Vers une élévation rapide et catastrophique du niveau de la mer si le zéro émission nette n’est pas atteint d’ici 2060

0

Par Nathalie Mayer

La montée du niveau de la mer menace de nombreuses populations sur la Terre. Et les scientifiques peinent encore à en comprendre tous les mécanismes. Mais des chercheurs suggèrent aujourd’hui que le rôle de la fonte des calottes glaciaires dans le processus a pu être sous-estimé, nous exposant à une situation qui pourrait devenir catastrophique.

Avec le réchauffement climatique, le niveau de la mer monte. De manière spectaculaire depuis un siècle. Avec une élévation d’une vingtaine de centimètres déjà. Et à un rythme qui s’accélère. Depuis 2006, la hausse est de l’ordre de 3,7 millimètres par an (mm/an) alors qu’elle n’était que de 1,3 mm/an sur la période 1901-1971, nous apprend le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le phénomène de dilatation thermique de l’eau y est pour l’instant pour beaucoup. Pour cinq fois plus, depuis les années 1970, que la fonte de la calotte glaciaire arctique ou que celle de la calotte glaciaire antarctique. Mais déjà, le dernier rapport du GIEC montrait que la contribution des calottes glaciaires allait croissant. De 0,1 mm/an dans les années 1990, elle était passée à 1,1 mm/an dans les années 2010.

Aujourd’hui, des chercheurs de l’Institute for Basic Science (Corée du Sud) avancent qu’une perte irréversible des calottes glaciaires de l’Antarctique occidental et du Groenland pourrait être imminente si nous ne parvenons pas à atteindre le zéro émission nette avant 2060. Comprenez, si nous ne parvenons pas à stabiliser les températures en dessous de +1,8 °C par rapport aux normales préindustrielles – alors que selon les promesses des différents pays, notre monde se dirige vers une hausse des températures globales proches de +2,5 °C. Il s’ensuivrait une accélération rapide de l’élévation du niveau de la mer.

Ce résultat, les chercheurs l’ont obtenu en modélisant pour la première fois à l’aide de supercalculateurs les interactions complexes entre les calottes glaciaires, les icebergs, les océans et l’atmosphère. Là où jusqu’ici, les modèles informatiques qui simulent la dynamique des calottes du Groenland et de l’Antarctique ne tenaient pas compte des effets sur les processus atmosphériques et océaniques – alors même que les experts estiment que même les processus à petite échelle peuvent jouer un rôle crucial dans la réponse à grande échelle.

La contribution importante des calottes glaciaires

Les chercheurs observent par exemple que les changements de la glace de mer et de la circulation atmosphérique autour de l’Antarctique jouent un rôle crucial dans le contrôle de la fonte de la calotte glaciaire, avec des répercussions sur les projections mondiales du niveau de la mer. De quoi souligner la nécessité de développer des modèles complexes du système terrestre. Mais aussi, de nouveaux programmes d’observation susceptibles de les alimenter.

Les chercheurs affirment que dans le meilleur des cas, celui où nous arrivons à limiter nos émissions de gaz à effet de serre, les calottes glaciaires vont contribuer à quelque 0,5 mètre d’élévation du niveau de la mer d’ici 2150. Dans un scénario de « business as usual », cette contribution pourrait monter à un mètre. Et si nos consommations de combustibles fossiles augmentaient, elle pourrait même atteindre 1,4 mètre.

Il va sans dire que ce serait catastrophique pour de nombreuses populations qui vivent sur les côtes. Plusieurs centaines de millions de personnes seraient alors soumises à un risque extrême d’inondations. D’autant que sans une réduction rapide et drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, l’élévation du niveau de la mer due à la fonte des calottes glaciaires se poursuivra pendant des siècles.

Nathalie Mayer, Journaliste

Laisser un commentaire