À l’occasion de la cérémonie inaugurale de la 23ᵉ édition du Congrès international et de l’Exposition de l’Association africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), une voix africaine de premier plan s’est élevée pour appeler à une transformation profonde de la gestion du secteur de l’eau sur le continent. Le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dièye, également président du Conseil des ministres africains chargés de l’Eau (AMCOW) pour la période 2025-2027, a livré un message structurant en faveur d’une gouvernance continentale cohérente et concertée.
Prenant la parole devant les décideurs, experts et partenaires réunis pour ce grand rendez-vous sectoriel, le président de l’AMCOW a d’abord exprimé la reconnaissance du Sénégal et de l’institution qu’il dirige aux autorités camerounaises pour l’accueil de l’événement. Il a salué l’engagement politique ayant permis l’organisation du congrès, soulignant le rôle déterminant du leadership national dans la promotion des enjeux liés à l’eau et à l’assainissement.
Pour Dr Cheikh Tidiane Dièye, ce congrès constitue bien plus qu’un simple cadre d’échanges techniques. Il s’agit, selon lui, d’un espace stratégique où l’Afrique affirme sa capacité à porter un discours commun sur les grandes questions hydriques mondiales. Il a insisté sur la nécessité pour le continent de s’exprimer d’une seule voix, en s’appuyant sur ses compétences internes, la diversité de ses expériences nationales et la capacité de résilience de ses populations face aux crises multiples.
Les défis auxquels l’Afrique est confrontée ont été largement évoqués. Le président de l’AMCOW a mis en lumière les pressions croissantes exercées sur les ressources en eau par le changement climatique, la forte croissance démographique, l’urbanisation accélérée et la persistance de la pauvreté. Autant de facteurs qui, a-t-il souligné, fragilisent les systèmes d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement, rendant indispensable l’adoption de réponses structurantes, innovantes et durables.
À l’approche de l’échéance de 2030 fixée pour l’atteinte des Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 6 relatif à l’eau et à l’assainissement, le constat dressé est alarmant. Le dirigeant africain a reconnu que les progrès restent insuffisants et que l’accès universel demeure hors de portée pour de nombreux pays. Toutefois, il a rappelé que les attentes des populations africaines sont immenses et que l’eau potable et l’assainissement constituent des leviers essentiels de santé publique, de dignité humaine et de développement économique.
Face à cette situation, il a lancé un appel à une mobilisation collective de l’ensemble des parties prenantes. Gouvernements, collectivités territoriales, secteur privé, experts, partenaires techniques et financiers sont invités à conjuguer leurs efforts afin de réduire l’écart entre les engagements politiques et leur mise en œuvre effective sur le terrain.
Dans cette dynamique, Dr Cheikh Tidiane Dièye a mis en avant la Vision africaine de l’Eau à l’horizon 2063, adoptée à Dakar, qu’il considère comme un cadre de référence majeur. Alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, cette vision prône une approche intégrée de la gestion des ressources hydriques, le renforcement des mécanismes de financement, l’intégration de l’innovation technologique et du numérique, ainsi qu’une gouvernance plus performante et inclusive.
Selon le président de l’AMCOW, cette orientation stratégique marque un tournant décisif : l’Afrique entend désormais parler d’une seule voix sur les questions liées à l’eau et à l’assainissement, avec pour objectif ultime de garantir un accès équitable et durable à ces services essentiels pour tous.
Il a également souligné le rôle moteur du Sénégal dans cette dynamique continentale, rappelant l’engagement du pays en faveur d’une gestion moderne et solidaire des ressources en eau, notamment à travers les mécanismes de coopération sous-régionale comme l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG). Il a, en outre, évoqué l’importance de la diplomatie de l’eau portée par l’Afrique dans les instances internationales, en particulier lors de la Conférence des Nations Unies sur l’Eau, où le principe de l’eau comme bien public mondial a été fortement défendu.
Abordant la réalité sociale du continent, le président de l’AMCOW a rappelé l’ampleur des besoins, soulignant que des milliards de personnes restent privées d’un accès sécurisé à l’eau potable et à des systèmes d’assainissement adéquats. Pour lui, seule une action concertée et résolue permettra de répondre à cette urgence humanitaire et de renforcer la stabilité, la résilience climatique et le développement durable de l’Afrique.
Il a enfin insisté sur la complémentarité entre l’AMCOW et l’AAEA, estimant que le rapprochement entre expertise technique et décision politique constitue un levier essentiel pour transformer les ambitions en résultats concrets. Son intervention s’est conclue par un appel à faire de ce congrès un point de départ d’initiatives fortes, capables d’inscrire durablement l’eau et l’assainissement au cœur des priorités de développement du continent africain.
Moctar FICOU / VivAfrik


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