Migration Afrique–Europe : des chiffres qui relativisent les discours alarmistes (SWP)

Les débats politiques européens évoquent régulièrement le spectre d’un afflux massif de migrants africains vers le continent. Pourtant, une étude publiée en décembre 2025 par la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP) montre que ces inquiétudes ne correspondent pas aux réalités statistiques.

Une progression plus modérée que la tendance mondiale

Intitulé « Mapping African Migration : Insights from UN DESA Data on Patterns, Trends, and Misconceptions », le rapport s’appuie sur les données actualisées du Département des affaires économiques et sociales des Nations unies (DESA), complétées par les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC).

Selon ces sources, la planète comptait 304 millions de migrants internationaux en 2024. Les ressortissants africains représentaient environ 15 % de cet ensemble, alors que l’Afrique regroupe près de 19 % de la population mondiale. À titre de comparaison, l’Asie concentrait 40 % des migrants internationaux et l’Europe environ 20 %.

Ces chiffres démontrent que les migrations d’origine africaine ne dominent pas les flux mondiaux, contrairement à certaines perceptions relayées dans les débats publics européens.

Une mobilité majoritairement intra-africaine

L’étude souligne également que la grande majorité des déplacements africains se font à l’intérieur du continent. En 2024, près de 25,1 millions d’Africains vivaient dans un autre pays africain que le leur, soit environ 21 % de plus que ceux installés hors d’Afrique (20,7 millions).

Cette orientation intracontinentale s’explique par plusieurs facteurs :

  • des coûts de déplacement généralement plus faibles ;
  • des trajets considérés comme moins risqués ;
  • l’existence d’accords régionaux facilitant la libre circulation, notamment en Afrique de l’Ouest et de l’Est ;
  • des procédures d’accès aux pays occidentaux souvent complexes, onéreuses et marquées par des taux élevés de refus de visas.

Déplacements forcés : la proximité géographique prédomine

Concernant les migrations contraintes par les conflits et la violence, le rapport indique qu’à la fin de 2024, environ 123,2 millions de personnes dans le monde étaient déplacées de force. Toutefois, 60 % d’entre elles – soit 73,5 millions – demeuraient à l’intérieur de leur propre pays.

L’Afrique concentre près de la moitié des personnes déplacées au niveau mondial. Parmi les 12,2 millions de réfugiés et demandeurs d’asile africains recensés en 2024, 10,6 millions (environ 87 %) vivaient toujours sur le continent, contre seulement 1,6 million ayant trouvé refuge en dehors de l’Afrique.

Ces données contredisent l’idée selon laquelle les crises africaines entraîneraient automatiquement un exode massif vers l’Europe.

Par ailleurs, les projections liées aux effets du changement climatique, notamment celles de la Banque mondiale, indiquent que la majorité des personnes affectées par ces bouleversements devraient également rester dans leur région d’origine.

Repenser les politiques migratoires européennes

La Stiftung Wissenschaft und Politik, qui conseille le Bundestag et le gouvernement allemand sur les questions internationales et sécuritaires, invite les responsables européens à revoir leur approche.

Plutôt que de privilégier exclusivement le verrouillage des frontières et les politiques dissuasives, le centre d’analyse recommande :

  • un appui renforcé aux pays africains qui accueillent d’importants contingents de réfugiés ;
  • l’ouverture accrue de voies de migration régulière ;
  • des investissements dans des systèmes de données fiables pour mieux comprendre les dynamiques migratoires.

Des États comme l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud ou le Nigeria hébergent déjà des millions de migrants et de réfugiés, souvent avec des moyens financiers bien inférieurs à ceux des pays industrialisés.

L’étude appelle également les gouvernements africains à consolider les mécanismes régionaux et continentaux de mobilité afin de permettre des déplacements sûrs et légaux pour des raisons professionnelles, académiques ou familiales.

En somme, les chiffres disponibles invitent à dépasser les discours anxiogènes et à privilégier des politiques migratoires fondées sur des données objectives plutôt que sur la peur.

Moctar FICOU / vivAfrik


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