Henry Neufeldt : « Le charbon est l’une des ressources les plus commercialisées en Afrique subsaharienne »

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Selon des experts à la conférence scientifique internationale « Notre avenir commun face au changement climatique », tenue à l’Unesco à Paris au début du mois, l’Afrique dépendra encore pour longtemps du bois et du charbon comme sources d’énergie pour la cuisson.

« Le charbon est l’une des ressources les plus commercialisées en Afrique subsaharienne », a déclaré Henry Neufeldt, du World Agroforestry Center.

« Un nombre important d’acteurs interviennent à différentes étapes de la chaîne de valeur, depuis la production en milieu rural jusqu’à la distribution en ville », souligne-t-il.

La filière à elle seule génèrera, sur le continent, près de 12 milliards de dollars de revenu total, avec plus 12 millions d’emplois à l’horizon de 2030, contre 8 milliards de dollars et 7 millions en 2007.

La demande dans le secteur sera grandissante et l’avènement d’autres sources d’énergie modifiera de peu les tendances.

Une étude menée au Ghana en 2013 montre que l’accès de plus en plus marqué des ménages au gaz liquide fait baisser de façon significative l’usage du bois de chauffe.

En revanche, la courbe de consommation reste croissante pour le charbon.

“Les pays en développement contribueront davantage aux émissions de CO2, cause du réchauffement climatique d’origine anthropique, si leurs gouvernements ne changent pas de politiques.”

Frank Geels
Université de Manchester

L’Afrique de l’Est, avec un volume annuel avoisinant les 14 millions de tonnes en 2012, s’arroge le titre de plus grand producteur sur l’ensemble du continent.

Elle est suivie par l’Afrique de l’Ouest, dont la capacité annuelle est estimée à plus de 10 millions de tonnes pour la même période.

Celles de l’Afrique australe, de l’Afrique centrale et de l’Afrique du Nord confondues totalisent près de 8 millions de tonnes.

Les énergies renouvelables s’inviteront dans les mœurs, selon les données fournies par les chercheurs.

Si les proportions de l’hydroélectricité, du solaire et du gaz sur le total du mix énergétique vers 2040 sont estimées à 61 %, celle du charbon se situerait à 22 % contre 45 % pour un total de 90 gigawatts en 2012.

Trois décennies seront donc insuffisantes pour faire disparaître les activités polluantes classiques des pauvres au profit de l’efficience énergétique.

« Les pays en développement contribueront davantage aux émissions de CO2, cause du réchauffement climatique d’origine anthropique, si leurs gouvernements ne changent pas de politiques », fait pour sa part observer Frank Geels, de l’Université de Manchester, au Royaume-Uni.

La forêt et la biodiversité, investies de fonctions éminemment vitales pour la planète entière, payeront entre temps le prix fort de l’inamovible carbonisation qui s’incruste solidement dans les mœurs en provoquant par moments des maladies pour les humains.

Des chercheurs à Madagascar, par exemple, rendent compte de la place importante occupée par la forêt naturelle dans la production de bois énergie et de charbon de l’île.

Henry Neufeldt met toutefois l’accent sur la considération en profondeur de l’usage de l’énergie tirée du bois en Afrique.

Elle demeure le gage de durabilité rationnelle de la filière charbon sur tout le continent.

Elle doit, de l’avis du chercheur, comprendre une sérieuse prise en compte des systèmes de valeurs des Africains.

Le plus grand défi pour la biomasse dans ce contexte est qu’elle remet au goût du jour la réputation du bois énergie et du charbon comme combustibles les plus appropriés pour l’Afrique.

« Le système de cuisson a été amplement décrypté et de très bonnes informations sont disponibles à ce sujet. Les résultats manquent toutefois de concordance et la prise de décision en vue de promouvoir la bioénergie à base d’arbre s’appuie rarement sur les évidences scientifiques », fait remarquer Henry Neufeldt.

scidev.net

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