Bioénergie et agro-industrie : Au Sénégal, le projet BioStar trace la voie de solutions durables pour les PME

La capitale sénégalaise accueille ce mardi 10 février 2026 l’atelier national de mise à l’échelle des solutions bioénergie du projet BioStar, une rencontre stratégique réunissant chercheurs, décideurs publics, acteurs du secteur privé et partenaires techniques et financiers. Cet atelier marque un moment clé de partage des acquis et de réflexion collective sur les perspectives de diffusion à grande échelle des innovations bioénergétiques développées au cours des six années (2020 – 2026) de mise en œuvre du projet.

BioStar, une réponse aux défis énergétiques et environnementaux du Sénégal

Dans un contexte marqué par la croissance des filières agricoles, la dépendance persistante aux énergies fossiles et les contraintes environnementales, le projet BioStar s’est positionné comme une réponse concrète aux besoins énergétiques des Petites et moyennes entreprises (PME) agroalimentaires.

Pour Mamadou Abdoul Diop, vice-recteur de l’Université Gaston-Berger (UGB) de Saint-Louis, le lien entre énergie et développement agricole est aujourd’hui fondamental.

« Le Sénégal fait face aux défis du développement de ses filières agricoles, qui sont la pierre angulaire du développement économique du pays et de la création de richesses. Cette aspiration ne peut être atteinte sans la disponibilité d’une énergie fiable et abordable », a-t-il souligné.

Il a insisté sur la nécessité de concilier production énergétique et protection de l’environnement, en évitant la déforestation et l’usage des énergies fossiles responsables de la pollution et du réchauffement climatique.

« C’est précisément ce challenge que BioStar a voulu relever », a-t-il ajouté.

Une synergie institutionnelle au cœur du succès du projet

L’un des traits distinctifs de BioStar réside dans la forte collaboration entre les institutions de recherche et d’enseignement supérieur, notamment le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA) et l’UGB, qui co-organisent cet atelier de clôture.

« Je veux magnifier la collaboration forte entre le CIRAD, l’ISRA et l’Université Gaston Berger, qui se traduit aujourd’hui par la co-organisation de cet atelier », a déclaré Mamadou Abdoul Diop.

Durant six ans, les équipes ont travaillé en synergie, partageant missions de terrain, activités de formation, d’accompagnement et de suivi des acteurs économiques. Cette coopération s’est également matérialisée par l’accueil de chercheurs du CIRAD à l’UGB et par la mise en place du laboratoire biomasse-énergie de l’université, renforçant la dynamique interdisciplinaire entre l’UFR des Sciences agronomiques et l’UFR des Sciences appliquées et technologiques.

« Plus d’une dizaine d’étudiants ont été formés et trois thèses seront soutenues à la fin du projet », a précisé le vice-recteur, rappelant le rôle de l’université dans le service à la communauté et le développement de compétences locales durables.

Des résultats concrets dans des filières stratégiques

Pour Ibra Touré, directeur régional du CIRAD, BioStar s’est concentré au Sénégal sur des filières structurantes telles que le riz, l’arachide, le cajou et la mangue et le karité, qui jouent un rôle central dans l’économie nationale et le développement des territoires ruraux.

« Après six années de mise en œuvre, les résultats obtenus sont à la fois concrets et prometteurs d’avenir », a-t-il affirmé.

Au Sénégal, le projet a permis d’accompagner douze PME agroalimentaires, avec le déploiement de dix-sept équipements bioénergie, la formation de plus de vingt équipementiers, ainsi que l’encadrement d’étudiants, de doctorants et de stagiaires.

« Des solutions énergétiques adaptées aux contextes locaux ont été développées, des capacités nationales renforcées et des connaissances scientifiques et techniques importantes produites », a-t-il souligné.

Au-delà des chiffres, BioStar a démontré que la bioénergie peut devenir un levier stratégique de développement économique local, favorisant la création d’emplois et la transition vers des modèles de production plus durables.

Un projet aligné sur les priorités nationales de développement

Représentant le ministre de l’Agriculture, Moustapha Guèye, directeur général de l’ISRA, a mis en avant la pertinence du projet dans le contexte sénégalais et ouest-africain.

« BioStar a développé des solutions bioénergie innovantes permettant aux PME agroalimentaires d’utiliser leurs propres résidus de transformation pour produire l’énergie dont elles ont besoin », a-t-il déclaré.

Selon lui, le projet répond simultanément aux objectifs de développement agricole, de promotion de la petite et moyenne industrie, de transition énergétique et de gestion durable de l’environnement. Il a également salué la coordination entre plusieurs départements ministériels, faisant de BioStar un exemple de gouvernance collaborative.

Réduire les pertes post-récolte et dynamiser les territoires ruraux

Moustapha Guèye a rappelé les défis structurels majeurs auxquels le pays est confronté : accès coûteux à l’énergie, dépendance aux importations de combustibles fossiles et pertes post-récolte estimées entre 40 et 50 %.

« Si nous réduisons les pertes post-récolte, nous aurons beaucoup plus à gagner que d’imaginer des niveaux de rendement encore difficiles à atteindre », a-t-il soutenu.

Il a également pointé la faible transformation locale dans les zones de production, au détriment des populations rurales, freinant le développement des PME agroalimentaires pourtant essentielles à la création d’emplois et à la souveraineté alimentaire.

Vers une mise à l’échelle des solutions bioénergie

C’est précisément à ces enjeux que BioStar a apporté des réponses innovantes, en misant sur la valorisation énergétique des résidus agricoles. Les équipements développés – séchoirs à mangue, torréfacteurs d’arachide, solutions thermiques utilisant la coque d’arachide ou d’anacarde – permettent de remplacer le charbon, le bois et le gaz, réduisant ainsi la pression sur les ressources forestières.

L’atelier de Dakar vise désormais à capitaliser ces acquis, à renforcer le dialogue entre les acteurs publics et privés, et à formuler des recommandations pour intégrer durablement les bioénergies dans les politiques nationales.

« L’émergence d’un réseau national d’équipementiers bioénergie constitue une avancée stratégique pour consolider l’écosystème industriel local et accompagner le développement d’une filière bioénergétique compétitive », a conclu Ibra Touré.

Moctar FICOU / VivAfrik  


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