Ministres à la COP21 : « Certains ne comprennent pas vite… »

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A la conférence de Paris sur le climat, les politiques se sont emparés du texte à peaufiner. Les vrais choix se font maintenant, mais l’exercice reste délicat pour des ministres pas toujours bien formés.

C’est un peu le principe de la course de relais. Au cours de la première semaine de la COP21, les armées de négociateurs envoyés par les 195 pays ont élaboré un texte brut et bancal qu’ils ont refilé au cours du week-end aux ministres. A ces derniers de le faire aboutir, selon des modalités qui échappent désormais aux arguties diplomatiques et sont clairement politiques, rapporte Tempsreel.nouvelobs.com, parcourus par Vivafrik.com.

C’est peu de dire qu’il leur reste du pain sur la planche ! Car le texte d’une vingtaine de pages dont ils héritent est encore tout hérissé d' »options » – donc de choix à déterminer – et de crochets, entre lesquels on place les termes ou verbes qui n’ont pas fait l’unanimité.

Le travail de décantation ministériel n’exige plus d’affiner les choix, mais de les affirmer. En clair, de trancher. Si, par exemple, un ministre accepte la formulation : « L’Etat doit… », il accepte de facto d’endosser une obligation contraignante. S’il n’a pas envie d’engager son pays plus avant, il devra se battre pour conserver un frileux « L’Etat devrait… »

Ricanements

Dans les arcanes des négociateurs de la COP21, l’heure est un peu aux ricanements. Car, comme l’explique l’un d’entre eux :

Certains de ces membres éminents du corps diplomatique regardent avec condescendance les politiques débarquer avec leurs gros sabots. »

En effet, il arrive fréquemment que lesdits ministres (de l’Environnement, de l’Energie ou des Affaires étrangères, selon  le choix du pays qui les mandate) n’aient pas hérités d’un maroquin pour leurs compétences ou leur goût pour les dossiers ardus, mais parce qu’ils appartiennent à tel parti de coalition. Ou, plus prosaïquement, parce qu’ils font bien dans le tableau sans faire de l’ombre au chef de l’exécutif…

Les diplomates, rodés aux négociations diplomatiques – certains y travaillent depuis une décennie – suent un peu pour expliquer les subtilités des textes à ces ministres-là. Disons qu’ils ne comprennent pas tout très vite… »

Certains ministres se sont, par exemple, étonnés de voir trois hashtags envahir le texte qu’on leur a fourni. Il fallu leur expliquer que ces bidules remplacent « INDC » (qui désignent les engagements de chaque pays), des termes qui provoquaient une telle nausée chez les les négociateurs à force d’avoir été répétés qu’ils les ont transformés en « ### ». Pas facile d’expliquer cette private joke, très humour-de-diplomate (ça existe) aux politiques qui débarquaient.

C’est que les logiques des diplomates (donner sa peau pour sauver la moindre virgule, quitte à laisser un texte impraticable) n’est pas celle des ministres (briller dans les médias ou à défaut, ne pas avoir donné l’impression de s’agenouiller devant les injonctions des Nations Unies). Alix Mazounie, de l’ONG Réseau Action Climat France :

Certains sont clairement déconnectés des enjeux. Quand c’est le ministre des Mines qui a été envoyé par son pays, je vous laisse imaginer quelle est son ouverture face aux efforts à fournir ! »

Et de fait, lors des réunions, des ministres font surtout preuve de leur extraordinaire capacité à faire traîner en longueur les débats. C’est fait exprès. Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas-Hulot, explique :

Chaque pays a le droit de s’exprimer autant qu’il le souhaite, mais certains confisquent le micro pour faire perdre du temps à tout le monde. La très incisive représentante du Venezuela, pays pétrolier qui n’a aucune envie de voir son modèle économique remis en cause à Paris, est passée experte dans l’art de souligner tous les problèmes de méthode, aussi minuscules soient-ils. Elle finit par faire rire tout le monde car lorsqu’elle prend la parole pour la énième fois, elle dit au coprésident : ‘Ne stressez pas !’' »

Quant à l’émissaire de l’Arabie Saoudite, autre pays pétrolier de très mauvaise volonté, il a, dit-on, parlé trois à quatre fois plus que tous les dirigeants européens réunis ! Il en arrive encore à nier la nécessité de parvenir à un accord où le réchauffement n’excéderait pas 1,5°C car, dit-il, tous les climatologues ne sont pas d’accord – argument éculé, mais qui permet de faire perdre quelques précieuses minutes.

Plus de « sauveurs »

Pour autant, Matthieu Orphelin se refuse à regarder les ministres de haut :

En général, ils comprennent très bien les textes qu’on leur soumet et savent parfaitement  dans quelle direction leur pays va s’engager. Et pour la première fois dans une COP, leur rôle est crucial : ils ne peuvent plus s’abriter derrière les décisions de leurs chefs d’Etat. »

En effet, l’équipe française hôte de cette COP a changé le calendrier – peut-être pour le meilleur. Auparavant, les chefs d’Etat surgissaient dans les derniers jours de la Conférence, avec l’image de « sauveurs » du traité. Cette fois, ils ont parlé à l’ouverture et ne reviendront plus. Les ministres ne peuvent plus se défausser.

Par Saër SY