L’ampleur actuelle de El Niño rappelle les désastres causés en 1998

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Cette année, l’épisode climatique risque d’être aussi catastrophique que celui de 1997-1998, qui avait fait 22.000 victimes et 33 milliards de dollars de pertes économiques, se souviennent nos confrères de lefigaro.fr de ce jeudi et parcouru par vivafrik.com.​

Un phénomène climatique naturel

Synonyme d’inondations et de sécheresses record sur une grande partie du globe, El Niño est, à l’origine, un courant océanique. El Niño, «l’enfant Jésus» au sens littéral du terme, désigne, à l’origine, un courant côtier saisonnier chaud au large du Pérou et de l’Équateur mettant fin à la saison de pêche. «Lors des périodes normales, les vents d’Est – les alizés – repoussent les eaux chaudes de l’Amérique du Sud vers l’Océanie. Des eaux froides remontent alors le long des côtes du Chili et stabilisent la masse d’air», explique Cyrille Duchesne, météorologue pour Météo consult. «Lorsque les alizés faiblissent, les eaux se réchauffent sur la partie Est du Pacifique. Une inversion des courants s’opère alors. D’un côté, les eaux chaudes s’évaporent et forment des cumulonimbus porteurs de fortes pluies orageuses qui vont se déverser sur une partie de l’Amérique du Sud. A l’inverse, de l’autre côté du Pacifique, les eaux plus froides entraînent une plus grande stabilité des masses d’air».
Résultat : les moussons sont retardées dans certaines parties du globe, ce qui entraîne de fortes sécheresses et des feux de forêts.

Des conséquences dévastatrices

Certaines parties de la planète connaissent des inondations sans précèdent tandis que d’autres vivent d’intenses sécheresses.  Les effets d’El Niño dépassent la région pacifique et ce phénomène «a une conséquence à l’échelle planétaire», explique Jean Jouzel, ancien vice-président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. El Niño provoque de nombreux bouleversements climatiques car les océans et l’atmosphère sont en continuelle interaction. Le phénomène est ainsi à l’origine des anomalies du vent. En période d’épisode intense, les typhons sont déroutés de leurs trajectoires habituelles, les pluies tropicales et les moussons sont retardées. Aux latitudes tempérées, les effets sont les plus importants en hiver : les températures ont tendance à être plus élevées que la moyenne.

 Des épisodes cycliques

D’après l’indice d’oscillation austral, qui prend en compte les anomalies de la pression à Tahiti et à Darwin (Tahiti représente les hautes pressions subtropicales de l’est du Pacifique et Darwin les basses pressions équatoriales du nord de l’océan Indien et de l’Indonésie), les épisodes apparaissent tous les 2 à 7 ans. Leur durée est de 12 à 18 mois.

2016, la planète se prépare au pire

Les anomalies météorologiques provoquées par El Niño devraient se poursuivre au moins jusqu’au printemps.

Un lien avec le réchauffement climatique​.

 El Niño exacerbe le processus de réchauffement climatique en participant à la hausse des températures, affirment de concert les météorologues. «El Niño et le changement climatique provoqué par l’homme peuvent interagir et influer l’un sur l’autre de manière totalement inédite», estime ainsi Michel Jarraud, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale. «El Niño peut accentuer des tendances climatiques qui apparaissent déjà du fait du réchauffement. De même, le réchauffement climatique renforce l’impact d’El Niño», ajoute l’ONG Oxfam. Au Paraguay, en Argentine, au Brésil et en Uruguay, les excédents de pluie ont entraîné des glissements de terrain et des inondations. Près de 170.000 personnes ont dû être évacuées.  Aux États-Unis, des tornades ont fait des dizaines de victimes depuis le 26 décembre. De fortes pluies se sont également abattues dans le sud de la Californie, causant par endroits inondations et coulées de boue. Sur la côte Est américaine, les températures sont particulièrement douces, comme à New-York où il a fait plus de 20°C en décembre. Au Canada aussi, l’hiver est  particulièrement clément tout comme au pôle Nord où les températures ont dépassé la barre de 0°C en janvier, plus de 20 degrés au-dessus des normales de saison. En Indonésie, le climat sec et chaud exacerbé par El Niño depuis le mois de novembre provoque des feux de forêts et de la fumée toxique à cause des incendies.

Des prévisions alarmantes pour 2016

Les experts prévoient des inondations sans précédent et d’importantes sécheresses, préjudiciables aux récoltes et source d’insécurité alimentaire. Cette année, toute la région bordant le Pacifique, la zone tropicale et la zone équatoriale, va être le théâtre d’évènements climatiques extrêmes. De fortes précipitations sont à prévoir dans le Sud et l’Est des États-Unis et sur la côte Est de l’Amérique du Sud. «Le trimestre devrait être humide sur le Mexique et le sud des États-Unis d’une part et sur l’extrême sud du Brésil, l’Uruguay, et l’Argentine d’autre part, indique Météo France. Des pluies excédentaires sont également attendues sur l’Est de l’Afrique, indique les météorologues.

Toute la région bordant le Pacifique va être le théâtre d’évènements climatiques extrêmes

A l’inverse, d’importantes sécheresses devraient s’abattre dans le Sud de l’Afrique, en Inde, en Australie et en Indonésie. L’Asie du Sud, l’Australie et le Sud de l’Amazonie, sont également exposées à «un très fort risque d’incendies pour 2016», précise une agence de la Nasa. Dans les régions qui ne touchent pas directement le Pacifique, comme l’Europe, la péninsule arabique ou la Russie, les liens avec El Niño sont moins directs. L’Europe du Nord devrait toutefois connaître d‘importantes précipitations et l’inverse devrait se produire sur l’Afrique du Nord et la Méditerranée, souligne Météo France. Les météorologues tablent par ailleurs sur une hausse générale des températures dans ces zones.

Dix millions de personnes touchées par la malnutrition

 De l’Inde aux Philippines, les récoltes de riz sont menacées. La récolte de café en Indonésie pourrait baisser de 10%, celle d’arabica au Brésil sera la plus faible depuis six ans. La culture de maïs dans le Sud de l’Afrique est également en danger. Ainsi, l’ONG Oxfam, qui qualifie l’épisode El Niño actuel «de crise de dimension mondiale», estime que les conséquences risquent d’être «tragiques».

« Les plus vulnérables, les enfants des pays pauvres, vont être les plus touchés »

 Selon elle, au moins dix millions de personnes sont ou vont être confrontées à des problèmes de malnutrition. Le Pam (Programme alimentaire mondial) des Nations Unies estime quant à lui à 14 millions le nombre d’individus qui pourraient souffrir de famine cette année, principalement dans le Sud de l’Afrique. Au total, El Niño pourrait affecter quelque 60 millions de personnes, surtout dans les régions tropicales, alerte de son côté l’Organisation mondial de la santé (Oms). Les plus vulnérables, les enfants des pays pauvres, vont être les plus touchés. Les organisations appellent ainsi à un «soutien international urgent» pour aider les pays les plus menacés : la Somalie, le Kenya, le Tchad, la Tanzanie, le Nicaragua, le Honduras et le Pérou. L’Ethiopie devrait également faire face à une «situation d’urgence majeure» jusqu’en juin 2016. Le Soudan du Sud, le Zimbabwe pourraient également être touchés par un manque de pluies et des problèmes «d’insécurités alimentaires». La Papouasie-Nouvelle-Guinée est aussi particulièrement concernée par ces risques, indique Oxfam. Pour prévenir les conséquences dans les sept pays les plus à risque, 76 millions de dollars seront nécessaires, affirme l’Oms. Le courant El Niño «est notre plus grande préoccupation actuellement», a souligné Rick Brennan, directeur de la gestion des risques d’urgence à l’Organisation mondiale de la santé Oms.

2016, une situation comparable à 1998

L’épisode historique de 1997/1998 a fait 22.000 victimes et 33 milliards de dollars de pertes économiques directes. L’Indonésie a connu l’une de ses plus importantes sécheresses et des incendies ont ravagé des milliers d’hectares de forêts.  De fortes inondations se sont abattues en Californie et dans la région du Sud-Est des Etats-Unis. En décembre 1997, une tempête battant des records a déversé jusqu’à 25 cm de neige dans le Sud-Est des États-Unis. Des vagues atteignant 4 mètres de haut ont déferlé au Sud de San Francisco. De violentes tempêtes ont sévi en Floride, avec des tornades atteignant 400 km/h. Dans les régions moins exposées, la température moyenne estimée du globe, sur les continents et les océans, a augmenté.

Selon le rapport de l’Organisation des Nations unies (Onu), El Niño a, lors de cet épisode, fait entre 22 et 24 milliers de morts et de nombreux blessés. Les dégâts provoqués sont estimés entre 32 milliards de dollars de pertes directes et 96 milliards de dollars au total.

Un phénomène difficilement prévisible 

«D’après mes premières analyses, le prochain épisode devrait avoir lieu en 2018/2019. Mais ces prévisions sont encore incertaines. De fait, le phénomène El Niño est largement incompris par la communauté scientifique. Par exemple, l’épisode actuel avait été prédit mais il était attendu pour l’année passée et nous ne savons pas pourquoi il a été décalé», explique Adrien Deliège, chercheur en mathématiques qui a consacré sa thèse au phénomène. «Nous n’avons pas assez de recul pour analyser le phénomène très complexe El Niño, il y a toujours une très grande part imprévisible. Et même quand le phénomène est bien là, les conséquences sont parfois difficiles à prévoir», ajoute le lauréat du concours « Ma thèse en 180 secondes ». « Le réchauffement climatique interagit avec El Niño pour bouleverser le climat mais nous ne savons pas dans quelle mesure», ajoute-t-il. Un constat partagé par Dominique Raspaud, prévisionniste à Météo France qui précise que «nous ne savons pas si le changement climatique fait augmenter ou diminuer les apparitions d’épisodes El Niño».

Moctar FICOU / VivAfrik

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