COP 21 et RSE – Madagascar, référence francophone de l’économie durable

0

Pour la première fois de son histoire, Madagascar accueillera en novembre 2016, le XVIe sommet de la Francophonie.

Quelles seront les retombées concrètes de cette rencontre sur la vie des Malgaches ?

Lors de la plénière d’ouverture des activités du vingtième anniversaire du décret de Mise en Compatibilité des Investissements avec l’Environnement (MECIE), organisées du 5 au 7 novembre à Antananarivo (Tana) par l’Office National pour l’Environnement, l’Institut Afrique RSE a proposé aux Autorités Malgaches et aux parties prenantes de positionner Madagascar, comme l’une des références francophones de l’économie durable.

La Responsabilité Sociétale des Entreprises et l’économie verte inclusive seraient les deux piliers de cette économie durable.

En matière de RSE, le séjour à Tana a permis d’apprécier les nombreuses initiatives et mesurer l’engagement des parties prenantes malgaches.

Pendant son discours d’inauguration de la rencontre, S.E. Ralava BEBOARIMISA, Ministre de l’Environnement, de l’Ecologie, de la Mer et des Forêts a rappelé la volonté du Gouvernement de soutenir la dynamique de RSE à Madagascar.

Pendant les travaux Juliard RAKOTOMALALA, Directeur de Développement du Partenariat Ecologique dudit Ministère a précisé les contours du rôle de l’Etat en matière de RSE : Promotion de la Responsabilité Sociétale à partir du Service de Développement du Partenariat avec le Secteur Privé, encadrement avec une législation incitative et valorisation grâce à la labellisation.

« La RSE devrait être envisagée comme une véritable politique ou une culture entrepreneuriale mettant en avant le principe de la gouvernance saine et équitable ». Les organisations malgaches gagneraient à mettre en œuvre cette suggestion du visionnaire Jean Chrysostome RAKOTOARY, Directeur Général de l’Office National de l’Environnement et cheville ouvrière de la rencontre sur la RSE.

A l’instar de Lafarge-Holcim, Rio Tinto QMM et du méga projet minier AMBATOVY qui ont présenté leurs initiatives lors du forum, les entreprises malgaches devraient soutenir et accompagner le développement durable de l’Ile dans le cadre d’une économie partagée et inclusive.

Pas de RSE sans société civile. En plus des ONG et des représentants des communautés locales, les experts sont indispensables.

Grâce à son article « Semer un futur responsable : le défi africain », il a été lauréat du concours lancé en 2010 par l’ISO lors de la publication de la norme ISO 26 000 sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises. José RAKOTOMANJAKA va continuer à enrichir les réflexions sur la RSE à Madagascar.

De retour de Tana, quatre rencontres ont profondément marqué notre séjour.

Avec S. E. Valérien LALAHARISAINA, Ministre auprès de la Présidence chargé des Mines et du Pétrole, nous avons brièvement échangé sur l’importance d’une politique publique de RSE pour les industries extractives. Ce secteur d’activité peut servir de tremplin pour le développement durable de l’Ile.

Nous avons été très agréable surpris par l’entretien avec le Général de Division RABEHARINDRANTO Samitiana, Directeur Général de la Planification et des Opérations au Ministère de la Défense Nationale.

Oui mon Général une démarche RSE ambitieuse de l’armée serait une référence mondiale et permettrait de rapprocher l’armée malgache de la population.

Afin d’atteindre cet objectif, nous devons mener des opérations commandos sur la RSE avec les forces spéciales pour chaque question centrale.

Pour les renseignements stratégiques nécessaires au déclenchement des opérations, nous sommes à vos ordres mon Général et attendons le feu vert pour passer à l’action.

C’est avec le Directeur Général Olivier CUA, comme guide, que nous avons visité l’immense entreprise textile EPSILON. La modestie de ce dirigeant exemplaire contraste avec ses nombreuses initiatives RSE.

Les échanges avec Michaël RANDRIAMANIRAKA, Directeur Général de AEQUO, ont permis une meilleure compréhension de la culture et de l’histoire malgaches notamment lors de la visite du Palais de la Reine et celui du Roi.

Que ce soit à Madagascar ou en Afrique, l’IA-RSE aura désormais besoin de l’éclairage de cet anthropologue exceptionnel lors de l’analyse de la RSE dans le contexte africain au regard de la culture et l’histoire.

Du haut des 12 collines qui entourent Tana, un engagement de l’ensemble des parties prenantes sur les 7 questions centrales, en s’orientant vers le Nord-Ouest, ferait de Madagascar l’une des références francophones de la RSE.

D’autant que les enjeux sociaux et environnementaux, très importants, rappellent l’urgence de l’action.

Dans un dossier intitulé Madagascar, terminus des cyclones, le journal Le Monde revient sur le contexte : Intensification des tempêtes, allongement de la durée de la sécheresse, disparition de la mangrove, dégradation du récif et des sols…la Grande île est un concentré des dérèglements climatiques. Une injustice de plus pour ce pays parmi les plus pauvres de la planète.

Le PIB est de 440 USD/habitant, en dessous de la moyenne des pays pauvres subsahariens.

Environ 91 % des ménages sont classés pauvres sur la base de 2 dollars par jour, avec un indice de pauvreté de 36,1.

Dans le cadre de sa Contribution Prévue Déterminée au niveau National (CPDN), il est rappelé que les émissions nationales de Gaz à Effet de Serre (GES) représentent 0,2 % des émissions mondiales en 2000, et Madagascar est un pays non émetteur.

En effet, il a été un puits net de 13 téqCO2/habitant en 2000, et de 3 tonnes en 2010.

Malgré sa très faible responsabilité en termes d’émission de Gaz à Effet de Serre, l’ambition du pays est de réduire ses émissions de GES de l’ordre de 30 MtéqCO2 à l’horizon 2030 par rapport au scénario de référence « Business as Usual ».

Les coûts associés à la mise en œuvre des actions de la CPDN de Madagascar sont estimés à 42 milliards de dollars répartis de la manière suivante : 28,7 milliards de dollars pour l’adaptation, 6,3 pour l’atténuation, 1,7 pour le renforcement des capacités et enfin 5,2 pour le transfert de technologies.

Dans le domaine de l’énergie, la biodiversité, l’agriculture et les déchets, l’Ile a déjà identifié les projets principaux à mettre en œuvre.

Lors de la COP 21, les Francophones gagneraient à positionner Madagascar comme leur priorité en matière de lutte contre le changement climatique et à accompagner le pays dans sa stratégie d’économie verte inclusive.

A l’heure où la Francophonie cherche son centre de gravité économique, elle pourrait faire de Madagascar le territoire par excellence de l’expertise et de l’investissement francophones qui assurent développement économique, préservation de l’environnement, gestion durable des ressources et inclusion sociale.

Les Renault 4 et 5 qui inondent Tana pourraient être les symboles de ce changement structurel.

Thierry TENE, Associé et Directeur de l’Institut Afrique RSE