La disponibilité de semences certifiées en quantité suffisante reste l’un des principaux défis de l’agriculture sénégalaise. C’est le constat qui a dominé les travaux de la réunion annuelle de bilan de la campagne semencière 2025 et de planification de la campagne 2026 de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), présidée ce mardi 14 juillet 2026 par le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikhou Oumar Ba.
Pour le ministre, cette rencontre dépasse le simple exercice de planification. Elle s’inscrit dans la vision du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et dans la mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, qui fait de la souveraineté alimentaire un levier majeur du développement économique du pays. « La souveraineté alimentaire de notre pays repose en grande partie sur notre capacité collective à produire, multiplier et mettre à disposition des producteurs des semences certifiées de qualité, adaptées aux défis climatiques et à haute productivité », a-t-il rappelé.
Cette ambition a conduit le gouvernement à ériger la reconstitution du capital semencier en priorité nationale. Une orientation qui s’appuie sur plusieurs documents stratégiques, notamment la Vision Sénégal 2050, la Stratégie nationale de développement (SND 2025-2029), la Lettre de politique sectorielle de développement de l’agriculture et de l’élevage (LPSAE 2025-2029) ainsi que la future Stratégie nationale de souveraineté semencière 2026-2035.
Un système semencier encore confronté à plusieurs contraintes
Si les performances enregistrées ces dernières années sont encourageantes, le système semencier national reste confronté à de nombreux défis. Les échanges ont mis en évidence les effets de la variabilité climatique sur les cycles de multiplication, les contraintes de financement, le déficit d’infrastructures de production et de conservation, ainsi que les besoins en équipements modernes et en ressources humaines qualifiées.
À ces difficultés s’ajoutent la nécessité de mieux valoriser les innovations issues de la recherche, de renforcer le contrôle et la certification des semences, mais aussi d’accroître l’implication du secteur privé dans la production, la distribution et la commercialisation des semences certifiées.
Selon Dr Cheikhou Oumar Ba, la réponse passe par la mise en place d’un système semencier « plus intégré, plus performant et plus résilient », fondé sur une meilleure coordination entre les chercheurs, les services de certification, les producteurs semenciers, les interprofessions, les partenaires techniques et financiers ainsi que les opérateurs privés.
Des résultats encourageants, mais insuffisants
Le ministre a néanmoins salué les performances réalisées par l’ISRA au cours de l’année 2025. L’institut a poursuivi son travail de sélection variétale et de production de semences prébase destinées aux multiplicateurs.
Les résultats présentés témoignent des progrès accomplis : près de 49 800 kilogrammes de semences prébase (G0 à G3) ont été produits durant l’hivernage, auxquels s’ajoutent plus de 102 000 kilogrammes obtenus en contre-saison chaude. Grâce à l’accompagnement technique et financier de l’ISRA à travers les contrats tripartites conclus avec la Direction de l’Agriculture et les multiplicateurs privés, plus de 572 tonnes de semences d’arachide (base et R1) ont également été produites.
Pour autant, le ministre estime que ces performances ne doivent pas masquer les efforts restant à accomplir. Elles constituent avant tout des indicateurs permettant d’évaluer la progression du pays vers son objectif de couvrir intégralement les besoins nationaux en semences certifiées d’ici à 2029 pour l’arachide, le niébé et les principales céréales.
« Chaque campagne doit nous permettre de mesurer le déficit restant à combler, d’identifier les volumes supplémentaires à produire et les leviers à activer pour accélérer notre progression », a-t-il insisté, appelant à faire de la culture du résultat un principe de gouvernance.
Une feuille de route pour lever les goulots d’étranglement
Le ministre a invité les responsables de l’ISRA à profiter de cette rencontre pour dresser un diagnostic sans complaisance des difficultés rencontrées afin d’apporter des réponses concrètes. Il a notamment demandé la présentation d’un état précis des réalisations de 2025, l’identification des contraintes techniques et financières, la validation des plans de production pour l’hivernage et les contre-saisons 2026, ainsi que l’évaluation des besoins budgétaires, en particulier pour assurer un financement durable des sélectionneurs.
Il a également plaidé pour la mise en place d’un comité permanent de suivi et de supervision des activités semencières, doté d’un mandat clair et d’un calendrier opérationnel.
Réaffirmant l’engagement de l’État, Dr Cheikhou Oumar Bâ a annoncé que le gouvernement entend inscrire, dès la Loi de finances 2027, une ligne budgétaire pérenne dédiée aux sélectionneurs de l’ISRA, tout en accélérant la signature des contrats d’objectifs et de performance et la mobilisation des partenaires techniques et financiers.
« La souveraineté semencière n’est pas une option. Elle constitue une condition essentielle de notre souveraineté alimentaire et du développement durable de notre agriculture », a conclu le ministre, appelant l’ensemble des acteurs de la filière à transformer cette réunion en un véritable cadre d’engagement collectif pour préparer la campagne semencière 2026.
Moctar FICOU / VivAfrik


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