Sénégal – Environnement : Nioro veut muer les contraintes d’érosion hydrique et du ravinement aux atouts pour le développement durable

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La commune de Nioro du Rip fait face à un véritable défi environnemental : l’érosion hydrique et le ravinement. Nombreuses sont les initiatives prises pour régler ce problème écologique, mais jusqu’à présent rien n’est encore fait. Pour Abdoulaye Bâ, maire de la commune, il est possible de transformer cette grosse contrainte en atout pour le développement durable de Nioro du Rip, croit-il savoir dans lesoleil.sn de ce lundi et visité par vivafrik.com.

Nioro du Rip, ancienne capitale du Rip-Badibou médiéval, alors province autonome de l’Empire du Mali, s’appelait Paos Dimba. Aujourd’hui, Nioro est une petite ville d’environ 21.000 habitants, située à 247 km au Sud de Dakar et à 55 km au Sud-Est de Kaolack. Ville carrefour, Nioro du Rip est traversée en longueur par la RN 4 dite transgambienne qui la relie à Farafenni, première localité gambienne distante de 28 km. La ville se trouve dans le bassin versant du « Rip Baobolong », un affluent du fleuve Gambie, qui abrite la partie orientale de la ville. La commune de Nioro du Rip s’étend sur 344 ha. Depuis plusieurs années, elle fait face à deux phénomènes environnementaux majeurs : l’érosion hydrique et le ravinement. Lesquels sont à l’origine, selon Abdoulaye Bâ, maire de Nioro, « de pertes énormes en termes de terres arables, d’infrastructures, de maisons ». « Sauver Nioro du Rip de l’érosion hydrique et du ravinement est une préoccupation majeure largement partagée par les populations, les autorités locales ainsi que les décideurs », écrit le maire de Nioro du Rip, Abdoulaye Bâ, dans un document de plaidoyer intitulé « Erosion hydrique et ravinement à Nioro : enjeux et défis pour un développement durable ».
Ce rapport est conçu par le Pr Soulèye Wade, un natif de Nioro, de l’Institut des sciences de la terre (Ist) de l’Université Cheikh Anta Diop. « Le document vise, selon son concepteur, à mettre en exergue les défis environnementaux majeurs auxquels la ville de Nioro du Rip et ses populations sont confrontées dans un contexte de changement climatique exacerbé ». Il s’agit de l’érosion hydrique et du ravinement associés qui occasionnent du même coup la perte d’importants volumes d’eaux pluviales qui se jettent par ruissellement dans le bassin du Baobolong. Pour le Pr Soulèye Wade, cette grosse contrainte pourrait être transformée en atout pour le développement durable de Nioro du Rip. « Il suffit, à son avis, de mettre en œuvre un système de canalisation afin de protéger la ville et de mobiliser les ressources hydriques pour l’agriculture, l’élevage et la pisciculture ». Malheureusement, regrette le maire de Nioro, « rien n’a été exécuté dans le Plan directeur d’assainissement de Nioro couvrant la période 2001-2015 ». Abdoulaye Bâ, qui fait constater que Nioro est la seule ville au monde scindée en deux à cause du ravinement, déclare : «l’Etat n’a pas la volonté de régler ce problème. C’est inacceptable pour une ville historique qui a besoin de plus de considération». Pour qu’une solution soit trouvée, M. Bâ a, soutient-il, relancé le combat « en cherchant d’autres partenaires » dès son arrivée à la tête de la mairie.

Des solutions techniques durables préconisées

Lors du lancement des travaux de réhabilitation de la Transcôtière africaine Dinguiraye-Nioro-Keur Ayib, le maire de Nioro du Rip avait fait observer au président de la République, Macky Sall, que le principal défi auquel les populations du département restent confrontées est relatif à « l’extraordinaire processus de ravinement ». « Ce fléau menace les communes de Ngayène, de Paos Koto, de Porokhane, de Keur Maba Diakhou, de Wack Ngouna, de Kaymor et plus particulièrement de la commune de Nioro », a-t-il alerté, soulignant que « le département de Nioro n’a pas de problèmes d’inondation, mais de ravinement». Selon Abdoulaye Bâ, cette question est « trop sérieuse pour être laissée aux seules mains des populations ». C’est pourquoi, a-t-il insisté, « elles vous lancent un vibrant appel pour que les préoccupations environnementales de notre département soient considérées avec la plus grande attention ». Il a même souhaité que « ces préoccupations soient érigées en priorité nationale, conformément à la résolution issue des concertations citoyennes du département en octobre 2008 ».
Des solutions techniques durables ont été envisagées. Il s’agit, énumère l’édile de Nioro, « du renforcement et du dimensionnement des ouvrages hydrauliques de la ville, avec comme objectif de faire transiter les débits exceptionnels ; de la création de bassins d’orage sur tous les axes hydrauliques en amont de la ville pour niveler les crues et de l’érection de retenues collinaires en amont de la ville, pour assurer un bon stockage des eaux de ruissellement pour une utilisation en saison sèche ».
Pour mettre en œuvre ces solutions, souligne M. Bâ, la collectivité locale a besoin d’un financement estimé sur la base de 4 km de réseaux de drainage et 200 ha de terres aménagées, à 2,04 milliards de FCfa.

Nioro parmi les cinq communes ayant présenté leurs projets de plaidoyer lors du séminaire international sur le climat à Dakar

Selon le maire de Nioro, le Pr Soulèye Wade a présenté son document de plaidoyer lors du séminaire international sur le climat qui s’est déroulé à Dakar du 11 au 13 septembre 2015 avec l’Association internationale des maires francophones (Aimf). Seules cinq communes ont eu à se livrer à cet exercice. Il s’agit, précise-t-il, des mairies de Ziguinchor, de Guédiawaye, de Djiolor, de Saint-Louis et de Nioro du Rip. « Lors de la présentation du projet de la commune de Nioro du Rip, des partenaires comme l’Union mondiale pour la protection de la nature (Uicn) ont manifesté leur intérêt. Nous espérons que les bailleurs de fonds vont nous aider à résoudre ce problème », a-t-il lancé. Abdoulaye Bâ est convaincu que les problèmes environnementaux auxquels fait face la commune de Nioro peuvent être transformés en opportunités. « Par exemple, avance-t-il, toutes les eaux de ruissellements peuvent être récupérées au bénéfice de l’agriculture ».

Moctar FICOU / VivAfrik

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