À Nairobi (Kenya), des responsables africains unissent leurs efforts autour d’une nouvelle vision des forêts

Comment préserver les espaces forestiers africains tout en les intégrant pleinement aux stratégies de croissance économique ? C’est autour de cette interrogation qu’un sommet de haut niveau se tient à Nairobi au Kenya depuis mardi 10 février et jusqu’au jeudi 12 février 2026. Des ministres et hauts responsables de plusieurs États du continent, notamment de la région du bassin du Congo — dont la République démocratique du Congo (RDC), le Gabon et la République du Congo — ainsi que du Cameroun et du Liberia, y participent.

Cette rencontre est marquée par le lancement d’un programme panafricain inédit baptisé Zámba Heritage, traduit comme « l’héritage forestier africain ». Cette initiative entend réunir jusqu’à 400 millions de dollars sur une période de dix ans, afin de promouvoir une gestion responsable des forêts et de renforcer leur contribution au développement économique. Autour de la table figurent des représentants du Kenya, du Cameroun, du Gabon, du Congo, du Liberia, de la Tanzanie, de la Zambie, du Zimbabwe et du Mozambique, engagés dans une réflexion commune sur l’avenir du patrimoine forestier du continent.

Un potentiel immense encore peu exploité

Les échanges mettent en lumière un déséquilibre largement partagé : le continent africain concentre environ 16 % des surfaces forestières mondiales, mais ne pèse que 2 à 4 % des échanges internationaux de produits issus du bois. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs contraintes structurelles, évoquées par les participants : insuffisance des infrastructures, difficultés logistiques, entraves à la circulation régionale des marchandises et, surtout, une industrie forestière encore dominée par l’exportation de grumes, avec une transformation locale très limitée.

Ainsi, alors même que la croissance démographique et l’urbanisation accélèrent la demande en matériaux de construction, nombre de pays africains continuent d’importer des produits finis fabriqués à partir de leurs propres ressources naturelles.

Zámba Heritage, une approche renouvelée

C’est pour corriger cette incohérence que Zámba Heritage, initiative portée par plusieurs gouvernements africains avec l’appui du Forest Stewardship Council (FSC), a été officiellement présentée à Nairobi. L’objectif est de dépasser une vision strictement conservatrice de la forêt pour en faire un secteur économique structuré, encadré et durable.

Le programme prévoit notamment d’appuyer la gestion responsable des massifs forestiers, la restauration des écosystèmes, mais aussi la transformation industrielle locale, la traçabilité des produits et l’accès à de nouveaux marchés. L’ambition est double : renforcer la protection des forêts tout en générant des emplois et des revenus, en particulier pour les communautés vivant à proximité de ces espaces.

Une complémentarité avec AFR100

Les discussions ont souvent fait référence à l’initiative AFR100, lancée en 2015, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées à l’horizon 2030. AFR100 privilégie avant tout des actions de reboisement, de régénération des paysages et d’agroforesterie, s’inscrivant principalement dans une démarche de réparation écologique.

Zámba Heritage adopte une perspective plus large. Au-delà de la restauration, le programme cherche à bâtir une véritable filière forestière africaine : accroître la transformation sur place, améliorer la valorisation des produits, stimuler les échanges intra-africains et rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs, tout en respectant des normes strictes de durabilité. Les deux démarches se veulent complémentaires, mais Zámba entend répondre directement au défi de la création de valeur ajoutée.

Le Cameroun face à un moment clé

Dans les pays du bassin du Congo, l’accent est mis sur l’amélioration de la gouvernance et le renforcement des systèmes de traçabilité. Le Cameroun, en particulier, se considère à une étape charnière. Son directeur des forêts, Jean-Daniel Mendomo Biang, évoque une phase décisive marquée par la nécessité de concilier industrialisation, engagements climatiques, attraction des investissements dans les plantations forestières et lutte contre l’exploitation illégale.

La certification apparaît également comme un levier stratégique, à la fois pour garantir l’origine légale et durable du bois, et pour accéder aux marchés les plus exigeants, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Des promesses attendues sur le terrain

Reste désormais à transformer ces orientations en actions concrètes. Une déclaration finale doit être adoptée jeudi, à l’issue des travaux. Elle dira si cette ambition de bâtir une économie forestière africaine durable est en mesure de dépasser le cadre des intentions pour se traduire par des résultats tangibles sur le terrain.

Moctar FICOU / VivAfrik


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