Dans la soirée du mardi 10 février 2026, aux environs de 19h30, le cyclone tropical d’une rare intensité, baptisé Gezani, a frappé de plein fouet la façade orientale de Madagascar. Le phénomène météorologique a touché directement Tamatave, principal port du pays et deuxième agglomération malgache. Au lever du jour ce mercredi 11 février 2026, la ville offre le visage d’un territoire profondément meurtri par la violence conjuguée des pluies torrentielles et des vents déchaînés.
Si le ciel s’est éclairci au matin, les conséquences de la tempête restent visibles partout. Les précipitations exceptionnelles et des rafales pouvant atteindre jusqu’à 270 km/h ont causé des dégâts considérables. « La situation est catastrophique, près de 90 % des habitations ont perdu leur toiture, totalement ou en partie », explique à RFI Rija Randrinarisoa, chef du service gestion des risques et catastrophes d’Action contre la faim, présent sur le terrain où les premières évaluations sont en cours.
Habitations éventrées, murs écroulés, pylônes électriques renversés, arbres déracinés et vastes zones inondées composent le décor décrit par les témoins. Même les constructions en dur n’ont pas été épargnées par la puissance du cyclone.
Pluies extrêmes et vents dévastateurs
Les fortes précipitations et les vents violents associés à Gezani, dont la vitesse a été mesurée entre 200 et 270 km/h près de l’œil du cyclone, ont laissé très peu de marge de protection aux habitants de la cité côtière.
Selon un premier rapport publié à 8 heures par le Bureau national de gestion des risques et catastrophes (BNGRC), neuf décès ont été enregistrés dans la zone d’impact, principalement dus à l’effondrement de bâtiments.
Les communications téléphoniques restent fortement perturbées, tandis que l’alimentation électrique est totalement interrompue depuis 15 heures mardi, compliquant davantage les opérations de secours et l’organisation de l’aide.
Une cellule de crise a été mise en place, réunissant les acteurs locaux et nationaux, en présence notamment du colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation, arrivé à Tamatave dès la veille. Les discussions portent sur les priorités humanitaires à mettre en œuvre pour soutenir une population traumatisée qui a perdu l’essentiel en quelques heures.
« La ville est méconnaissable »
« La ville est méconnaissable », confie un résident à RFI. Malgré les recommandations de rester confinés, de nombreux habitants se trouvent dans les rues. Les personnes âgées, visiblement sous le choc, s’installent sur les trottoirs, tandis que d’autres tentent de récupérer les tôles arrachées ou de sauver ce qui peut l’être des eaux montantes, notamment des biens et documents importants.
La circulation automobile est pour l’instant impossible, les axes étant obstrués par des arbres abattus, des débris urbains et divers matériaux. Le réseau téléphonique commence lentement à se rétablir, mais l’absence totale d’électricité depuis mardi après-midi demeure un obstacle majeur.
Durant la nuit, le BNGRC a reçu un afflux massif d’appels de détresse. Sur les plateformes numériques, de nombreux habitants ont également lancé des messages d’alerte, signalant qu’ils étaient piégés par la montée rapide des eaux.
Tamatave n’avait pas connu un cyclone d’une telle intensité depuis 2012. Un habitant a relaté à RFI une sensation physique extrême durant le passage de la tempête, évoquant une pression oppressante sur le corps et l’esprit, liée à la chute brutale de la pression atmosphérique.
Le cyclone s’affaiblit en progressant vers l’ouest
Au cours de la nuit, Gezani a perdu en intensité et a été reclassé en forte tempête tropicale. Il poursuit actuellement sa trajectoire vers l’ouest et se situe à environ 100 kilomètres d’Antananarivo. Les pluies soutenues qui ont arrosé la capitale durant la nuit font craindre des glissements de terrain, notamment l’effondrement de falaises dominant certains quartiers densément peuplés.
Les autorités redoutent particulièrement la situation dans la plaine d’Antananarivo, traversée par trois cours d’eau et fortement urbanisée. Les digues de cette zone avaient déjà été fragilisées par les fortes précipitations récentes et par le passage de la tempête Fitya il y a deux semaines.
Depuis ce matin, les pluies ont cessé mais des vents soutenus persistent. Trois régions restent placées en alerte rouge, indiquant un danger immédiat. Le système météorologique continue de perdre de la vigueur tout en avançant vers l’ouest et devrait atteindre le canal du Mozambique dans la soirée. Dans les cinq régions concernées par son passage, les activités sont suspendues et les établissements scolaires fermés.
Moctar FICOU / VivAfrik


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