dans la Cuvette centrale, onze dans le Graben du Tanganyika et quatre dans le Graben Albertine, a-t-il expliqué. Les trois blocs gaziers sont situés dans le lac Kivu.

« Les peuples autochtones pourraient affecter leurs vies de manière irrévocable »

De leur côté, les défenseurs de l’environnement dénoncent l’absence de concertation avec les communautés congolaises. Et ils alertent sur les conséquences de cette exploitation pour le climat mondial, un tiers des blocs étant situé dans des réservoirs de carbone. D’après Irène Wabiwa Betoko, chef de campagne forêts à Greenpeace pour le bassin du Congo, « si ce projet n’est pas arrêté, cela va avoir des conséquences farouches contre le climat, mais aussi sur les communautés locales. Les peuples autochtones, qui d’ailleurs ne sont même pas informés de ce plan, pourraient affecter leurs vies de manière irrévocable. Il ne s’agit pas ici de regarder seulement les intérêts financiers ou économiques, mais il y a la vie de millions de communautés congolaise, de millions de personnes à travers le monde qui serait en jeu, et donc il n’y a aucun chiffre en termes de dollars qui pourrait compenser cela. Et donc notre objectif, c’est de mettre tous nos efforts ensemble pour stopper ce projet et demander à toutes les entreprises pétrolières qui auraient la tentation de soumissionner aux appels d’offres qui seront lancés du 28 au 29 juillet 2022 de ne pas le faire, parce qu’ils vont trouver les Congolais sur leur chemin y compris Greenpeace et ses partenaires »

« La cuvette centrale, c’est une zone couverte par les forêts primaires, mais aussi les tourbières. Et nous savons très bien le rôle que joue les forêts dans la lutte pour le changement climatique, mais aussi pour la vie des communautés locales », a-t-elle poursuivi.

La mobilisation des militants de l’environnement devrait grandir d’ici au 28 juillet 2022, date annoncée pour la mise aux enchères des blocs pétroliers congolais.

Rappelons qu’en février 2022, l’État congolais avait conclu un accord à l’amiable avec le sulfureux homme d’affaires Dan Gertler qui détenait des droits sur les blocs 1 et 2 dans le Graben Albertine pour une valeur de deux milliards de dollars.

En avril, le gouvernement congolais a levé l’option de la mise aux enchères des blocs pétroliers, dont au moins neuf situés dans l’écosystème sensible de la Cuvette centrale.

Pour l’organisation de protection de l’environnement Greenpeace, il ne fallait pas attribuer des blocs pétroliers dans la Cuvette centrale, un complexe riche en tourbières, en biodiversité qui contient environ 30 gigatonnes de carbone, soit l’équivalent de trois ans d’émissions mondiales de CO2.

Pour l’ONG, ce projet gouvernemental aurait des conséquences catastrophiques sur les communautés riveraines de ces blocs pétroliers, la biodiversité et le climat mondial.

Moctar FICOU / VivAfrik