Coopération agricole : le Sénégal et les Pays-Bas misent sur l’innovation pour développer le secteur semencier horticole

Dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale, le Sénégal et les Pays-Bas franchissent un nouveau cap dans leur partenariat agricole. Les 16 et 17 avril 2026, l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) accueille à Dakar une délégation d’experts et d’innovateurs néerlandais, avec l’ambition de dynamiser durablement le secteur semencier horticole.

Une mission stratégique pour la souveraineté semencière

Pour Saliou Ngom, directeur scientifique de l’ISRA par ailleurs représentant du directeur général de l’ISRA, Dr Moustapha Guèye, et du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Dr Mabouba Diagne, les enjeux de cette visite sont majeurs. Il souligne que « les enjeux de cette visite de la délégation néerlandaise au Sénégal, spécifiquement à l’ISRA, sont très importants », saluant au passage l’initiative de l’ambassadrice des Pays-Bas pour l’organisation de cette mission.

Selon lui, cette rencontre s’inscrit dans une logique de renforcement des échanges autour de la filière semencière horticole. « Cette délégation néerlandaise est venue nous rencontrer pour discuter et échanger avec nous sur la filière semencière horticole au Sénégal », explique-t-il.

Dans un contexte où le pays cherche à consolider sa souveraineté alimentaire, le directeur scientifique insiste sur la nécessité de bâtir des synergies solides : « nous trouvons cette initiative très importante parce qu’en réalité nous avons besoin d’un cadre collaboratif dans la mise en œuvre de notre stratégie de souveraineté semencière. »

L’expertise néerlandaise au service de l’innovation

De son côté, Rogier Hekking, chef de mission adjoint à l’ambassade des Pays-Bas à Dakar, met en avant l’esprit de cette coopération. « Il s’agit d’une mission majeure que l’on peut résumer à travers quelques mots clés : innovation, partenariat gagnant-gagnant, expertise néerlandaise et co-création », affirme-t-il.

Cette approche repose sur une mobilisation coordonnée de plusieurs acteurs. « L’objectif est de réunir trois types d’acteurs néerlandais : le secteur privé, reconnu à l’échelle mondiale pour son expertise exceptionnelle, notamment dans le domaine des semences ; les institutions de savoir comme les universités et centres de recherche ; et enfin le secteur public », détaille-t-il.

En collaboration avec l’ISRA, il s’agit ainsi de « réfléchir de manière innovante à la co-construction d’une feuille de route capable d’accompagner le Sénégal dans son ambition de souveraineté alimentaire, notamment dans le domaine semencier ».

Vers des partenariats concrets et durables

Au-delà des échanges techniques, cette mission vise des retombées concrètes. Les discussions portent notamment sur l’identification d’opportunités de projets conjoints, le transfert de technologies et le renforcement des capacités des acteurs locaux.

Pour Saliou Ngom, les attentes sont claires. « Nous attendons un impact fort de cette collaboration. » Il rappelle que les Pays-Bas disposent d’une expertise reconnue dans la production de semences, un domaine dans lequel le Sénégal reste encore dépendant des importations. « Le Sénégal importe une grande quantité de semences de produits horticoles en provenance de ce pays, notamment pour la pomme de terre, avec des dépenses estimées entre 8 et 10 milliards de francs CFA », précise-t-il.

Face à ce constat, le partenariat apparaît comme un levier stratégique pour renforcer la production locale. « Collaborer avec eux, créer un cadre de partenariat, renforcer les liens entre nos institutions de recherche et les services de développement, mais aussi encourager la création d’entreprises locales spécialisées dans la production de semences, constituera un levier important pour booster notre production horticole », a-t-il soutenu.

Une filière horticole à fort potentiel économique

Le Sénégal affiche déjà des résultats encourageants dans certaines spéculations. « Le pays a atteint l’autosuffisance en production de pommes de terre, avec environ 450 000 tonnes produites, couvrant les besoins nationaux », indique Saliou Ngom. Toutefois, il reconnaît que « la dépendance en semences reste un défi majeur qu’il faudra corriger pour rendre la filière plus compétitive ».

Au-delà de la satisfaction de la demande nationale, les perspectives régionales sont également importantes. « Il existe des opportunités de marché aussi bien pour le Sénégal que pour la sous-région », souligne-t-il, insistant sur le potentiel d’exportation.

Des zones comme les Niayes offrent des conditions agroécologiques particulièrement favorables au développement de l’horticulture. Mais pour exploiter pleinement ce potentiel, certains investissements restent nécessaires, notamment dans les infrastructures de stockage et les unités de production de semences.

Une coopération appelée à s’inscrire dans la durée

Pour Rogier Hekking, cette mission marque avant tout le début d’un processus. « Nous sommes très satisfaits du lancement de cette initiative. Un volet B-to-B est également prévu, avec une dimension commerciale importante qui permettra de renforcer un partenariat réellement gagnant-gagnant », explique-t-il.

Il insiste également sur la nécessité de penser à long terme : « la question de la pérennité est essentielle. Cette mission ne constitue qu’un point de départ. » Si les Pays-Bas sont déjà présents dans le secteur horticole sénégalais, le domaine semencier reste encore largement à développer. « C’est précisément là qu’existe une grande opportunité de renforcer la collaboration », conclut-il.

En misant sur l’innovation, le transfert de technologies et la co-création, cette coopération entre le Sénégal et les Pays-Bas pourrait ainsi contribuer à transformer durablement le secteur agricole, en faisant du système semencier un pilier de la souveraineté alimentaire et du développement économique.

Moctar FICOU / VivAfrik


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