Du 19 au 22 octobre 2026, Abidjan accueillera la Conférence internationale de la mobilité durable et du climat. Au-delà des annonces technologiques, ce rendez-vous devra répondre à une question décisive : comment construire des systèmes de transport accessibles, finançables et adaptés aux réalités économiques et climatiques des villes africaines ?

Abidjan se prépare à devenir, pendant quatre jours, l’un des principaux centres de réflexion sur l’avenir des mobilités africaines.

La Conférence internationale de la mobilité durable et du climat 2026 — CIMDC 2026 — réunira collectivités, autorités publiques, entreprises, chercheurs, bailleurs, organisations de la société civile et porteurs de solutions autour des transformations nécessaires dans les villes africaines.

Coorganisée par CODATU, l’Autorité de la mobilité urbaine dans le Grand Abidjan — AMUGA — et Climate Chance, sous l’égide du ministère ivoirien des Transports, la rencontre ambitionne d’accueillir environ 1 500 participants provenant de plus de 40 pays. Son programme comprendra une conférence scientifique, deux journées d’ateliers et de plénières, un Pitch Corner consacré aux projets africains ainsi que des visites techniques. Programme officiel de la CIMDC 2026.

Une transformation urbaine sans précédent

L’enjeu dépasse largement l’organisation des transports. Il concerne la manière dont les villes africaines pourront continuer à fonctionner, créer des emplois et offrir un accès équitable aux services dans un contexte de croissance démographique rapide.

Selon les projections d’Africapolis, la population urbaine du continent devrait passer d’environ 700 millions à 1,4 milliard d’habitants entre 2020 et 2050. L’Afrique deviendrait alors le deuxième continent le plus urbanisé en nombre d’habitants, après l’Asie. Cette expansion imposera des choix majeurs en matière d’aménagement, d’infrastructures, de gouvernance et de financement. Africa’s Urbanisation Dynamics 2025.

La mobilité se trouve au centre de cette transformation. Un réseau de transport ne sert pas uniquement à déplacer des personnes : il détermine leur accès aux emplois, aux marchés, aux établissements de santé et à l’éducation. Il influence également la compétitivité des entreprises, l’organisation foncière, la qualité de l’air et les émissions de gaz à effet de serre.

Partir des réalités africaines

Le programme de la CIMDC s’articule autour de quatre axes : l’intégration de la mobilité et de l’urbanisme, la gouvernance et le financement, la mobilité durable face au changement climatique, et les innovations technologiques et sociales.

Cette architecture traduit une évolution importante. La mobilité durable en Afrique ne peut pas être réduite à l’importation de véhicules électriques, de métros ou de systèmes numériques conçus pour d’autres contextes.

Elle doit intégrer les transports artisanaux qui assurent quotidiennement une part essentielle des déplacements, les besoins des quartiers périphériques, les capacités financières limitées des collectivités et des usagers, ainsi que la vulnérabilité des infrastructures aux inondations, aux fortes chaleurs et à l’érosion côtière.

Plusieurs sessions doivent ainsi traiter de la modernisation et de la digitalisation du transport artisanal, de l’électromobilité et des filières locales, des systèmes de transport intelligents, de la gouvernance des données, de la logistique durable et du rôle des énergies renouvelables.

L’objectif ne devrait pas être de faire disparaître les opérateurs existants, mais de les intégrer progressivement dans des systèmes plus sûrs, mieux organisés et moins polluants, tout en préservant les emplois et l’accessibilité des tarifs.

Construire des filières plutôt qu’importer des solutions

L’électromobilité constitue l’un des sujets les plus attendus. Son développement peut contribuer à réduire la pollution atmosphérique et la dépendance aux carburants importés. Mais son impact dépendra de la provenance de l’électricité, du déploiement des infrastructures de recharge, du coût des véhicules et de la capacité des économies africaines à assurer leur maintenance.

La véritable question sera donc celle de la valeur créée localement. Les villes africaines resteront-elles de simples marchés pour des véhicules et technologies importés, ou pourront-elles développer des activités d’assemblage, de réparation, de gestion des batteries, de production d’énergie et de services numériques ?

La Banque mondiale considère que l’électromobilité peut améliorer les transports publics, réduire la dépendance aux combustibles importés et ouvrir de nouvelles possibilités dans les chaînes de valeur industrielles. Elle souligne néanmoins la nécessité de construire simultanément les infrastructures, les compétences et les mécanismes de financement. Banque mondiale – Mobilité et transports.

La question décisive du financement

Les ambitions techniques ne pourront produire de résultats sans modèles économiques soutenables. Les métros, BRT, réseaux de bus, infrastructures piétonnes et outils numériques exigent des investissements considérables, mais aussi des ressources durables pour leur exploitation et leur maintenance.

La CIMDC devra donc aller au-delà de l’identification des besoins. Elle devra aider à préciser la répartition des responsabilités entre États, collectivités, banques de développement, investisseurs privés et opérateurs.

Le Pitch Corner, ouvert aux projets africains jusqu’au 16 septembre, permettra à des initiatives dans l’adaptation urbaine, la transition énergétique et la biodiversité de présenter leurs solutions. Sa réussite dépendra toutefois de la capacité à transformer cette visibilité en partenariats, marchés, accompagnements techniques ou financements. Appel à contributions.

De la conférence à la Déclaration d’Abidjan

Les travaux doivent aboutir à une Déclaration d’Abidjan destinée à porter les priorités des acteurs non étatiques jusqu’aux discussions internationales, notamment dans la perspective de la COP31.

La portée de cette déclaration ne pourra cependant pas être mesurée uniquement à la force de ses formulations. Elle dépendra de la présence d’engagements identifiables, de mécanismes de financement, d’échéances et de responsabilités clairement attribuées.

Pour devenir un véritable tournant, la CIMDC 2026 devra produire davantage qu’une vision partagée. Elle devra faire émerger un portefeuille de solutions africaines crédibles, relier les porteurs de projets aux financeurs et aider les villes à passer de l’expérimentation à la transformation à grande échelle.

C’est à cette condition qu’Abidjan pourra contribuer à placer la mobilité durable non seulement dans l’agenda climatique africain, mais au cœur d’une nouvelle économie urbaine créatrice de valeur, d’emplois et de résilience.